Les dirigeants iraniens maintiennent un front uni malgré les affirmations de Donald Trump sur des «divisions» en leur sein, même si des désaccords existent et que l’absence de certains hauts responsables peut semer la trouble, selon des analystes.
En annonçant mardi une prolongation sans échéance du cessez-le-feu avec l’Iran, le président américain a notamment justifié sa décision par de «graves divisions au sein du gouvernement iranien».
Le cercle des dirigeants de l’Iran a enregistré d’importantes pertes depuis le début de l’offensive israélo-américaine contre le pays, le 28 février: le guide suprême Ali Khamenei et le chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour, ont été tués aux premières heures du conflit, et le chef de la sécurité Ali Larijani en mars.
Mojtaba Khamenei, qui a succédé à son père, n’a pas été vu en public depuis sa nomination, tandis que le nouveau chef des Gardiens Ahmad Vahidi et le chef de la sécurité Mohammad Bagher Zolghadr se sont limités à publier des messages écrits.
D’autres hauts dirigeants, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le président Massoud Pezeshkian, ont soutenu une politique d’engagement diplomatique avec les États-Unis, mais sans accepter de concessions.
«Cohésion»
«J’imagine qu’il existe quelques divergences entre les différents centres de pouvoir et courants politiques», indique à l’AFP Farzan Sabet, chercheur au Graduate Institute de Genève en Suisse.
«Mais ces divergences et débats internes ne veulent pas forcément dire que le gouvernement iranien est le théâtre d’un gros conflit, ou qu’il est divisé», ajoute ce spécialiste de l’Iran: ses membres «semblent maintenir leur cohésion et leur capacité à prendre des décisions, et à les faire suivre d’effet».
«Il n’existe aucune preuve d’une profonde fracture à la tête de l’Iran à l’heure actuelle, donc il faut prendre avec précaution cette affirmation» de M. Trump, met aussi en garde Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord du groupe de réflexion britannique Chatham House.
«C’est logique pour Vahidi et Mojtaba Khamenei de ne pas être apparus en public, car Téhéran craint toujours des assassinats de la part d’Israël», souligne-t-elle.
«Ce système [politique iranien] est parcouru par des divisions entre factions (…) mais celles-ci n’apparaissent généralement pas au grand jour», selon elle.
L’un des dirigeants les plus visibles ces dernières semaines a été M. Ghalibaf, un ancien commandant des Gardiens de la Révolution et chef de la police.
Il a mené la délégation iranienne à Islamabad le 11 avril, face au vice-président américain JD Vance, pour des négociations directes inédites depuis la Révolution islamique de 1979, conclues sans accord.
Le secret, «la norme»
Se montrant lui aussi rarement en public, M. Ghalibaf a accordé un entretien la semaine dernière à la télévision d’État pour défendre l’option diplomatique, une possible réponse à des critiques émanant de partisans d’une ligne dure.
Le paysage politique iranien n’a jamais été monolithique depuis la Révolution, qui a créé une théocratie avec à sa tête un guide désigné à vie, mais aussi un président et un Parlement élus au suffrage universel.
Il n’existe «pas de preuve publique que le gouvernement iranien est gravement divisé», renchérit Thomas Juneau, professeur à l’Université d’Ottawa.
Mais «je suis certain qu’en coulisse, des débats importants et difficiles se déroulent au sein du pouvoir iranien, aussi bien sur les prochaines étapes que les questions de succession», un monde où le secret est «la norme».
D’autant qu’«une extrême paranoïa doit régner après les infiltrations du renseignement israélien» qui ont permis les assassinats, selon lui.
Les décisions d’Ali Khamenei, à son poste pendant plus de 36 ans et dont les fréquents discours étaient télévisés, s’imposaient au reste du pouvoir iranien.
«Mojtaba Khamenei semble garder la haute main sur les décisions, mais pas au même niveau de gestion au jour le jour que son père, sans doute le résultat combiné de mesures de sécurité et d’incapacité physique», selon M. Sabet, alors que le nouveau guide a été blessé dans une frappe selon des responsables iraniens.
Cela signifie que les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, «exercent davantage le pouvoir au grand jour», estime-t-il.
