Conflit au Moyen-Orient

L’accord américano-iranien vu comme une «catastrophe» en Israël

«Les choses ne se sont pas déroulées comme Israël l’espérait.»

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Une représentation satirique de la Statue de la Liberté et du drapeau américain orne l'entrée de l'ancienne ambassade des États-Unis, transformée en musée anti-américain, à Téhéran, en Iran, le vendredi 12 juin 2026. Une représentation satirique de la Statue de la Liberté et du drapeau américain orne l'entrée de l'ancienne ambassade des États-Unis, transformée en musée anti-américain, à Téhéran, en Iran, le vendredi 12 juin 2026. (Vahid Salemi/AP Photo/Vahid Salemi)

En Israël, l’accord conclu entre Washington et Téhéran est largement perçu comme une victoire de l’Iran, des analystes estimant qu’il renforce la République islamique tout en laissant sans réponse les exigences israéliennes.

La fin prévue des hostilités intervient à quelques mois d’élections législatives cruciales pour l’avenir politique du premier ministre Benjamin Netanyahou, qui a fait de la lutte contre la menace iranienne l’un des marqueurs de sa carrière.

Or, «le régime que nous voulions renverser ressort renforcé», estime Danny Citrinowicz, ancien du renseignement militaire israélien, qui évoque même une «catastrophe politique et sécuritaire» pour l’État hébreu.

«Le principal problème de cet accord c’est que les questions importantes du point de vue d’Israël, celles liées au nucléaire, sont reportées à un avenir dont on ignore tout», développe Sima Shine, ancienne responsable du renseignement israélien et spécialiste de l’Iran à l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS) dans un entretien à l’AFP.

L’accord prévoit bien l’ouverture de discussions dans un délai de 60 jours sur plusieurs dossiers, dont le programme nucléaire iranien, mais selon Mme Shine, l’expérience des négociations passées avec Téhéran laisse penser que les discussions risquent de se prolonger longtemps.

Même scepticisme chez M. Citrinowicz. «Même dans une deuxième phase, on ne sait pas ce qu’on va obtenir, si tant est qu’on obtienne quelque chose», affirme ce spécialiste de l’Iran à l’AFP, soulignant que l’accord ne dit rien du programme balistique iranien.

Israël «en très mauvaise posture»

Un autre sentiment largement partagé est que l’accord procure à Téhéran des bénéfices immédiats, loin de l’objectif affiché par Israël d’affaiblir durablement le pouvoir en place.

Selon des informations publiées par les médias iraniens, le texte prévoit notamment le déblocage progressif de 24 milliards de dollars d’avoirs gelés, tandis que la réouverture du détroit d’Ormuz devrait permettre une reprise des exportations pétrolières iraniennes.

Les Iraniens «ont réussi à tenir tête aux États-Unis et à Israël, et au final, ils ont négocié avec beaucoup de fermeté, c’est une réussite pour eux», développe Mme Shine: «ils ont été prêts à payer le prix fort et à tenir bon, sans s’effondrer ni s’agenouiller» face aux États-Unis.

«Les choses ne se sont pas déroulées comme Israël l’espérait», poursuit-elle, en estimant que le pays «sort de ce conflit et de cet accord en très mauvaise posture».

Désaveu pour «Monsieur Iran»

M. Citrinowicz y voit également un revers personnel pour Benjamin Netanyahou.

«“Monsieur Iran” se retrouve avec un accord qui ne couvre pratiquement aucun des sujets qui intéressent Israël», résume-t-il.

Le président américain Donald Trump a par ailleurs vivement critiqué M. Netanyahou pour avoir lancé des attaques qui ont failli faire capoter cet accord, le qualifiant de «type très difficile». Un désaveu qui fait partie des «échecs» imposés par l’accord, selon Mme Shine.

«Quoiqu’on pense de Netanyahou, personne ne veut qu’on parle de son premier ministre comme ça», note-t-elle, tout en accusant le chef du gouvernement d’un manque de «réflexion stratégique» sur les questions sécuritaires.

Marche forcée

«Netanyahou nous a conduit à un point où nous disposons d’un levier très faible», conclut Michael Milshtein, universitaire et expert sécuritaire, dans un entretien avec l’AFP: «il semble qu’aujourd’hui nous soyons forcés d’accepter n’importe quel accord avec l’Iran, mais j’anticipe que très bientôt ça sera avec le Liban et pour finir, Gaza».

De fait, l’accord suscite des interrogations quant à la poursuite des opérations militaires israéliennes au Liban, qui durent depuis des mois.

Le texte annoncerait mettre fin au conflit sur tous les fronts, y compris au Liban, mais cette disposition a été explicitement rejetée par des ministres du gouvernement Netanyahou.

«La seule chose qu’Israël peut faire est de dire: +d’accord, nous avons compris, nous acceptons le cessez-le-feu+», contrecarre M. Milshtein, qui regrette un isolement diplomatique de son pays et des faibles gains stratégiques après des semaines d’affrontements.

Évoquant un «déclin de l’influence d’Israël à Washington», Michael Horowitz, expert sécuritaire indépendant, note que «non seulement Trump a ignoré Israël, mais il a, de fait, décidé à la place d’Israël, sans le consulter ni même le prévenir».

«On voit bien qui dirige et qui a le dernier mot dans cette affaire», pointe ce spécialiste des relations israélo-américaines.

«Nous sommes dans une situation pire que celle dans laquelle nous étions avant le début du conflit», résume M. Milshtein.