Conflit au Moyen-Orient

Les États-Unis sanctionnent l’Irak pour l’obliger à démanteler les milices pro-iraniennes

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Des gardes se préparent à l'arrivée des députés dans le hall du parlement pour élire le président de la République, à Bagdad, en Irak, le samedi 11 avril 2026. Des gardes se préparent à l'arrivée des députés dans le hall du parlement pour élire le président de la République, à Bagdad, en Irak, le samedi 11 avril 2026. (Hadi Mizban)

Les États-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant ainsi forcer l’Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu’ils accusent d’attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias.

Le Wall Street Journal, citant des sources officielles irakiennes et américaines, a affirmé mardi soir que Washington avait, pour la seconde fois depuis le début du conflit, suspendu la livraison par avion-cargo de près de 500 millions de dollars en argent, provenant des ventes de pétrole irakien.

La Banque centrale d’Irak n’a pas commenté l’information mais s’est contentée d’indiquer, dans un communiqué, avoir «satisfait toutes les demandes des banques et des bureaux de change en dollars américains, destinées aux pèlerins, aux voyageurs et aux transferts à l’étranger».

Les revenus de l’Irak provenant de ses exportations de pétrole sont en grande partie déposés à la Réserve fédérale de New York, en vertu d’un arrangement conclu après l’invasion américaine de 2003, qui avait renversé Saddam Hussein.

Un accord qui donne à Washington un levier majeur sur les autorités de Bagdad.

En parallèle, les États-Unis ont suspendu le financement de formations des forces armées irakiennes et de programmes de lutte contre les jihadistes, au premier rang desquels le groupe État islamique.

Un responsable de la sécurité irakien a confirmé à l’AFP l’arrêt de cette coopération bilatérale, en raison «des milices et des (…) bombardements».

Il n’a fourni aucun détail mais les deux pays coopèrent depuis plusieurs années, en particulier dans la lutte anti-jihadiste.

L’Irak, voisin de l’Iran, a été entraîné dans le conflit au Moyen-Orient par des frappes imputées aux États-Unis ou à Israël visant des groupes pro-iraniens. Ces derniers ont en retour revendiqué des attaques contre les intérêts américains dans le pays.

L’équilibre précaire de l’Irak

Au début du conflit au Moyen-Orient, déclenchée par les frappes israélo-américaines sur l’Iran le 28 février, Washington et Bagdad avaient déclaré vouloir «intensifier la coopération» pour prévenir les attaques contre les intérêts américains et garantir que le territoire irakien ne serait pas utilisé pour ces opérations.

Mais Washington s’est plaint d’efforts insuffisants dans ce domaine de la part de l’Irak, qui tente depuis plusieurs années de conserver un équilibre précaire entre ses liens avec les États-Unis et sa proximité avec Téhéran.

Le 9 avril, le département d’État américain avait déclaré avoir «convoqué» l’ambassadeur irakien à Washington, Nazar Al-Khirullah, pour condamner ces attaques.

Les États-Unis «ne toléreront aucune attaque contre leurs intérêts et attendent du gouvernement irakien qu’il prenne immédiatement toutes les mesures nécessaires pour démanteler» ces milices, avait fait valoir le département d’État.

Trump prolonge le cessez-le-feu avec l’Iran jusqu’à nouvel ordre Le président des États-Unis Donald Trump, a annoncé mardi en fin de journée la prolongation du cessez-le-feu avec l'Iran jusqu'à nouvel ordre afin de donner davantage de temps pour négocier. Les négociations sont d'ailleurs suspendues.

Plusieurs de ces factions ont cependant cessé leur attaques contre les «bases ennemies» dans le pays et la région, en cohérence avec le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran.

Avant la fin des combats, l’ambassade des États-Unis en Irak avait mis en garde ses ressortissants» après «de nombreuses attaques de drones» lancées selon elle par des milices pro-iraniennes contre des installations diplomatiques et l’aéroport international de Bagdad.

Les États-Unis conservent un regard appuyé sur la vie politique irakienne. En janvier, Donald Trump avait menacé de retirer tout soutien à Bagdad si Nouri al-Maliki, 75 ans, perçu comme proche de l’Iran, revenait au pouvoir.

Des pressions plutôt efficaces, selon des sources politiques du pays.

«Éviter les sanctions contre l’Irak et les problèmes avec les États-Unis» sont devenus prioritaires, a récemment expliqué à l’AFP une source proche de l’alliance, estimant qu’il serait «difficile» pour M. Maliki de prendre la tête du prochain gouvernement.

L’Iran, pour autant, n’entend pas lâcher ses leviers sur l’échiquier politique de son voisin.

Le général Esmaïl Qaani, un haut responsable militaire iranien, s’est rendu samedi à Bagdad pour rencontrer des responsables politiques et des groupes armés pro-iraniens, a indiqué à l’AFP un haut responsable irakien.