Le ministre israélien des Affaires étrangères a annoncé jeudi la rupture des contacts avec la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne Kaja Kallas, lui reprochant d’avoir récemment comparé son pays à l’ancien régime raciste sud-africain.
«Il a été rapporté que lors de sa visite au Mexique, elle avait comparé Israël au régime d’apartheid» a écrit Gideon Saar sur son compte X, mais «à l’heure actuelle, elle n’a publié aucun démenti, clarification ou réponse au sujet de cette grave déclaration».
«En conséquence, en tant que ministre des Affaires étrangères de l’État d’Israël, je n’ai pas d’autre choix que de couper tous les contacts avec Mme Kallas tant qu’elle ne se sera pas rétractée», a-t-il ajouté.
Les relations diplomatiques entre Israël et l’Union européenne se sont progressivement détériorées après le début du conflit à Gaza, déclenché par une attaque du Hamas en octobre 2023, et en raison de violences commises par des colons israéliens en Cisjordanie occupée.
Selon le média Euractiv, Mme Kallas a tenu ces propos lors d’une intervention à huis clos face à des responsables gouvernementaux mexicains, en marge d’une visite le mois dernier.
«Assumez-les»
Interrogée par la presse lors d’un sommet européen à Bruxelles, la responsable a refusé de commenter les propos qui lui ont été imputés, et insisté sur la nécessité de maintenir un dialogue «franc et ouvert» avec Israël.
«Je ne vais pas m’avancer à commenter quoi que ce soit qui aurait été dit ou pas dit à huis clos», a-t-elle souligné, renvoyant à ses déclarations publiques concernant Israël et les Palestiniens.
«C’est vrai que nous ne sommes pas toujours d’accord avec les Israéliens, par exemple à propos des colons violents et de l’expansion des colonies en Cisjordanie», a-t-elle rappelé, soulignant avoir eu «des discussions très bonnes, ouvertes, franches et parfois aussi très difficiles» avec M. Saar.
«Si vous avez vraiment prononcé ces déclarations infâmes et diffamatoires, assumez-les», ou «démentez-les», avait exigé plus tôt M. Saar. «Tant que la lumière ne sera pas faite sur cette affaire, ma décision restera inchangée».
Ces échanges interviennent alors que les dirigeants européens, réunis jeudi et vendredi à Bruxelles, devraient discuter des rapports avec Israël, certains pays de l’UE poussant pour des sanctions contre des membres du gouvernement, voire à l’encontre des exportations en provenance des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.
Plusieurs des 27 ont proposé des sanctions contre le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, mais sans parvenir à un consensus pour le faire au niveau de l’UE, alors qu’une telle mesure doit être prise à l’unanimité.
Ce ministre d’extrême droite a été interdit de séjour en France et Irlande fin mai, après qu’il a diffusé une vidéo de militants de la «flottille pour Gaza» agenouillés et mains liées, déclenchant un tollé international.
Alors que certains ministres israéliens militent pour l’annexion de la Cisjordanie occupée, Mme Kallas participait vendredi à Paris à une réunion internationale sur la solution à deux États.
Les tensions actuelles pourraient compliquer la coopération sur certains dossiers sensibles.
Selon des sources diplomatiques et sécuritaires à l’AFP, Israël doit renouveler autour du 20 juin son autorisation au déploiement de la mission européenne EU-Bam Rafah au point de passage entre la bande de Gaza et l’Égypte, seule porte de sortie du territoire palestinien hors Israël.
«EU-Bam c’est un des seuls trucs qui marche depuis le début de la trêve à Gaza [en octobre 2025], et encore (…) Ce n’est pas le moment d’énerver les Israéliens», note une source sécuritaire européenne travaillant dans la région auprès de l’AFP.
