Le principal bloc de l’opposition israélienne doit «accepter la réalité politique» et travailler avec les partis arabes s’il veut évincer le premier ministre sortant Benjamin Netanyahou, a déclaré lundi à l’AFP l’un de leurs dirigeants, Youssef Jabareen.
Les législatives du 27 octobre n’ont pas dégagé de majorité, ni pour la coalition sortante de M. Netanyahou qui obtient 53 sièges, ni pour le bloc de l’opposition emmené par le centriste Gadi Eisenkot qui en a 48. Il faut un minimum de 61 députés pour contrôler la Knesset.
Les deux principales formations arabes israéliennes, la Liste unifiée et Raam, ont créé la surprise en récoltant 11 sièges pour la première et huit pour la seconde, ce qui leur permet en théorie de couronner l’opposition, qui a jusque-là refusé toute alliance.
C’est dans ce contexte, alors que les tractations débutent pour trouver une coalition gouvernementale, que le chef de file de la Liste unifiée, Youssef Jabareen, a présenté à l’AFP sa vision pour atteindre l’objectif que les partis arabes se sont fixé : faire tomber M. Netanyahou.
«Quiconque est vraiment déterminé à remplacer ce gouvernement a l’obligation d’accepter la réalité politique: les voix de la Liste unifiée pourraient s’avérer décisives», déclare M. Jabareen, cheveux gris en brosse et fines lunettes.
«Une opportunité de changement se présente, et nous sommes réellement disposés à contribuer à sa concrétisation, et à mettre fin au pouvoir de Netanyahou», ajoute cet universitaire de formation, âgé de 54 ans.
Le président, Isaac Herzog, doit recevoir mercredi et jeudi les représentants des partis pour des consultations en vue de désigner un candidat pour former un gouvernement.
Contrairement à Raam qui n’exclut pas d’intégrer une coalition gouvernementale dirigée par Gadi Eisenkot, la Liste unifiée prône plutôt un soutien de l’extérieur, en appuyant de ses voix un possible gouvernement minoritaire.
«Nous sommes prêts à tendre la main en soutenant toute législation ou décision qui fait progresser notre vision politique et sert notre programme», dit-il.
«Force centrale»
Les deux listes arabes ont obtenu un score historique grâce à la mobilisation massive de la minorité arabe israélienne, qui représente environ 20% de la population du pays et est victime de fortes discriminations, aggravées sous la coalition sortante, la plus à droite de l’histoire du pays.
Malgré cette percée, la plupart des membres du bloc de l’opposition ont jusque-là refusé l’option d’une alliance, qui braquerait une partie de l’électorat juif.
Une telle perspective est aussi compliquée par les accusations de fraude électorale lancées par le camp Netanyahou contre les partis arabes, même si elles ont été largement rejetées par l’opposition et relativisées par les autorités électorales.
M. Jabareen voit pourtant une «vraie marge de discussions» avec le bloc de l’opposition sur les sujets les moins polarisants, comme l’insécurité qui gangrène les villes arabes israéliennes.
Mais il prévient que quiconque voudrait évincer M. Netanyahou en s’appuyant sur sa Liste unifiée devra apporter des réponses «positives» sur des sujets beaucoup plus clivants, comme «les destructions à Gaza» ou «le terrorisme de colons en Cisjordanie» occupée.
«Nous n’en sommes pas encore au point de discuter de cela», reconnaît-il.
M. Eisenkot, un ancien chef d’état-major, a affiché sa détermination à mettre fin au contrôle de la bande de Gaza par le Hamas, par les armes si nécessaire. Et s’il s’oppose aux avant-postes installés par la frange la plus violente des colons en Cisjordanie, il soutient la colonisation de ce territoire palestinien.
Pour contourner l’obstacle, des commentateurs évoquent l’hypothèse d’un gouvernement d’union entre les partis juifs sionistes, incluant le Likoud de M. Netanyahou, et excluant les partis arabes et ultra-orthodoxes.
«En théorie, cela est possible», admet M. Jabareen. «Mais cela contredirait la promesse de campagne fondamentale des partis d’opposition d’écarter Netanyahou du pouvoir.»
Il n’exclut pas que le pays soit conduit au final à de nouvelles élections. Mais même si c’était le cas, le vote du 27 octobre aura, selon lui, eu le mérite «de faire prendre conscience à notre communauté de la force de sa participation politique».
La minorité arabe est désormais «une force politique centrale» en Israël, juge-t-il, s’affirmant «confiant» qu’elle pourrait encore augmenter son taux de participation en cas de nouveau scrutin.
