Conflit au Moyen-Orient

Les pays du Golfe risquent leurs revenus et leur réputation en raison du conflit en cours

La principale inquiétude est un blocage prolongé du détroit d’Ormuz.

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Une circulation légère sur une route principale du centre-ville de Dubaï, aux Émirats arabes unis, mardi 3 mars 2026. Une circulation légère sur une route principale du centre-ville de Dubaï, aux Émirats arabes unis, mardi 3 mars 2026. (Fatima Shbair)

Longtemps perçues comme des îlots de stabilité, les monarchies du Golfe voient leur prospérité menacée par le conflit au Moyen-Orient, qui risque d’amputer leur revenus et de ternir leur réputation de places sûres pour les affaires, soulignent des analystes.

Les États de la région se sont retrouvés en première ligne des attaques de représailles de l’Iran, après les bombardements menés par Israël et les États-Unis. Elles ont visé notamment leurs installations pétrolières et gazières, et poussé la compagnie nationale qatarie QatarEnergy à suspendre sa production de gaz naturel liquéfié.

Mais la principale inquiétude est un blocage prolongé du détroit d’Ormuz, principale porte de sortie des hydrocarbures sur lesquelles ils ont bâti leurs richesses, et dont les Gardiens de la révolution ont dit mercredi avoir le «contrôle total».

L’arrêt total des exportations de pétrole et de gaz aurait «des conséquences sévères» pour des pays comme le Koweït, le Qatar et Bahreïn, souligne Justin Alexander, directeur du cabinet de conseil Khalij Economics.

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Mais l’Arabie saoudite, premier exportateur de brut au monde, et les Émirats arabes unis, pourraient contourner le détroit en exportant une partie de leur production à travers des oléoducs, tempère-t-il.

La perturbation du trafic sur cette artère vitale pour le Golfe, qui s’accompagne d’une fermeture de l’espace aérien dans certains pays, risque aussi de mettre sous pression leurs chaines d’approvisionnements.

«Il y aura un impact sur les coûts des importations, y compris des produits alimentaires», ainsi que sur la logistique et les matériaux de construction, affectant «le coût des projets et les délais de livraison», affirme Karen Young, spécialiste en politique économique du Golfe au Middle East Institute.

Scénario catastrophe

Les pays du Golfe, dont les économies reposent pour la plupart sur une main d’œuvre étrangère, voulaient à tout prix éviter un conflit régional, au moment où ils visent à réduire leur dépendance aux hydrocarbures en misant sur des secteurs comme la finance, les affaires, le tourisme ou encore l’intelligence artificielle (IA).

L’Arabie saoudite, qui mène un vaste programme de réformes, et les Émirats arabes unis se sont lancés dans la course à l’IA en multipliant les centres de données.

Le géant américain Amazon a toutefois annoncé cette semaine que deux de ses centres aux Émirats et un autre au Bahreïn avaient été touchés par des attaques de drones iraniennes, poussant certains analystes à s’interroger sur la pertinence d’installer de telles infrastructures dans le Golfe.

L’annulation de milliers de vols depuis samedi est également un coup dur pour la région, surtout pour la ville de Dubaï qui se positionne comme un hub pour le secteur aérien et une destination touristique majeure.

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D’autant que les autorités ont dû mettre la main à la poche pour gérer les milliers de touristes et voyageurs bloqués dans le pays depuis samedi, en prenant en charge tous leurs frais de séjours.

Sans parler des coûts subis par les gouvernements pour intercepter les centaines de missiles et de drones qui pleuvent sur leur territoire.

Et «la région va sans doute augmenter encore ses dépenses pour la défense et la réparation des infrastructures civiles ciblées» aux dépens d’autres dépenses prévues pour le développement et les affaires sociales, écrit Nasser Saidi, de la société de conseil économique Saidi & Associates à Dubaï.

Pour des pays qui cherchent à se présenter comme des places sûres pour les investisseurs, le scénario catastrophe, en cas de prolongation du conflit ou de chaos en Iran, serait une «perte de confiance et des fuites de capitaux» affectant les banques ou le secteur immobilier, dit Justin Alexander.

«Mais nous n’en sommes pas là», ajoute-t-il, en estimant que la capacité du Golfe de continuer à attirer des investissements et des talents dépendra en grande partie de l’issue du conflit et de «la perspective de futurs conflits avec l’Iran».