Un haut responsable des rebelles houthis, soutenus par l’Iran, met en garde les pays contre toute implication aux côtés de l’Arabie saoudite dans la reprise de la guerre civile au Yémen, affirmant dimanche à l’Associated Press que son groupe avait assuré à l’administration Trump qu’il n’attaquerait pas les navires états-uniens en mer Rouge.
Mohamed al-Bukhaiti, membre du bureau politique des houthis, a déclaré que Washington avait pris contact avec les rebelles après leur avancée fulgurante le long de la côte ouest du Yémen jusqu’au détroit de Bab el-Mandeb au début du mois.
«Nous avons confirmé que nous ne ciblons ni les États-Unis ni aucun autre pays, dans le détroit, à la seule exception de l’ennemi saoudien», a-t-il fait savoir à l’AP lors d’un entretien sur Zoom depuis Sanaa, la capitale yéménite contrôlée par les rebelles. «Cela reste d’actualité.»
Le président états-unien Donald Trump a déclaré le week-end dernier que son administration avait «eu des discussions» avec les houthis, sans autre précision. «Les houthis nous ont appelés, et ils ne veulent pas se battre contre nous, a-t-il déclaré. Ils préféreraient de loin que nous ne nous en mêlions pas, et ils laissent passer la plupart des navires.»
L’AP a rapporté par la suite qu’Oman avait accueilli une réunion entre des représentants américains et houthis le week-end dernier, citant un responsable houthi et une autre personne au fait des discussions. Ces derniers se sont exprimés sous couvert d’anonymat, car ils n’étaient pas autorisés à s’adresser aux médias.
Cependant, M. al-Bukhaiti n’a confirmé que des contacts indirects avec des responsables états-uniens par l’intermédiaire d’Oman, médiateur de longue date, qui avait négocié en 2025 un cessez-le-feu entre les houthis et l’administration Trump. Cet accord avait mis fin à une campagne de bombardements américains de plusieurs semaines contre les rebelles, en échange de la cessation par ces derniers de leurs attaques contre les navires américains en mer Rouge.
«L’objectif de nos opérations militaires n’est pas de fermer le détroit de Bab el-Mandeb, mais bien de garantir la liberté de navigation dans ce détroit pour tous, y compris le Yémen», a-t-il prétendu.
Al-Bukhaiti a déclaré que les rebelles avaient la capacité de mener une guerre sur plusieurs fronts «si un pays venait à s’impliquer dans l’agression contre le Yémen aux côtés de l’Arabie saoudite».
«Nous sommes désormais capables de mener une bataille — non seulement un conflit interne, mais aussi un conflit international», a-t-il avancé.
Il a ajouté que les attaques des houthis contre l’Arabie saoudite voisine se poursuivraient jusqu’à ce que Riyad mette fin à son blocus, qui dure depuis une décennie, sur les zones contrôlées par les rebelles au Yémen et autorise les navires à rejoindre les ports contrôlés par les houthis sur la mer Rouge. Ils seront alors prêts à négocier, a-t-il précisé.
Al-Bukhaiti a imputé à l’Arabie saoudite la responsabilité de la dernière escalade de violence au Yémen, qui, selon lui, a éclaté après qu’une frappe aérienne, attribuée à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite qui combat les rebelles, a touché l’aéroport international de Sanaa. Cette frappe a empêché un vol iranien transportant une délégation houthie d’atterrir. Ce vol constituait une tentative des houthis de défier le blocus aérien et naval de la coalition.
Les houthis ont riposté par des frappes de missiles et de drones contre l’Arabie saoudite, dont l’une visait Riyad samedi avant d’être interceptée. Les autorités saoudiennes ont indiqué que des débris provenant d’un drone avaient également tué un civil et en avaient blessé d’autres.
Ils ont également décrété un blocus sur la navigation saoudienne dans le détroit de Bab el-Mandeb et en mer Rouge, attaquant des navires liés à l’Arabie saoudite ainsi que des installations pétrolières à l’intérieur du royaume, premier exportateur mondial de pétrole.
Les Saoudiens et leurs alliés peinent depuis longtemps à contenir les houthis et pourraient être tentés de rechercher une solution diplomatique pour mettre fin aux attaques. Cela pourrait en fin de compte nécessiter des concessions américaines envers l’Iran, seul pays disposant d’une influence sur les houthis. Mais les négociations entre Washington et Téhéran concernant leur propre conflit ont échoué il y a plusieurs semaines.
Les États-Unis, qui ont bombardé les houthis sous les administrations Biden et Trump, ne se sont pas montrés disposés à s’impliquer militairement cette fois-ci.
Les rebelles estiment que le rapport de force a basculé en leur faveur
L’avancée des rebelles au Yémen leur a permis de s’emparer de la ville portuaire stratégique de Mokha et d’îles clés de la mer Rouge, ce qui leur permet de mieux contrôler le trafic maritime passant par le détroit de Bab el-Mandeb, par lequel transitent normalement environ 12 % du commerce mondial.
Les forces gouvernementales yéménites soutenues par l’Arabie saoudite, depuis longtemps divisées en factions, se sont retirées mais ont promis de se regrouper.
Cette escalade a mis fin au cessez-le-feu de 2022 qui avait largement mis un terme aux combats de la guerre civile au Yémen, laquelle avait éclaté il y a douze ans lorsque les houthis avaient déferlé depuis leur fief montagneux et s’étaient emparés d’une grande partie du nord et du centre du Yémen, y compris Sanaa.
La coalition dirigée par l’Arabie saoudite est entrée en guerre l’année suivante pour soutenir le gouvernement reconnu par la communauté internationale. Selon les estimations de l’ONU, cette guerre civile a fait au moins 150 000 morts et a poussé le pays au bord de la famine.
Aujourd’hui, alors que les houthis contrôlent la côte occidentale du Yémen, qui surplombe le couloir maritime de la mer Rouge, «l’équilibre des forces a basculé en faveur du gouvernement de Sanaa», a déclaré M. al-Bukhaiti, faisant référence aux autorités de facto des rebelles dans cette région.
«En fin de compte, [l’Arabie saoudite] a perdu son atout le plus crucial: la côte ouest», a-t-il ajouté.
