Israël a ordonné lundi des frappes sur la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah pro-iranien, et intensifie son offensive terrestre au Liban, où il mène son incursion militaire la plus profonde depuis 26 ans.
À la demande de la France, le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir en urgence lundi, le président Emmanuel Macron estimant que «rien ne justifie l’escalade majeure en cours au Sud Liban».
L’UE a aussi appelé Israël, qui s’était retiré du Liban en 2000 après 18 ans d’occupation, à y cesser son «escalade militaire».
Téhéran a réitéré lundi que tout accord pour mettre un terme au conflit au Moyen-Orient était conditionné à un cessez-le-feu au Liban, entraîné dans le conflit régional le 2 mars, et où une trêve est censée être en vigueur depuis le 17 avril.
Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a demandé à l’armée de frapper «des cibles terroristes» dans la banlieue sud de Beyrouth, selon un communiqué, après avoir ordonné la veille l’intensification de l’offensive au Liban.
Il a argué de «violations répétées du cessez-le-feu» par le Hezbollah et d’attaques contre les «villes et citoyens» de son pays.
Le Hezbollah a revendiqué lundi une attaque aux missiles contre un objectif militaire dans la région de Tibériade, dans le nord d’Israël, une affirmation que l’armée israélienne n’a pas commenté dans l’immédiat.
Le mouvement chiite vise aussi régulièrement des positions israéliennes dans le sud du Liban.
Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a prévenu qu’il n’y aurait «pas de calme» à Beyrouth sans un arrêt des attaques du Hezbollah.
Des journalistes de l’AFP ont vu des centaines de familles fuir la banlieue sud, à pied, à moto ou dans des voitures, chargées d’oreillers et de sacs.
Panique générale»
«Nous avons immédiatement quitté la banlieue», a déclaré à l’AFP Hadi, un employé de 24 ans, rentré chez lui à la faveur de la trêve, affirmant que les déclarations israéliennes «ont provoqué une panique générale».
En milieu de journée, les rues de la banlieue sud étaient désertes et les magasins fermés, selon un photographe de l’AFP.
À la suite de pressions diplomatiques, Israël avait cessé ses frappes quotidiennes contre la banlieue sud en avril. En mai, deux frappes avaient visé ce quartier et le sud de la capitale, Israël affirmant qu’elles étaient dirigées contre des responsables du Hezbollah.
Benjamin Netanyahou a annoncé dimanche la prise dans le sud du Liban de la forteresse médiévale de Beaufort, où le drapeau israélien flotte désormais, parlant d’un «tournant majeur» des opérations israéliennes.

Le Hezbollah a dit lundi dans un communiqué combattre les forces israéliennes aux alentours de cette forteresse stratégique, surplombant le sud du Liban et une partie du nord d’Israël, dont les troupes israéliennes avaient fait une base avant leur retrait en 2000.
Le conflit au Liban a débuté le 2 mars avec une attaque du Hezbollah contre Israël en représailles aux frappes israélo-américaines contre l’Iran.
«Plan clair»
L’armée israélienne a aussi poursuivi lundi ses frappes dans le sud, selon l’Agence nationale d’information (ANI, officielle).
Elle y a ordonné l’évacuation d’une quinzaine de villages.
M. Katz a indiqué que l’armée israélienne cherchait à faire de la zone située entre la frontière et le fleuve Litani, à une trentaine de km plus au nord, «une zone placée sous contrôle sécuritaire» de l’armée.
Alors que son pays doit tenir de nouvelles discussions avec Israël mardi et mercredi à Washington, le président libanais, Joseph Aoun, a dénoncé une «agression féroce» du pays voisin.
Il a cependant affirmé que les négociations entre les deux pays restaient «le seul moyen de mettre fin à la guerre».
Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio s’est entretenu avec lui et Benjamin Netanyahou au sujet de ces négociations, auxquelles s’oppose le Hezbollah.
«Afin de faire avancer ces pourparlers, les États-Unis ont proposé un plan clair: le Hezbollah doit mettre fin à toutes ses attaques contre Israël. En contrepartie, Israël s’abstiendrait de toute escalade à Beyrouth», a déclaré un responsable américain dimanche soir.
Depuis le 2 mars, plus de 3412 personnes ont été tuées au Liban et plus d’un million déplacées, selon Beyrouth. Le bilan est de 26 morts côté israélien, 25 soldats et un contractuel civil.