Les rebelles houthis du Yémen, pro-iraniens, ont revendiqué jeudi des attaques en mer Rouge contre deux pétroliers saoudiens, faisant peser une menace sur la circulation maritime par le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, dont l’importance s’est accrue depuis le blocage du détroit d’Ormuz.
Où se situe ce détroit?
Le Bab el-Mandeb est situé à l’extrémité sud de la mer Rouge : il relie celle-ci au golfe d’Aden, dans l’océan Indien.
Il s’agit d’un des couloirs maritimes les plus empruntés au monde, reliant notamment l’Europe à l’Asie.
Ce détroit, dont le nom en arabe signifie «la porte des lamentations», sépare le Yémen, sur la péninsule arabique, de Djibouti et de l’Erythrée, en Afrique.
Il est long d’une centaine de kilomètres, et large d’une trentaine de kilomètres entre la localité de Ras Menheli, sur la côte yéménite, et celle de Ras Siyyan à Djibouti, ces deux caps marquant la limite entre la mer Rouge et le golfe d’Aden.
À cet endroit, l’île de Perim, appartenant au Yémen, divise le détroit en deux couloirs maritimes.
Pourquoi est-il stratégique?
Les pétroliers et navires commerciaux, en provenance de l’Asie, passent par ce détroit pour rallier la mer Rouge, puis le canal de Suez, où ils débouchent sur la mer Méditerranée, et vice versa.
Or, depuis le début du conflit au Moyen-Orient, l’Arabie saoudite a considérablement augmenté ses volumes d’or noir exportés par le port de Yanbu, donnant sur la mer Rouge, afin de contourner le blocage du détroit d’Ormuz orchestré par l’Iran.
Le volume de pétrole exporté par ce port correspond désormais à 75% du total des exportations pétrolières de Ryad en temps normal, contre 15 à 20% avant le conflit, selon John Evans, analyste chez PVM.
Si les navires ne peuvent plus emprunter le détroit de Bab el-Mandeb, la seule alternative pour rejoindre l’Asie est de contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance.
«Le trajet entre Yanbu et la Chine prend un peu plus de 20 jours» en passant au large du Yémen, alors que remonter par le canal de Suez et contourner l’Afrique implique un temps de voyage «de plus de 50 jours», précise M. Evans.
Quels sont les risques pour la navigation?
En raison de sa proximité avec les côtes yéménites contrôlées en partie par les Houthis, le détroit est particulièrement exposé aux attaques menées par les rebelles.
En 2024, ils avaient notamment mené des attaques contre des navires marchands, affirmant agir en solidarité avec les Palestiniens et ciblant des bâtiments qu’ils jugeaient liés à Israël, ce qui avait durablement perturbé le trafic maritime dans la zone.
Le transport maritime dans la mer Rouge n’a jamais retrouvé ses niveaux de 2023, mais depuis janvier 2025 les grandes compagnies maritimes «avaient commencé à tâter le terrain et faire passer des navires», a expliqué Bridget Diakun de Lloyd’s List Intelligence, lors d’une visioconférence jeudi.
Le blocage du détroit d’Ormuz avait particulièrement contribué à accroître le trafic de pétroliers transitant par Bab el-Mandeb, mais «cela va changer» à cause de l’attaque, prédit l’analyste.
«Les Houthis ont déjà réussi par le passé à contrôler le détroit principalement depuis la côte, avec des moyens limités», avertissait déjà en mars auprès de l’AFP Rico Luman, économiste spécialisé dans les transports chez ING Research.
