Conflit au Moyen-Orient

L’Iran active ses défenses aériennes et Trump prêt à ignorer le Congrès

Les États-Unis et Israël ont déclenché un conflit contre l’Iran le 28 février, et instauré un cessez-le-feu depuis le 8 avril.

Publié le 

Un agent de sécurité monte la garde tandis qu'un homme brandit un drapeau iranien lors d'un rassemblement organisé par l'État pour célébrer l'anniversaire de l'imam Reza, le 8e imam des musulmans chiites, et manifester son soutien au Guide suprême, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, à Téhéran, en Iran, le mercredi 29 avril 2026. Un agent de sécurité monte la garde tandis qu'un homme brandit un drapeau iranien lors d'un rassemblement organisé par l'État pour célébrer l'anniversaire de l'imam Reza, le 8e imam des musulmans chiites, et manifester son soutien au Guide suprême, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, à Téhéran, en Iran, le mercredi 29 avril 2026. (Vahid Salemi/AP)

Téhéran a activé jeudi soir ses systèmes de défense antiaérienne contre des drones et des petits avions, à l’approche des 60 jours du conflit entre l’Iran et les États-Unis, date limite après laquelle Donald Trump doit théoriquement demander l’autorisation du Congrès pour poursuivre le conflit.

Mais son gouvernement a laissé entendre qu’il ignorera cette obligation qui incombe au président américain en principe vendredi, et que les démocrates se retrouvent impuissants à faire respecter.

Les États-Unis et Israël ont déclenché un conflit contre l’Iran le 28 février, et instauré un cessez-le-feu depuis le 8 avril, en dépit duquel le bras de fer entre entre Téhéran et Washington se poursuit, propulsant les cours des hydrocarbures à des sommets inédits depuis quatre ans.

Selon la Constitution américaine, seul le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre. Une loi adoptée en 1973 permet cependant au président de déclencher une intervention militaire limitée pour répondre à une situation d’urgence, à condition, s’il engage des troupes américaines plus de 60 jours, qu’il obtienne une autorisation du pouvoir législatif.

Vendredi représente donc la date limite, mais le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a argué jeudi qu’en raison du cessez-le-feu «l’horloge des 60 jours est suspendue».

«Les hostilités qui ont commencé le samedi 28 février sont terminées», a ajouté à l’AFP un haut responsable de l’administration américaine. «Il n’y a pas eu d’échanges de tirs entre les forces armées américaines et l’Iran depuis le mardi 7 avril».

Iran: Trump confiant d'en arriver à un accord bientôt Donald Trump a dit à nouveau qu'il est confiant qu'une entente sera bientôt conclue avec l'Iran alors que la guerre poursuit son cours.

Washington impose un blocus des ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du stratégique détroit d’Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, faisant s’envoler les prix du pétrole.

Un haut responsable américain a évoqué une possible prolongation de cette mesure «pendant des mois».

Face à la perspective d’un enlisement du conflit, le Brent, la référence mondiale du pétrole brut, a brièvement dépassé jeudi les 126$, un sommet depuis début 2022 lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Vendredi, il gagnait 0,59% à 111,05$.

«Défaite honteuse»

Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a affirmé jeudi que les États-Unis avaient subi une «défaite honteuse» face à l’Iran.

Le président iranien Massoud Pezeshkian a lui dénoncé le blocus américain comme un «prolongement des opérations militaires».

À Téhéran, des systèmes de défense antiaérienne ont été activés jeudi soir, contre des drones et des aéronefs dont la provenance n’a pas été communiquée.

«Le bruit de la défense antiaérienne a cessé après environ 20 minutes d’activité et de riposte contre de petits aéronefs», ont indiqué les agences Tasnim et Fars précisant que Téhéran se trouvait de nouveau dans une «situation normale».

Le conflit a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Malgré la trêve et de premières discussions le 11 avril à Islamabad, la diplomatie semble dans l’impasse.

Pendant que les négociations piétinent, les répercussions du blocage d’Ormuz se font chaque jour un peu plus sentir pour l’économie mondiale, entre pénuries rampantes, poussées d’inflation et révisions à la baisse de la croissance.

«Le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire», a jugé le patron de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol.

«Au bord du gouffre»

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres s’est aussi alarmé de l’«étranglement» de l’économie planétaire en raison de la paralysie du détroit.

«C’est à présent le temps du dialogue, de solutions qui nous éloignent du bord du gouffre et de mesures capables d’ouvrir une voie vers la paix», a-t-il plaidé dans un message sur X.

Sur le front libanais, de nouvelles frappes israéliennes sur le sud du pays ont fait au moins 17 morts jeudi.

«Un nouveau sommet»: crise humanitaire au Liban et en Iran François Audet, directeur de l’Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaire, discute de la crise au Liban et en Iran.

L’ambassade américaine à Beyrouth a appelé à une rencontre entre ce dernier et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, considérant le Liban «à un tournant». «Son peuple a l’occasion historique de reprendre en main son pays et de forger son avenir», a-t-elle estimé sur X.

Les opérations menées au Liban par Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait plus de 2500 morts et plus d’un million de déplacés depuis début mars, selon les autorités.