Le Liban a jugé vendredi que les explosions massives provoquées par l’armée israélienne, pour selon elle détruire des tunnels du Hezbollah, près du château de Beaufort, dans le sud, menaçaient l’application de l’accord-cadre bilatéral conclu récemment.
«Les forces israéliennes ont provoqué de très puissantes explosions vers minuit», notamment «dans le secteur de la forteresse de Beaufort», classée par l’UNESCO, a annoncé l’Agence nationale d’information (Ani, officielle).
Le président libanais, Joseph Aoun, a dénoncé «une escalade extrêmement dangereuse (…) et une menace directe» pour la mise en œuvre de l’accord-cadre conclu en juin entre le Liban et Israël sous égide américaine.
Cet accord prévoit le déploiement de l’armée libanaise dans des «zones pilotes» évacuées par Israël — qui occupe toujours une partie du sud du pays — sous réserve d’un désarmement du Hezbollah pro-iranien.
Les États-Unis ont confirmé lundi la tenue de nouveaux pourparlers entre Israël et le Liban, à Rome du 4 au 6 août, en vue notamment d’étendre ce processus.
«Le timing de ces agressions (…) envoie des messages négatifs et sape les efforts internationaux visant à consolider la stabilité», à quelques jours de ces nouveaux pourparlers, a déploré la présidence dans un communiqué.
Les explosions ont «provoqué des ondes équivalant à celles d’un séisme», a-t-elle pointé.
Le château de Beaufort datant de l’époque des Croisés, situé dans la zone du sud occupée par Israël, a été inscrit la semaine dernière sur la liste du patrimoine mondial en péril de l’UNESCO.
Le ministère libanais de la Culture a pour sa part affirmé que les explosions «pourraient avoir causé des dégâts aux abords de la forteresse».
«Leur ampleur ne pourra être évaluée qu’à l’issue d’une inspection sur le terrain», actuellement impossible, a-t-il ajouté.
Un correspondant de l’AFP dans un village proche a entendu d’énormes déflagrations et vu la poussière recouvrir de larges zones boisées de la région. Des fenêtres ont été brisées dans des maisons de villages alentour, selon l’Ani.
Dans un communiqué commun, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le ministre de la Défense Israël Katz ont annoncé que l’armée avait détruit «les tunnels terroristes dans la région», utilisant quelque 700 tonnes d’explosifs.
Ils ont affirmé que l’opération faisait suite à une «violation flagrante du cessez-le-feu par le Hezbollah» mercredi.
L’armée israélienne avait accusé le mouvement chiite pro-iranien d’avoir lancé un drone explosif contre un de ses véhicules dans le sud du pays.
Le Hezbollah n’a pas revendiqué d’attaque contre Israël depuis le 20 juin.
Mais il a appelé vendredi le pouvoir libanais à agir «aux niveaux politiques et diplomatiques pour la cessation des actes de destruction».
Le mouvement avait entraîné le Liban dans le conflit régional le 2 mars en attaquant Israël, en soutien à l’Iran.
Israël a riposté par une vaste campagne de bombardements et une offensive terrestre, et son armée continue d’occuper des zones du sud du Liban où elle procède à des dynamitages réguliers.
