La guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a vu son périmètre s’élargir considérablement, allant désormais de Chypre au large du Sri Lanka en passant par la Turquie et l’Azerbaïdjan, interrogeant le positionnement de nombreux pays qui ne souhaitent pas être entraînés.
À mesure que l’Iran lance ses frappes, la guerre déborde sur les autres pays à une vitesse spectaculaire depuis le début de l’offensive américaine et israélienne samedi.
Les pays du Golfe ont été attaqués par l’Iran, Chypre, pays de l’Union européenne (UE), a vu des drones viser une base britannique sur son sol et le Liban a été entraîné dans la guerre par des attaques du Hezbollah, allié de l’Iran, contre Israël qui a répliqué.
Mercredi, un sous-marin américain a coulé une frégate iranienne au large du Sri Lanka, non loin de l’Inde, et la Turquie, pays membre de l’OTAN, a annoncé que des systèmes de défense aérienne de l’Alliance atlantique avaient abattu un missile balistique en provenance d’Iran qui faisait route vers son territoire.
Jeudi, c’est la région de Nakhitchevan en Azerbaïdjan qui a été touchée par deux drones iraniens, dont l’un sur un aéroport. Bakou a promis que cette attaque ne resterait pas «sans réponse», alors que Téhéran a démenti être responsable.
«C’est curieux que l’Iran frappe urbi et orbi, ciblant de potentiels alliés ou potentiels (pays) neutres. Peut-être que le calcul est d’adopter une stratégie indirecte pour paralyser l’économie mondiale et élever le coût de la guerre pour les États-Unis», s’interroge une source militaire européenne.
«La grande question est de savoir s’il y a une organisation dans la réponse iranienne», selon une source diplomatique française, estimant que l’élimination des dirigeants iraniens a pu désorganiser les prises de décisions.
Escalade horizontale
L’action du Hezbollah en coordination avec l’Iran «laisse supposer une volonté d’étendre le champ de bataille et d’accroître la pression sur Israël», estime le centre de recherche américain Soufan Center.
Ce phénomène est parfois appelé «escalade horizontale» par les spécialistes: la guerre s’étend soit par l’ouverture de nouveaux théâtres, soit par celle de nouveaux types d’action, comme par exemple le blocage du détroit d’Ormuz.
L’escalade est dite verticale quand le conflit se durcit par l’engagement de nouveaux moyens.
Mais cette stratégie risque d’amener de nouveaux belligérants. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré à son homologue iranien que «toute mesure susceptible d’entraîner une escalade du conflit devait être évitée».
Parmi les capitales impliquées ou exposées, «c’est aujourd’hui la volonté de gérer et d’éviter l’escalade horizontale» qui domine, assure une source diplomatique française.
Plusieurs pays de l’UE (Royaume-Uni, Grèce, France, Espagne) ont dépêché des moyens militaires pour soutenir Chypre.
«Mécanismes d’alliances»
La France, dont deux bases militaires aux Émirats arabes unis ont aussi été attaquées, est «entraînée de fait, car (ses) intérêts sont touchés», selon une source de l’entourage d’Emmanuel Macron, qui a annoncé mardi envoyer le navire amiral français, le porte-avions Charles De Gaulle, en Méditerranée, évoquant «une guerre en train de s’étendre».
C’est le risque que tous veulent éviter: être entraînés dans la guerre.
«Il peut y avoir des mécanismes d’alliances qui font entrer de nouveaux pays dans la guerre par ricochet et rebond», selon la source militaire européenne, «un peu comme lors de la Première Guerre mondiale».
C’est pour éviter cette escalade horizontale que la France martèle que sa démarche est «strictement défensive». Elle est liée par des accords de défense avec plusieurs pays du Golfe, qui peuvent être activés à différents degrés, laissant dans le flou jusqu’où peut aller Paris pour les honorer.
Parmi les possibilités d’extension géographique reste le Yémen, dont les rebelles houthis ont ciblé Israël pendant la guerre à Gaza et pourraient tenter d’entraver la navigation dans le détroit de Bab-el-Mandeb ou attaquer d’autres pays.
«Il n’y a pas d’extension dans le secteur pour l’instant, c’est à surveiller», estime la source militaire européenne.
«Les prochains jours indiqueront si les Houthis resteront fidèles à leur idéologie ou se replieront sur eux-mêmes», estime Ibrahim Jalal du Stimson Center.
