Conflit au Moyen-Orient

Le canal de Panama empoche des tarifs importants avec la fermeture du détroit d'Ormuz

«Tout cela affecte les chaînes d’approvisionnement mondiales.»

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Un navire traverse le canal de Panama au levé du soleil, le 25 mars 2026. Un navire traverse le canal de Panama au levé du soleil, le 25 mars 2026. (Matias Delacroix)

Des entreprises ont déboursé jusqu’à 4 millions $ US pour faire transiter leurs navires par le canal de Panama en raison du bouleversement des flux commerciaux mondiaux causés par la fermeture du détroit d’Ormuz, a rapporté l’Autorité du canal de Panama.

Alors que le passage par cette voie navigable est généralement facturé à un tarif forfaitaire sur réservation, les entreprises qui n’ont pas de réservation peuvent la traverser en payant un supplément facturé selon une enchère au plus offrant sur les créneaux horaires.

Ces tarifs ont explosé dans les dernières semaines, alors que le conflit entre l’Iran et les États-Unis a provoqué la voie maritime clé qu’est le détroit d’Ormuz. Les navires empruntent de plus en plus le canal de Panama, les expéditions étant redirigées et les acheteurs s’approvisionnant auprès d’autres pays pour éviter de passer par cette voie maritime du Moyen-Orient.

«Avec tous les bombardements, les missiles, les drones (...) les entreprises affirment qu’il est plus sûr et moins coûteux de passer par le canal de Panama, a expliqué Rodrigo Noriega, avocat et analyste dans la ville de Panama. Tout cela affecte les chaînes d’approvisionnement mondiales.»

Par ailleurs, M. Noriega a indiqué que le gouvernement panaméen «tire le maximum de ce qu’il peut gagner grâce au canal».

Le détroit d’Ormuz toujours sous pression Il n’y a aucun signe d’apaisement dans la guerre en Iran, alors qu’une trêve fragile est toujours en vigueur.

Le prix moyen pour traverser le canal varie entre 300 000 $ US et 400 000 $ US selon le navire. Auparavant, pour obtenir une traversée plus tôt, les entreprises devaient payer un supplément de 250 000 $ US à 300 000 $ US. Ces dernières semaines, le surcoût moyen a grimpé à environ 425 000 $ US.

Ricaurte Vásquez, l’administrateur du canal, a déclaré qu’une autre entreprise, dont il n’a pas révélé le nom, avait payé 4 millions $ supplémentaires lorsque son navire-citerne a dû changer de destination en raison des tensions géopolitiques actuelles.

«Il s’agissait d’un navire transportant du carburant vers l’Europe, qui a été redirigé vers Singapour, et il devait s’y rendre, car Singapour est à court de carburant», a-t-il expliqué.

D’autres entreprises pétrolières ont versé plus de 3 millions $ US en plus des frais de passage pour accélérer leur traversée face à la flambée des prix du pétrole.

M. Vásquez a précisé que les navires ne s’étaient pas accumulés au niveau du canal de Panama, mais que ces coûts pouvaient plutôt être attribués à des changements de dernière minute et à une urgence accrue de la part des transporteurs devant se rendre d’un point à un autre plus rapidement en raison d’un chaos commercial plus important.

M. Vásquez a noté que ces coûts ne correspondaient pas à un tarif de marché général, mais plutôt à un péage temporaire supporté par les entreprises.

«Ce sont elles qui décident du montant à payer», a-t-il indiqué.

Alors que le gouvernement panaméen tire davantage de revenus de cette nouvelle activité, il a également été durement touché par les tensions géopolitiques.

Mercredi, le ministère des Affaires étrangères du pays a accusé l’Iran d’avoir illégalement saisi un navire battant pavillon panaméen, appartenant à l’entreprise italienne MSC Francesca, dans le détroit d’Ormuz.

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Le Panama, qui possède l’un des plus grands registres maritimes au monde, a déclaré que le navire avait été «saisi de force» par l’Iran. Il n’était pas immédiatement clair si le navire était toujours sous la garde des autorités iraniennes.

«Cela représente une grave atteinte à la sécurité maritime et constitue une escalade inutile à un moment où la communauté internationale plaide pour que le détroit d’Ormuz reste ouvert à la navigation internationale sans menaces ni coercition d’aucune sorte», a-t-il affirmé.

M. Noriega, l’analyste, a prévenu que les frais payés par les entreprises pour traverser le canal de Panama risquaient d’augmenter si le conflit se prolongeait, alors que les prix du pétrole sont déjà en forte hausse. Le prix du Brent, la référence en matière de pétrole, a brièvement dépassé les 107 $ US cette semaine. Il y a un an, il se situait à environ 66 $ US.