Conflit au Moyen-Orient

Le Pakistan endosse son nouveau rôle de faiseur de paix régional

Le pays «cherche à changer la perception mondiale de ses capacités en tant qu’acteur global».

Publié le 

Le vice-président JD Vance, deuxième à gauche, serre la main du vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères pakistanais Mohammad Ishaq Dar, sous le regard du ministre pakistanais de l'Intérieur Mohsin Naqvi, à gauche, du chef d'état-major de l'armée et chef des forces armées pakistanaises, le maréchal Asim Munir, troisième à gauche, et de la chargée d'affaires de l'ambassade des États-Unis à Islamabad, Natalie A. Baker, à droite, l'observent alors qu'il s'apprête à monter à bord de l'Air Force Two après avoir assisté à des pourparlers sur l'Iran à Islamabad, au Pakistan, le dimanche 12 avril 2026. Le vice-président JD Vance, deuxième à gauche, serre la main du vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères pakistanais Mohammad Ishaq Dar, sous le regard du ministre pakistanais de l'Intérieur Mohsin Naqvi, à gauche, du chef d'état-major de l'armée et chef des forces armées pakistanaises, le maréchal Asim Munir, troisième à gauche, et de la chargée d'affaires de l'ambassade des États-Unis à Islamabad, Natalie A. Baker, à droite, l'observent alors qu'il s'apprête à monter à bord de l'Air Force Two après avoir assisté à des pourparlers sur l'Iran à Islamabad, au Pakistan, le dimanche 12 avril 2026. (Jacquelyn Martin)

La semaine dernière, alors que le monde était tenu en haleine par l’ultimatum du président américain Donald Trump qui annonçait vouloir détruire la civilisation iranienne, l’espoir a surgi d’un coin inattendu: le premier ministre pakistanais a cherché et obtenu un cessez-le-feu de deux semaines entre les parties en conflit.

Un premier cycle de pourparlers s’est conclu par la suite à Islamabad et dès l’annonce de l’échec, des négociations se sont enchaînées pour obtenir une deuxième tentative. Le Pakistan savoure donc son nouveau rôle de médiateur dans la région, affirment les analystes.

«Le Pakistan tient vraiment à surfer sur la dynamique dont il bénéficie depuis quelques semaines en tant que médiateur clé», a déclaré à l’AFP Michael Kugelman, spécialiste de l’Asie du Sud au sein du think tank américain Atlantic Council.

C’est un réel retournement de situation pour le pays d’Asie du Sud, dont la réputation notoire est de lutter contre des extrémistes armés et des séparatistes sur son sol, tout en étant accusé de soutenir les talibans en Afghanistan.

Le Pakistan s’est livré en mai à une guerre brève mais intense contre l’Inde, et est entré en conflit à deux reprises avec l’Afghanistan voisin qu’il a accusé d’accueillir des groupes armés.

Raja Qaiser Ahmed, professeur de relations internationales à l’université Quaid-i-Azam d’Islamabad, estime que les réponses militaires du Pakistan dans les deux conflits ont contribué à renforcer ses atouts sur le plan régional.

«En relations internationales, la monnaie d’échange, c’est la puissance», soutient-il. «Lorsque vous l’avez démontrée sur le plan opérationnel, il ne vous reste plus ensuite qu’à la consolider sur le plan diplomatique.»

Le pays «cherche à changer la perception mondiale de ses capacités en tant qu’acteur global», a-t-il déclaré.

«Il n’apprécie pas d’avoir une mauvaise image dans le monde et veut, en substance, répondre à ses détracteurs et montrer qu’il a la capacité d’impulser le changement et d’être influent sur la scène internationale».

Stratégie diplomatique

Au moment où le conflit entre Washington et Téhéran a éclaté, submergeant rapidement la région, Islamabad n’a pas pris parti.

Quand le président américain Donald Trump est entré en fonction, le Pakistan s’est rapproché des États-Unis, en félicitant M. Trump pour avoir contribué à la médiation mettant fin au conflit avec l’Inde, bien que Delhi réfute ce jugement.

S’en est suivi une visite à Washington du premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et du chef puissant de l’armée Asim Munir, M. Trump décrivant désormais ce dernier comme son «maréchal préféré».

Tôt dimanche, matin, lorsque le vice-président américain JD Vance a annoncé qu’aucun accord n’avait été conclu après un marathon de 21 heures de négociations, il a également fait l’éloge du Pakistan.

M. Vance a remercié explicitement M. Sharif et M. Munir, déclarant qu’ils ont fait «un travail exceptionnel, et réellement essayé de nous aider et d’aider les Iraniens à combler l’écart et parvenir à un accord».

Ses propos ont été corroborés par Mohammad Bagher Ghalibaf, le chef du Parlement iranien qui a représenté le pays lors des négociations.

Le Pakistan partage 900 km de frontière avec l’Iran, avec qui il entretient des relations chaleureuses, bien que parfois tendues, les deux pays partageant des liens culturels et commerciaux importants.

Trump menace de détruire tout navire militaire iranien forçant le blocus américain des ports Donald Trump a menacé lundi de «destruction» tout «navire d’attaque rapide» iranien forçant le blocus américain des ports de l’Iran.

«Bel et bien un acteur»

Asif Durrani, ancien ambassadeur pakistanais à Téhéran, estime que le Pakistan a démontré son importance grâce à ces discussions, malgré le fait que les premiers pourparlers n’ont pas abouti à un accord.

«Le Pakistan est bel et bien un acteur. Sa géographie est si unique qu’on ne peut l’ignorer», explique-t-il.

Le pays est également un voisin de la Chine avec qui il cultive de bonnes relations, ce que les diplomates, ainsi que M. Trump, considèrent essentiel pour amener l’Iran à la table des négociations.

Plus encore, Islamabad maintient des liens étroits avec les nations du Golfe, entraînées dans le conflit par les représailles iraniennes, notamment l’Arabie saoudite, avec laquelle il a conclu un pacte de défense mutuelle.

Le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a assuré lundi que des efforts se poursuivaient pour maintenir les négociations et qu’un deuxième cycle de discussions restait possible.

Pour M. Kugelman, même en cas de reprise des combats, le Pakistan pourrait voir malgré tout son image internationale renforcée.

«Je pense que même si la guerre reprend, la réputation du pays ne sera pas détériorée. J’irais même jusqu’à dire qu’au contraire, elle se sera améliorée, car (le pays) a réussi à repousser les critiques selon lesquelles il n’aurait pas la capacité de mener à bien ce type de diplomatie», soutient-il.

«(Le Pakistan) a réussi à se présenter comme un artisan de la paix».