Conflit au Moyen-Orient

La Russie et la Chine opposent leur veto à une résolution visant le détroit d’Ormuz

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Le premier ministre haïtien Ariel Henry s'adresse à la 78e session de l'Assemblée générale des Nations Unies, le 22 septembre 2023, au siège des Nations Unies. (Craig Ruttle | AP Photo)

Mardi, la Russie et la Chine ont opposé leur veto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU visant à rouvrir le détroit d’Ormuz. La résolution avait été édulcorée à plusieurs reprises dans l’espoir que ces deux pays s’abstiennent de voter.

Le vote — 11 voix contre 2, avec deux abstentions du Pakistan et de la Colombie — est intervenu peu après que le président américain Donald Trump a proféré une menace sans précédent: «Une civilisation entière mourra ce soir» si l’Iran n’ouvre pas cette voie maritime stratégique et ne conclut pas d’accord.

Cependant, mardi soir, moins de deux heures avant l’échéance qu’il avait fixée, Trump a retiré sa menace.

Donald Trump a déclaré qu’il suspendrait l’attaque annoncée pendant deux semaines à condition que l’Iran accepte un cessez-le-feu de deux semaines et la réouverture du détroit d’Ormuz. Un cinquième du pétrole mondial transite habituellement par le détroit d’Ormuz, et l’emprise de l’Iran sur ce détroit durant la guerre a fait flamber les prix de l’énergie.

L’Iran a accepté le cessez-le-feu de deux semaines et a indiqué que le passage par le détroit serait autorisé pendant cette période sous contrôle militaire iranien. Donald Trump a affirmé que l’Iran avait proposé un plan «réalisable» en dix points pour mettre fin à la guerre.

La Russie et la Chine ont fermement défendu leur opposition à la résolution de l’ONU, citant toutes deux la menace de Donald Trump d’anéantir la civilisation iranienne comme confirmation que la proposition aurait donné aux États-Unis et à Israël «carte blanche pour poursuivre leur agression», selon les termes de l’envoyé russe Vassily Nebenzia.

M. Nebenzia et l’ambassadeur de Chine auprès de l’ONU, Fu Cong, ont énoncé que la résolution ne prenait pas en compte les causes profondes et la complexité du conflit, en omettant de démontrer que l’Amérique et son plus proche allié étaient à l’origine de cette guerre qui dégénère actuellement.

Dans sa déclaration, Fu Cong a affirmé que la résolution était «hautement susceptible de mauvaise interprétation, voire d’abus», et que son adoption «enverrait un mauvais message et aurait des conséquences graves, voire très graves».

La Russie et la Chine ont immédiatement réagi en diffusant une résolution concurrente, consultée par l’Associated Press, qui exhortait toutes les parties à cesser leurs activités militaires et condamnait les attaques contre les civils et les infrastructures civiles. M. Nebenzia a indiqué aux journalistes que le texte était déjà prêt à être soumis au vote.

Le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, auteur du projet, a fustigé l’organe le plus puissant de l’ONU pour son inaction et pour avoir permis que la communauté internationale soit «prise en otage par le chantage économique» iranien.

Abdullatif bin Rashid Al Zayani a assuré que le rejet de la résolution envoyait «le signal que la menace qui pèse sur les voies navigables internationales peut rester impunie sans aucune action décisive de la part de l’organisation internationale chargée du maintien de la paix et de la sécurité internationales».

M. Al Zayani a dit aux journalistes que les pays du Golfe intensifieraient leurs efforts diplomatiques pour dissuader l’Iran de mener des attaques et préserver la liberté de navigation. L’ambassadeur iranien auprès des Nations Unies a remercié ses alliés au sein du Conseil de sécurité, composé de 15 membres, d’avoir refusé d’adopter la résolution.

«Le texte présente de manière injustifiée et trompeuse les mesures légitimes prises par l’Iran dans le détroit d’Ormuz, dans l’exercice de son droit inhérent de légitime défense conformément à la Charte des Nations Unies, comme des menaces à la paix et à la sécurité internationales», a écrit Amir-Saeid Iravani dans un communiqué.

Évolution de la résolution

Il est peu probable que la résolution aurait eu un impact sur le conflit, qui en est désormais à sa cinquième semaine, car elle a été considérablement édulcorée afin d’inciter la Russie et la Chine à s’abstenir plutôt qu’à y opposer leur veto.

La proposition initiale du Golfe autorisait les pays à utiliser «tous les moyens nécessaires» — une formulation onusienne incluant l’action militaire — pour garantir le transit dans le détroit d’Ormuz et dissuader toute tentative de fermeture.

Les États-Unis, qui avaient soutenu le projet dès sa version initiale, ont vivement critiqué les pays qui s’y opposaient. «Personne ne devrait tolérer que l’économie mondiale soit tenue en joue, a commenté Mike Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès des Nations Unies, à propos de l’Iran. Or, aujourd’hui, la Russie et la Chine l’ont toléré.»

Dans sa déclaration, il a ajouté: «Elles se sont rangées du côté d’un régime qui cherche à intimider les pays du Golfe pour les soumettre, tout en réprimant brutalement sa propre population lors d’une coupure nationale d’Internet, pour avoir osé rêver de dignité ou de liberté.»

Après que la Russie, la Chine et la France, membres du Conseil de sécurité disposant du droit de veto, se sont opposées à l’autorisation du recours à la force, la résolution a été révisée afin de supprimer toute référence à une action offensive. Elle n’aurait autorisé que «tous les moyens défensifs nécessaires». Un vote était prévu samedi.

Cependant, la résolution a finalement été encore affaiblie, supprimant toute référence à l’autorisation du Conseil de sécurité — qui constitue un ordre d’action — et limitant ses dispositions au détroit d’Ormuz.

Les versions précédentes incluaient les eaux adjacentes. La résolution rejetée mardi aurait fortement encouragé les pays à coordonner leurs efforts pour garantir la sécurité de la navigation dans le détroit d’Ormuz, notamment en escortant les navires marchands et commerciaux.

La résolution exigeait également que l’Iran cesse d’entraver la liberté de navigation dans le détroit et d’attaquer les infrastructures civiles.

Pourquoi Bahreïn a-t-il soutenu cette résolution?

En réponse aux attaques américaines et israéliennes qui ont débuté le 28 février, l’Iran a ciblé des hôtels, des aéroports, des immeubles résidentiels et d’autres infrastructures civiles dans plus de dix pays, dont ses voisins du Golfe, parmi les plus grands exportateurs mondiaux de pétrole et de gaz naturel.

Le blocus iranien du détroit est perçu par les pays du Golfe comme une menace existentielle. Bahreïn, pays du Golfe qui accueille la Cinquième flotte des États-Unis et qui représente les pays arabes au Conseil de sécurité, dont il assure la présidence ce mois-ci, a fait pression sur l’ONU pour qu’elle agisse.

En réponse aux frappes iraniennes contre ses voisins du Golfe, le Conseil de sécurité a adopté le 11 mars une résolution, présentée par Bahreïn, condamnant ces «attaques odieuses» et appelant Téhéran à cesser immédiatement ses frappes.

Cette résolution, adoptée par 13 voix pour, 0 contre et 2 abstentions (Russie et Chine), condamnait également les actions de l’Iran dans le détroit d’Ormuz, les qualifiant de menaces pour la paix et la sécurité internationales, et demandait la levée immédiate de toutes les mesures bloquant la navigation.

Edith M. Lederer

Journaliste

Farnoush Amiri

Farnoush Amiri

Journaliste