Conflit au Moyen-Orient

L’accord entre les États-Unis et l’Iran suscite des inquiétudes au Liban

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Destruction dans le sud du Liban après l'accord entre les États-Unis et l'Iran Des voitures circulent au milieu des décombres à Tyr, dans le sud du Liban, quelques heures après l'annonce d'un accord entre Washington et Téhéran pour mettre fin immédiatement à la guerre au Moyen-Orient.

L’accord entre les États-Unis et l’Iran devrait mettre fin au conflit au Liban, mais il n’évoque ni un retrait israélien ni un arrêt du soutien de Téhéran au Hezbollah, laissant beaucoup de problèmes au Liban en suspens, estiment des analystes.

Les autorités libanaises, qui mènent sous la pression de Washington des négociations bilatérales séparées avec Israël, ont été tenues à l’écart de cet accord annoncé dans la nuit.

Que prévoit l’accord?

La teneur de l’accord annoncé dans la nuit n’a pas été rendue publique.

L’Iran et le Pakistan, médiateur clé, ont annoncé qu’il prévoyait la fin du conflit sur l’ensemble des fronts, dont le Liban, où le Hezbollah pro-iranien et Israël s’affrontent depuis le 2 mars.

Le Liban n’a pas été informé des termes de l’accord. Le président du Parlement Nabih Berri, qui joue les intermédiaires entre le Hezbollah et les États-Unis, a souligné que l’accord incluait «une clause contraignante» stipulant «l’arrêt de l’agression israélienne contre tout le Liban».

Le ministère iranien des Affaires étrangères a de son côté affirmé lundi que les États-Unis devaient garantir qu’Israël s’engage à mettre fin au conflit chez son voisin du nord.

Le Hezbollah, qui «remercié l’Iran» pour avoir inclus le Liban dans l’accord, a cessé depuis la nuit ses attaques contre Israël, qui de de son côté n’a plus mené de frappes lundi sur le sud.

Pas de retrait?

Selon ce qui a fuité de l’accord, il ne mentionne pas de retrait d’Israël. Son ministre de la Défense Israël Katz a affirmé que le pays maintiendrait ses troupes au Liban, comme en Syrie et à Gaza, «pour une période illimitée».

«Cet accord ne semble pas engager Israël, qui a tout de suite signifié qu’il n’était pas partie prenante (..) Il est donc très improbable qu’il y ait un retrait israélien du Liban sud», estime Karim Bitar, enseignant à Sciences Po Paris.

L’armée israélienne a lancé une offensive terrestre et progressé en profondeur, franchissant même en certains points le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres de la frontière, selon une source militaire occidentale.

Cette source qui a requis l’anonymat précise que «des dizaines de milliers de soldats israéliens» se trouvent désormais dans le sud du pays où ils maintiennent certaines positions fixes.

«C’est la plus grande invasion depuis leur retrait en 2000», souligne cette source selon laquelle le Hezbollah maintient toujours une présence dans les zones occupées.

La formation pro-iranienne avait révélé avoir envoyé des renforts depuis le début du conflit dans les zones au sud du Litani, dont elle était censée s’être retirée après la fin du dernier conflit avec Israël en novembre 2024.

Quel avenir pour le Hezbollah?

Alors que les États-Unis mettent depuis des mois la pression sur les autorités libanaises pour désarmer le Hezbollah, l’accord ne fait à priori pas mention du sort des groupes alliés à l’Iran.

«L’Iran ne semble pas s’être engagé à cesser son soutien et son financement au Hezbollah», estime Karim Bitar, tandis que pour l’expert militaire Riad Kahwaji, «il est certain que le Hezbollah n’acceptera pas de rendre ses armes».

L’analyste craint «une instabilité accrue au Liban, surtout que le Hezbollah croit qu’à travers l’Iran, il est sorti victorieux (…) et qu’il va donc essayer d’imposer ses conditions» aux autorités.

Qu’en est-il des négociations bilatérales?

Le Liban et Israël mènent depuis avril des négociations sous l’égide de Washington, qui avait tenté de dissocier les fronts libanais et iranien. Elles sont rejetées par le Hezbollah et n’ont pas mis fin au conflit qui a déjà fait plus de 3 700 morts et plus d’un million de déplacés au Liban.

Une nouvelle session avec deux volets, politique et militaire, est prévue à partir du 22 juin à Washington.

«Nous allons intensifier nos efforts au cours des négociations de Washington pour obtenir un retrait israélien total», a assuré lundi le premier ministre libanais Nawaf Salam.

Mais les analystes doutent de l’utilité de ce processus, le Liban officiel ayant été court-circuité avec l’annonce de l’accord global.

Pour M. Bitar, le Liban pourrait «une nouvelle fois être la victime expiatoire qui paiera à la fois l’amateurisme américain, le cynisme iranien, l’hubris israélien et pour être honnête, l’absence de stratégie claire de sa propre classe politique».