Conflit au Moyen-Orient

Le choix «impossible» de Canadiens coincés au Moyen-Orient

Affaires mondiales Canada propose à Amy Nikiel de rentrer au pays avec ses enfants, mais sans son conjoint palestinien.

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Nikiel La Canadienne Amy Nikiel vit à Doha, au Qatar, avec son mari et ses trois fils. Elle affirme que son conjoint non canadien n'est pas admissible aux vols de sauvetage et au transport terrestre hors de la zone de guerre. (Courtoisie)

Une Canadienne prise au piège dans une zone de conflit armé dit qu’elle est confrontée à un choix «impossible»: fuir avec ses enfants et laisser derrière elle son mari, qui est le seul membre de la famille à ne pas avoir la citoyenneté canadienne.

Ce contenu a été traduit à partir d’un article de CTV News.

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Amy Nikiel vit et travaille à Doha, au Qatar, depuis deux décennies. Elle a besoin de l’aide du gouvernement fédéral pour obtenir un visa pour son conjoint palestinien, Iyad Massoud, afin qu’ils puissent quitter la zone de conflit.

Mais malgré de multiples appels et courriels aux représentants consulaires, Mme Nikiel affirme qu’Affaires mondiales Canada ne lui a pas fourni l’aide dont elle a besoin.

Parmi les dizaines d’échanges de courriels reçus par Mme Nikiel, il y avait une réponse automatique d’Affaires mondiales, qui soulignait que l’aide consulaire est destinée aux Canadiens, mais précisait que dans les situations d’urgence, «une aide peut être accordée aux résidents permanents du Canada et aux membres de la famille admissibles des Canadiens, tels que définis dans le Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés».

Le mari de Mme Nikiel, M. Massoud, n’est pas un résident permanent du Canada. Le couple s’est rencontré au Qatar et a élevé ses enfants dans cet État du Golfe, mais revient souvent au Canada pour rendre visite à sa famille.

Dans un courriel fourni à CTV News, Mme Nikiel s’est vu répondre: «À ce stade, nous ne nous occupons que des citoyens canadiens», puis on lui a demandé si elle «serait prête à partir sans son mari».

«C’est stressant pour notre famille», partage Mme Nikiel.

«Nous avons évidemment besoin de rester ensemble, et l’option qui nous est proposée, à savoir que je ne serai accueillie qu’avec mes enfants, est inimaginable.»

—  Amy Nikiel, une Canadienne installée à Doha

Le couple a trois fils âgés de moins de 14 ans.

Mme Nikiel craint que d’autres familles comme la sienne, dont les conjoints ou les enfants ne sont pas citoyens canadiens, ne soient laissées pour compte.

L’Arabie saoudite impose des restrictions strictes à la délivrance de visas aux Palestiniens. Mme Nikiel dit avoir envoyé plusieurs documents au ministère des Affaires mondiales attestant des précédents voyages de son mari au Canada, dans l’espoir que quelqu’un lui donne des conseils.

«Je sais que c’est compliqué, mais j’ai essayé d’obtenir des réponses du gouvernement sur la manière dont nous pouvons bénéficier d’une aide au départ en tant que famille, et on me renvoie sans cesse d’un service à l’autre», déplore Mme Nikiel lors d’un entretien sur Zoom.

CTV News a contacté Affaires mondiales Canada pour demander des éclaircissements sur la manière dont il traite les cas impliquant des membres de la famille qui ne sont pas citoyens canadiens. CTV News n’a pas reçu de réponse.

Peu de moyens disponibles pour rapatrier les Canadiens

L’Iran a lancé des missiles sur le Qatar, forçant la fermeture de son espace aérien. Au cours du week-end, Affaires mondiales Canada a organisé plusieurs bus pour transporter environ 270 Canadiens de Doha à Riyad, située dans le pays voisin, l’Arabie saoudite.

Selon les derniers chiffres du ministère des Affaires étrangères, 1077 Canadiens ont demandé de l’aide pour quitter le Qatar depuis que les États-Unis et Israël ont lancé leurs premières frappes contre l’Iran.

La frustration et la peur du couple montréalais Mahmud Ahmed et Syeda Banu, qui ont fait escale à Doha dans le cadre de leurs vacances le 24 février, ne cessent de croître. Ils se trouvaient à l’extérieur lorsque les forces de défense qataries ont abattu des missiles iraniens au-dessus de leurs têtes.

Mahmud Mahmud Ahmed et son épouse Syeda, originaires de Montréal, sont bloqués à Doha, au Qatar. Le couple canadien ne parvient pas à obtenir de place dans l'un des bus affrétés par Affaires mondiales Canada pour quitter le Qatar. (Courtoisie)

M. Ahmed avance qu’il souffre d’une maladie cardiaque et que sa femme a une mobilité réduite – elle ne peut marcher que cinq minutes à la fois. Il dit qu’il essaie de parler aux responsables de l’ambassade canadienne depuis six jours, mais qu’il n’a reçu que des «courriels automatiques».

L’aéroport de Doha étant fermé, M. Ahmed essaie de trouver un moyen de transport terrestre par ses propres moyens, le couple n’ayant pas pu obtenir de place dans les bus canadiens qui sont partis pour Riyad.

Au lieu de l’Arabie saoudite, Ahmed espère trouver un chauffeur pour les emmener vers l’est, à Mascate, la capitale d’Oman. «C’est à plus de 1000 kilomètres et à environ 12 heures de route», calcule-t-il. «Mais je suis prêt à le faire, car Mascate est au moins un peu en dehors de la zone de guerre pour le moment.»

Dans un message publié dimanche sur les réseaux sociaux, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a déclaré que le gouvernement «explorait toutes les possibilités pour que les Canadiens qui souhaitent partir puissent le faire rapidement et en toute sécurité».

Depuis le 4 mars, Affaires mondiales Canada a réservé 504 places dans des avions et 390 places dans des bus, soit un total de 894 places disponibles.

Mais seuls 357 Canadiens ont été embarqués, ce qui représente moins de 40 % de la capacité que le gouvernement a pu obtenir auprès des compagnies aériennes et des compagnies d’autobus.

Mme Anand a précédemment déclaré que les sièges inutilisés seraient transférés aux pays alliés.

Selon Affaires mondiales, environ 110 000 Canadiens sont enregistrés au Moyen-Orient et 5267 personnes ont demandé de l’aide pour quitter la zone dangereuse.