Conflit au Moyen-Orient

«Entraînée» dans le conflit au Moyen-Orient, la France dans une posture «défensive» délicate

«Face à cette guerre en train de s’étendre et dont nul ne sait dire aujourd’hui le terme, la France doit prendre des dispositions pour sa sécurité.»

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Le président français Emmanuel Macron avec des membres de l'armée à la fin de son discours à la base navale des sous-marins nucléaires de l'île Longue à Crozon, en France, le lundi 2 mars 2026. (Yoan Valat/Pool Photo via AP) Le président français Emmanuel Macron avec des membres de l'armée à la fin de son discours à la base navale des sous-marins nucléaires de l'île Longue à Crozon, en France, le lundi 2 mars 2026. (Yoan Valat/Pool Photo via AP) (Yoan Valat)

La France a engagé d’importants moyens militaires, dont le porte-avions Charles-De-Gaulle, en Méditerranée orientale au nom d’une posture «strictement défensive» de ses intérêts et de ses alliés, qui suscite des interrogations sur le risque d’être pris dans l’engrenage de le conflit au Moyen-Orient.

«Face à cette guerre en train de s’étendre et dont nul ne sait dire aujourd’hui le terme, la France doit prendre des dispositions pour sa sécurité, celle de ses ressortissants et de ses bases ainsi que celle de ses alliés dans la région», a déclaré Emmanuel Macron mardi soir lors d’une allocution solennelle, en annonçant l’envoi du porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée orientale.

Le navire amiral de la flotte française, avec une vingtaine d’avions à son bord, doit arriver sur zone avec son escorte de plusieurs frégates et sous-marin dans huit jours environ.

Le chef de l’État a aussi annoncé l’envoi d’avions de combat Rafale, de systèmes de défense anti-aérienne et d’un avion-radar. Ainsi que l’envoi de la frégate multimissions Languedoc et de moyens anti-aériens à Chypre, pays membre de l’UE où une base britannique a été visée par des drones tirés du Liban, «très probablement» par le Hezbollah, allié historique de l’Iran, selon une source gouvernementale chypriote.

La France est liée par des accords de défense avec le Qatar, le Koweït et les Émirats, ainsi que selon M. Macron par des «engagements solides avec la Jordanie et l’Irak», tous visés par des frappes iraniennes.

Deux bases françaises aux Émirats ont notamment été prises pour cibles et des drones été abattus par les forces françaises «dès les premières heures» du conflit, a-t-il également rappelé.

«Soutien implicite»

Paris répète que les opérations israélo-américaines sont menées «en dehors du droit international» et ne peuvent donc être approuvées. Ce déploiement marque-t-il pourtant une entrée de la France dans la guerre?

«Non pas du tout, on est vraiment sur une logique défensive, de défense de nos intérêts», a assuré la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo mardi soir sur BFMTV/RMC.

«On est entraîné de fait car nos intérêts sont touchés. La France se doit de défendre ses intérêts. On ne va pas rester inerte», a dit mercredi à l’AFP l’entourage du président, alors que la gauche française a appelé le président Macron à rester dans cette logique défensive et à ne pas soutenir «une guerre illégale».

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«La France a raison d’honorer ses engagements mais nous ferons très attention à ce que la France ne mette pas un doigt dans une guerre illégale qui a été décidée uniquement par Trump et Netanyahou», a prévenu la cheffe des députés LFI (gauche radicale) Mathilde Panot au lendemain de l’allocution.

Un argument également déployé par le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure. «La protection de nos compatriotes, de nos alliés, le respect de nos engagements vis à vis de Chypre, l’intégrité territoriale du Liban ami, doivent être soutenus», a-t-il écrit sur X.

Mais cela ne doit pas «conduire à un soutien implicite à la guerre conduite sans mandat par Trump et Netanyahou», a-t-il ajouté, en réclamant notamment le «refus d’une escalade régionale dont personne ne maîtrise l’ampleur».

«Complicité»

Mais la ligne peut être fine entre une action en «légitime défense» et des frappes qui seraient considérées comme offensives par Téhéran.

Mardi soir, Alice Rufo s’est refusée à garantir que les avions Rafale français ne seraient pas amenés à viser des cibles en Iran.

Dimanche, Paris, Londres et Berlin se sont dits prêts à des «actions défensives nécessaires et proportionnées» afin de «détruire la capacité de l’Iran à tirer des missiles et des drones à leur source».

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Une déclaration à laquelle l’Iran a répondu mardi: «Ce serait un acte de guerre. Tout acte de ce type contre l’Iran serait considéré comme un geste de complicité avec les agresseurs», a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Esmaïl Baghaï.

«Tant que l’on défend le ciel des pays alliés, on est dans une posture défensive, on empêche les drones, les missiles ou les roquettes d’atteindre leur cible», analyse pour l’AFP le général Christophe Gomart, désormais député européen (groupe PPE, droite).

Mais d’éventuelles frappes sur des «bases de lancement» de drones ou missiles, marqueraient le passage à un autre stade, celui d’une «défense active», différente de l’actuelle posture «strictement défensive».