L’Agence internationale de l’énergie (AIE) et l’OPEP dans une moindre mesure ont encore abaissé mercredi leurs prévisions de demande mondiale de pétrole en 2026, faute de perspective d’une résolution rapide du conflit au Moyen-Orient entre les États-Unis et l’Iran qui plombe l’offre d’or noir.
Le monde s’enfonce dans un marché pétrolier déficitaire alors que la fermeture persistante du détroit d’Ormuz, point de passage maritime crucial pour 20% de l’or noir mondial, continue de perturber les chaînes d’approvisionnement internationales et réduit la disponibilité des produits pétroliers.
Selon l’AIE, la balance pétrolière mondiale devrait désormais afficher un déficit de 1,8 million de barils par jour au 3e trimestre, soit plus du double de son estimation du mois dernier.
Le marché est toujours privé d’environ 8,3 millions de barils par jour (mb/j) de la production de brut du Golfe en raison de la crise d’Ormuz, qualifiée par l’AIE de «plus grande perturbation de l’offre mondiale de pétrole jamais enregistrée», dans son rapport mensuel qui révise chaque mois les prévisions sur le marché pétrolier.
En conséquence, «faute d’un accord permettant la réouverture d’Ormuz et d’un transit sans entrave par le détroit de Bab el-Mandeb», en proie aux attaques des Houthis pro-iranien, l’Agence de l’énergie de l’OCDE a «de nouveau revu à la baisse» ses prévisions d’offre «pour le reste de l’année».
L’offre mondiale de pétrole devrait désormais reculer de 4,3 mb/j en 2026, pour s’établir à 102 mb/j, la croissance de 1,4 mb/j en provenance des Amériques ne compensant que partiellement les pertes au Moyen-Orient et en Russie, où les attaques ukrainiennes continuent de viser des infrastructures pétrolières.
Dans ce contexte, la pénurie de produits raffinés, aggravée par ces frappes contre les raffineries russes, a propulsé les marges de raffinage dans le bassin Atlantique à des «niveaux record en juillet», «le diesel atteignant une valeur deux fois supérieure à celle du brut sur les marchés internationaux».
Reconstituer les stocks
Selon l’AIE, une «désescalade» dans le conflit devrait permettre «une reprise progressive des flux dans les mois à venir» et laisser entrevoir un possible surplus d’offre pétrolière vers le 4e trimestre 2026. Cela permettrait par la suite de reconstituer progressivement les stocks mondiaux de pétrole dans le courant de 2027.
L’AIE estime que la production pourrait rebondir de 8,3 mb/j l’an prochain pour atteindre 110,3 mb/j, mais les perspectives d’amélioration restent «fragiles».
«Même si le marché devrait renouer avec un excédent vers la fin de cette année, les risques restent importants et l’urgence de rouvrir le détroit s’est accrue, les réserves de sécurité dont on disposait auparavant s’épuisant rapidement», a mis en garde l’AIE.
Au total, les stocks mondiaux de pétrole sont tombés fin juillet à un peu moins de 7,9 milliards de barils, pour la première fois depuis avril 2025, avec une diminution de 410 millions de barils depuis le début du conflit, au rythme de 2,7 millions chaque jour.
Avec la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz», «la hausse des prix des carburants» continue en parallèle «de peser sur la consommation de pétrole», avec pour effet d’accélérer en Chine la course à la mobilité électrique.
«Le parc important et en pleine expansion de véhicules électriques (VE) en Chine, qui s’étend désormais aux voitures, camionnettes, bus et camions, joue un rôle déterminant dans la réduction de la consommation de carburants raffinés», souligne l’AIE.
L’Agence table désormais pour 2026 sur une baisse plus importante de la consommation mondiale de pétrole de 1,6 million de barils par jour (mb/j) sur un an, alors qu’elle anticipait un recul de 1 mb/j dans son estimation de juillet.
Selon l’AIE, il faudra attendre le tout dernier trimestre pour voir la demande repartir à hausse, avec une croissance de 0,58 mb/j.
La consommation mondiale pétrolière s’établirait en 2026 à 103,29 mb/j, contre 103,46 mb/j estimée le mois dernier par l’AIE.
De son côté, l’OPEP, dont les prévisions sont toujours plus optimistes, table sur une consommation mondiale en 2026 de 105,7 millions de barils par jour, tout en abaissant à 600 000 barils par jour son estimation de la croissance de la demande, contre 800 000 barils par jour dans sa prévision publiée en juillet.
