Conflit au Moyen-Orient

L'Espagne nie avoir accepté de coopérer avec les États-Unis dans le conflit en Iran

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Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, à Munich, en Allemagne, le samedi 14 février 2026. ASSOCIATED PRESS/Michael Probst Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, à Munich, en Allemagne, le samedi 14 février 2026. ASSOCIATED PRESS (Michael Probst)

Une dispute diplomatique entre les États-Unis et l’Espagne au sujet de la guerre en Iran s’est intensifiée mercredi lorsque les gouvernements ont échangé des déclarations contradictoires sur l’utilisation éventuelle de bases militaires espagnoles par les forces armées américaines pour leurs opérations au Moyen-Orient.

Quelques instants après qu’une porte-parole de la Maison-Blanche a déclaré que le gouvernement espagnol avait accepté d’aider les États-Unis, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a démenti catégoriquement ces affirmations.

«Je peux réfuter (les propos de la porte-parole de la Maison-Blanche), a affirmé M. Albares à la radio espagnole Cadena Ser. La position du gouvernement espagnol concernant la guerre au Moyen-Orient, le bombardement de l’Iran et l’utilisation de nos bases n’a pas changé d’un iota.»

Le désaccord a éclaté mardi lorsque le président américain Donald Trump a menacé de rompre ses relations commerciales avec Madrid, quelques heures après que le premier ministre espagnol a déclaré que son gouvernement ne serait «pas complice de quelque chose qui est mauvais pour le monde».

M. Albares s’est exprimé mercredi soir à Madrid, peu après que la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré: «En ce qui concerne l’Espagne, je pense qu’ils ont entendu haut et fort le message du président hier.»

«D’après ce que j’ai compris au cours des dernières heures, ils ont accepté de coopérer avec l’armée américaine, avait continué Mme Leavitt. Je sais donc que l’armée américaine coordonne ses actions avec ses homologues espagnols.»

Désaccord sur l’Iran

Mardi, M. Trump a menacé de mettre fin au commerce de son pays avec l’Espagne en raison du refus de Madrid d’autoriser les États-Unis à utiliser des bases militaires communes dans le sud de l’Espagne pour toute frappe non couverte par la charte des Nations unies.

Le premier ministre espagnol Pedro Sánchez a de nouveau critiqué les actions militaires des États-Unis et d’Israël en Iran mercredi matin, se montrant ferme face aux menaces commerciales de Washington et comparant la guerre au Moyen-Orient au fait de «jouer à la roulette russe» avec des millions de vies.

«Nous ne serons pas complices d’une action néfaste pour le monde et contraire à nos valeurs et à nos intérêts, simplement par crainte de représailles de la part de quelqu’un», a tranché M. Sánchez.

M. Sánchez, qui est considéré comme le dernier grand dirigeant progressiste d’Europe, a qualifié les attaques américaines et israéliennes contre l’Iran d’intervention militaire «injustifiable» et «dangereuse».

On ne sait pas exactement comment M. Trump pourrait mettre fin aux échanges commerciaux avec l’Espagne, qui est membre de l’Union européenne. L’Union européenne négocie les accords commerciaux au nom de ses 27 États membres.

Interrogé par CNBC sur la possibilité d’un embargo commercial avec l’Espagne, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré mercredi que «ce serait un effort collectif».

Il n’a pas donné plus d’explications, mais a fait valoir que le refus de l’Espagne d’autoriser les États-Unis à utiliser ses bases lors de l’attaque contre l’Iran mettait en danger la vie des Américains.

«Tout ce qui ralentit notre capacité à mener cette guerre de la manière la plus rapide et la plus efficace possible met en danger la vie d’Américains, a soutenu M. Bessent. Les Espagnols mettent en danger la vie d’Américains.»

Mercredi, M. Sánchez a exprimé sa crainte que les attaques contre l’Iran ne conduisent à un autre bourbier militaire coûteux au Moyen-Orient, similaire aux interventions américaines en Irak et en Afghanistan.

«En bref, la position du gouvernement espagnol peut se résumer en quatre mots», a affirmé M. Sánchez: «non à la guerre.»

L’Union européenne a assuré qu’elle protégerait ses intérêts et s’efforcerait de stabiliser ses relations commerciales avec les États-Unis, avec lesquels elle a conclu un accord commercial l’année dernière après des mois d’incertitude.

«Nous sommes pleinement solidaires de tous les États membres et de tous leurs citoyens et, grâce à notre politique commerciale commune, nous sommes prêts à agir si nécessaire pour sauvegarder les intérêts de l’UE», a déclaré Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne.

Après que l’Espagne a refusé aux États-Unis l’utilisation de ses bases, M. Trump a soutenu mardi que «nous pourrions utiliser leur base si nous le voulons», faisant référence aux installations de Rota et Morón dans le sud de l’Espagne, que les États-Unis et l’Espagne partagent, mais qui restent sous commandement espagnol.

«Nous pourrions simplement y atterrir et l’utiliser, a mentionné M. Trump. Personne ne va nous dire de ne pas l’utiliser, mais nous n’avons pas à le faire.»

Les menaces proférées mardi par Washington ne sont que le dernier exemple en date de l’utilisation par le président américain des droits de douane ou des embargos commerciaux comme moyen de pression.

Les principaux groupes d’entreprises espagnols ont exprimé leur inquiétude face à cette menace commerciale, rappelant que les États-Unis sont un «partenaire clé d’un point de vue économique et politique».

«Nous sommes convaincus que nos relations commerciales ne seront finalement pas affectées de quelque manière que ce soit», ont affirmé mardi les chambres de commerce espagnoles CEOE, CEPYME et ATA.

L’année dernière, la banque centrale espagnole a publié un rapport concluant que la quatrième économie européenne était relativement protégée par rapport à la moyenne de l’UE en ce qui concerne l’exposition aux droits de douane américains.

Les exportations et importations de l’Espagne avec les États-Unis représentaient 4,4 % du produit intérieur brut, selon la Banque d’Espagne, tandis que les échanges commerciaux avec les États-Unis pour l’ensemble de l’UE s’élevaient à 10,1 %.

Les exportations de produits espagnols vers les États-Unis représentaient 1 % du PIB espagnol, soit 16 milliards d’euros (25,4 milliards $), a noté la banque, ce qui en fait le sixième marché d’exportation de produits de l’Espagne.

Les produits pharmaceutiques, l’huile d’olive, le gaz raffiné et les transformateurs électriques font partie des principales exportations de l’Espagne vers les États-Unis, selon l’Observatoire de la complexité économique.

La position de l’Espagne sur le conflit iranien s’inscrit dans la lignée de ses relations tendues avec l’administration Trump.

M. Sánchez a ouvertement critiqué la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza et s’est attiré les foudres de M. Trump l’année dernière lorsque l’Espagne s’est retirée de l’engagement pris par l’OTAN d’augmenter les dépenses de défense des membres à 5 % de leur PIB.

À l’époque, le gouvernement espagnol avait déclaré qu’il pouvait répondre à ses besoins estimés en matière de défense en dépensant moins, soit seulement 2,1 % du PIB — une décision que M. Trump a vivement critiquée et à laquelle il a répondu en menaçant d’imposer des droits de douane.