Conflit au Moyen-Orient

Les prix du pétrole s’envolent alors que des menaces pèsent sur son transport

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A thick plume of smoke rises from an oil storage facility hit by a U.S.-Israeli strike late Saturday in Tehran, Iran, Sunday, March 8, 2026. (AP Photo/Vahid Salemi) Une épaisse colonne de fumée s'élève d'un dépôt pétrolier touché par une frappe américano-israélienne samedi soir à Téhéran, en Iran, dimanche 8 mars 2026. (AP Photo/Vahid Salemi) (Vahid Salemi)

Les prix du pétrole ont atteint près de 120 $ US le baril lundi, alors que la guerre en Iran s’intensifiait, menaçant la production et le transport maritime au Moyen-Orient et frappant de plein fouet les marchés financiers.

Le prix du baril de Brent, la référence internationale, a bondi à 119,50 $ US en début de journée, avant de s’échanger à plus de 101 $ US, en hausse de 9 %.

Le West Texas Intermediate, le pétrole brut léger produit aux États-Unis, a également grimpé à 119,48 $ US le baril, avant de redescendre à près de 100 $ US.

Les prix se sont stabilisés après que le président français Emmanuel Macron a annoncé que les sept grandes puissances industrialisées du G7 pourraient puiser dans leurs réserves pétrolières d’urgence pour faire face à la flambée des prix. Cependant, plus tard dans la journée de lundi, le G7 a décidé de ne pas utiliser ses réserves stratégiques, du moins pour l’instant.

«Aujourd’hui, il n’y a aucun problème d’approvisionnement de pétrole ni de gaz, que ce soit en Europe ou aux États-Unis», a affirmé le ministre français des Finances, Roland Lescure, après avoir présidé une réunion de ses homologues du G7.

Il a toutefois précisé aux journalistes à Bruxelles que le groupe regarde «de près la manière dont (il peut) stabiliser l’ensemble du marché, en étudiant toutes les mesures, y compris pourquoi pas la libération des stocks stratégiques».

Samedi, le président Donald Trump a également minimisé l’idée de recourir à la réserve stratégique de pétrole américaine, affirmant que les stocks américains étaient suffisants et que les prix allaient bientôt baisser.

Lundi, l’Iran a nommé l’ayatollah Mojtaba Khamenei, partisan de la ligne dure, pour succéder à son défunt père en tant que guide suprême, signalant ainsi que la guerre ne faiblissait pas. Cette nomination marque un nouveau signe de défiance de la part des dirigeants iraniens, après plus d’une semaine de bombardements intensifs par les États-Unis et Israël, suggérant que Téhéran n’est pas près de renoncer à ce qu’il considère comme un combat pour l’existence du pays.

Frappes sur Bahreïn

Le bilan de la guerre sur les cibles civiles s’est alourdi lorsque Bahreïn a accusé l’Iran d’avoir frappé une usine de dessalement essentielle à l’approvisionnement en eau potable. La compagnie pétrolière nationale de Bahreïn a déclaré un cas de force majeure pour ses expéditions après qu’une attaque iranienne a incendié son complexe de raffinerie. Cette déclaration légale libère la société de ses obligations contractuelles en raison de circonstances exceptionnelles.

Les dépôts pétroliers de Téhéran ont brûlé à la suite des frappes nocturnes d’Israël.

Les prix du pétrole ont grimpé en flèche alors que la guerre, qui en est maintenant à sa deuxième semaine, touche des pays et des régions essentiels à la production et au transport du pétrole et du gaz du golfe Persique.

Selon le cabinet d’études indépendant Rystad Energy, environ 15 millions de barils de pétrole brut, soit environ 20 % du pétrole mondial, transitent chaque jour par le détroit d’Ormuz. La menace d’attaques iraniennes à la roquette et au drone a pratiquement empêché les pétroliers venant de l’Arabie saoudite, du Koweït, de l’Irak, du Qatar, de Bahreïn, des Émirats arabes unis et de l’Iran de traverser le détroit, bordé au nord par l’Iran.

L’Irak, le Koweït et les Émirats arabes unis ont réduit leur production de pétrole, leurs réservoirs de stockage étant pleins en raison de la diminution de leur capacité d’exportation de brut. L’Iran, Israël et les États-Unis ont également attaqué des installations pétrolières et gazières depuis le début de la guerre, aggravant les inquiétudes liées à l’approvisionnement.

Conséquences en Asie

La flambée des coûts du pétrole et du gaz naturel fait grimper les prix des carburants, ce qui se répercute sur d’autres secteurs et secoue les économies asiatiques, particulièrement vulnérables en raison de la forte dépendance de la région à l’égard des importations en provenance du Moyen-Orient.

L’Iran exporte environ 1,6 million de barils de pétrole par jour, principalement vers la Chine, qui a appelé à la fin immédiate des combats. Pékin pourrait devoir se tourner vers d’autres sources d’approvisionnement si les exportations iraniennes sont perturbées, ce qui constituerait un facteur supplémentaire susceptible d’augmenter les prix de l’énergie.

«Toutes les parties ont la responsabilité d’assurer un approvisionnement énergétique stable et régulier», a demandé lundi le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, lors d’un point presse. «La Chine prendra les mesures nécessaires pour préserver sa propre sécurité énergétique.»

Le président sud-coréen Lee Jae Myung a averti lundi que les raffineries et les stations-service prises en flagrant délit de stockage ou de collusion sur les prix seraient sévèrement sanctionnées, ajoutant qu’il serait judicieux de trouver des alternatives aux approvisionnements qui doivent transiter par le détroit d’Ormuz.

Dans toute l’Asie du Sud-Est, la flambée des prix a entraîné de longues files d’attente devant les stations-service.

«La hausse des prix du pétrole et du gaz aura des répercussions sur tout le monde et sur notre économie», a témoigné Le Van Tu, qui attendait devant une station-service dans la capitale vietnamienne, Hanoï. «Toutes les activités, notamment celles qui utilisent des moyens de transport à essence, seront touchées.»

Le Kospi sud-coréen a chuté de 6 % à 5251,87 points.

Plus haut cours depuis 2022

La dernière fois que les contrats à terme sur le Brent et le pétrole brut américain se sont négociés à un niveau similaire, c’était en 2022, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

La hausse des coûts énergétiques fait grimper l’inflation, pesant sur le budget des ménages et freinant les dépenses de consommation, qui sont le principal moteur de nombreuses grandes économies. Ces inquiétudes se sont répercutées sur les marchés financiers, entraînant une forte baisse des cours des actions.

Aux États-Unis, le prix moyen d’un gallon d’essence ordinaire a atteint 3,48 $ US lundi matin, soit une hausse de près de 50 cents US par rapport à la semaine précédente, selon le club automobile AAA. Le diesel, largement utilisé dans le transport maritime, s’est vendu à environ 4,66 $ US le gallon, soit une augmentation hebdomadaire de plus de 80 cents US.

Le prix du gaz naturel aux États-Unis a également grimpé pendant la guerre, mais dans une moindre mesure que celui du pétrole. Il se vendait environ 3,34 $ US les 1000 pieds cubes lundi matin, contre 3,19 $ US vendredi à la clôture.

– Avec des informations de John Leicester à Paris.