Conflit au Moyen-Orient

Le Canada pourrait aider les pays du Golfe bombardés par l’Iran, dit Carignan

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La cheffe d'état-major de la Défense, la générale Jennie Carignan, attend de comparaître devant le Comité permanent de la défense nationale, sur la colline du Parlement à Ottawa, le lundi 27 octobre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Spencer Colby La cheffe d'état-major de la Défense, la générale Jennie Carignan, attend de comparaître devant le Comité permanent de la défense nationale, sur la colline du Parlement à Ottawa, le lundi 27 octobre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Spencer Colby (Spencer Colby)

La cheffe d’état-major de la Défense du Canada, la générale Jennie Carignan, a déclaré que des discussions sont en cours entre les alliés concernant une possible aide aux États du golfe Persique pour se défendre contre les bombardements iraniens.

S’adressant aux journalistes lors d’une conférence sur la défense et la sécurité à Ottawa jeudi, Mme Carignan a déclaré qu’une réunion était prévue tôt vendredi matin entre les forces armées alliées afin d’examiner cette proposition et que les Forces armées canadiennes soumettront une recommandation au gouvernement.

«Les États du Golfe doivent également indiquer ce dont ils ont besoin», a déclaré Mme Carignan, laissant entendre qu’il était prématuré de faire des plans avant de savoir si l’aide du Canada est véritablement requise.

Elle n’a pas précisé la nature de ce soutien, mais a affirmé que le Canada ne participe pas aux bombardements américains en Iran et a confirmé que les discussions ne portent pas sur une participation à l’opération «Epic Fury».

La Presse Canadienne a demandé des commentaires au cabinet du premier ministre, mais la requête a été relayée à la Défense nationale.

Plus tôt cette semaine en visite en Australie, le premier ministre Mark Carney avait fait valoir que le Canada ne pouvait exclure «catégoriquement» une participation militaire au conflit qui s’intensifie au Moyen-Orient.

Il a ajouté que l’éventuelle implication future du Canada demeure une «hypothèse fondamentale» et qu’Ottawa soutiendra ses alliés.

Ces déclarations surviennent alors que les conservateurs réclament un débat parlementaire avant tout déploiement militaire canadien dans le conflit en cours.

«C’est au Parlement lui-même qu’il appartient de décider si nous allons ou non déployer nos troupes dans un conflit, a déclaré jeudi à Ottawa le porte-parole conservateur en matière de défense, James Bezan, aux journalistes. Menons cette discussion là où elle doit avoir lieu, en public, afin qu’il y ait transparence, à la Chambre des communes.»

Le premier ministre avait initialement exprimé son soutien sans équivoque aux frappes aériennes américaines contre l’Iran le week-end dernier, avant de déclarer plus tard qu’il l’avait fait «à contrecoeur», car cette campagne de bombardements semblait contraire au droit international.

M. Bezan a fait valoir que ces revirements n’avaient aucun sens, tout comme l’insistance d’Ottawa à trouver une solution diplomatique pour mettre fin aux frappes aériennes qu’il avait approuvées.

Le député responsable des achats dans le domaine de la défense, Stephen Fuhr, a déclaré qu’il n’avait pas participé aux discussions sur une éventuelle intervention militaire en Iran.

«La région est très instable et un conflit y fait rage, le Canada prendra donc une décision sur ce que cela signifie pour lui», a-t-il affirmé aux journalistes.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a dit que sa formation invitait «toutes les parties impliquées à la désescalade et à la reprise d’un dialogue». 

«L’hypothèse formulée par Mark Carney quant à l’engagement de troupes canadiennes dans le conflit initié par les États-Unis et Israël contre l’Iran est à cet égard prématurée et malavisée», a soutenu M. Blanchet dans une déclaration écrite.

«Si en effet l’ONU semble menottée, il faut au moins un consensus des principaux alliés des États-Unis et du Canada pour légitimer cette opération, et outre une agression sur le territoire d’un pays allié au sein de l’OTAN, il n’existe aucun scénario qui permettrait de même imaginer un engagement de soldats canadiens au Moyen-Orient», a-t-il ajouté.

Des militaires déplacés

Le lieutenant-général Steve Boivin, commandant du Commandement des opérations interarmées du Canada, a déclaré jeudi aux journalistes lors d’une conférence sur la défense et la sécurité à Ottawa qu’environ 200 membres des Forces armées étaient déployés au Moyen-Orient dans le cadre de 6 opérations.

M. Boivin a révélé ce chiffre après que le ministre de la Défense, David McGuinty, et son ministère ont refusé de le communiquer plus tôt dans la semaine.

Certains de ces militaires ont été transférés dans un autre pays de la région, a dit M. Boivin, et d’autres ont été rapatriés au Canada depuis le début de la guerre.

Le Commandement des opérations interarmées du Canada est l’unité qui serait appelée à aider le gouvernement fédéral en cas d’évacuation ou de départ assisté de citoyens dans la région.

M. Boivin a déclaré qu’il n’y avait actuellement aucun navire de la marine canadienne ni aucun avion de l’armée de l’air dans la région pour aider à mener à bien une telle mission. Il a ajouté que l’armée était en train d’envoyer six officiers de liaison au Moyen-Orient au cas où elle serait appelée à aider.

Dans un communiqué publié jeudi soir, Affaires mondiales Canada a déclaré qu’en date du 5 mars, plus de 107 000 citoyens canadiens et résidents permanents étaient enregistrés au Moyen-Orient.

Il a précisé que le nombre de personnes inscrites dans son système d’enregistrement volontaire des Canadiens à l’étranger ne reflète pas le nombre exact de Canadiens dans un pays donné, ni leur volonté réelle de partir.

Le communiqué précise qu’Affaires mondiales Canada travaille sur «une série d’options» pour faciliter le départ éventuel des Canadiens de plusieurs pays du Moyen-Orient, par voie terrestre ou aérienne, «lorsque les conditions le permettent et que cela peut se faire en toute sécurité».

Le ministère a déclaré qu’il s’efforçait d’obtenir des vols nolisés ou des places dans des vols commerciaux pour les Canadiens se trouvant dans la région, qui devraient être disponibles dans les prochains jours. 

«Cela dépendra de la situation sécuritaire, y compris de la viabilité de l’espace aérien», précise le communiqué. 

— Avec des informations fournies par Sarah Ritchie et Catherine Morrison

Dylan Robertson

Dylan Robertson

Journaliste