Reprise des attaques de pétroliers dans le détroit d’Ormuz, offensive des rebelles Houthis en Arabie saoudite, raffineries russes attaquées par l’Ukraine: les facteurs se cumulent pour expliquer une nouvelle flambée du diesel, qui franchit des records aux États-Unis et en France.
Reprise des hostilités dans le Golfe
La reprise des hostilités entre l’Iran et les États-Unis depuis fin août avec des frappes américaines et iraniennes sur des pétroliers contribue à la flambée des prix. «Quand on rentre et qu’on fait sortir un pétrolier dans le détroit d’Ormuz ça coûte en gros 10 dollars du baril», a récemment expliqué le PDG du groupe pétrogazier TotalEnergies, Patrick Pouyanné, sur France Inter.
«Il se trouve qu’on peut le faire avec du pétrole, on absorbe les 10$. On ne peut pas le faire pour de l’essence, du diesel, parce que les bateaux qui transportent de l’essence ou du diesel sont plus petits et ne supportent pas les surcoûts pour entrer et sortir du détroit», a-t-il ajouté, pour expliquer «le manque de produits pétroliers venant des raffineries du Moyen-Orient».
Le PDG avait estimé fin août que cela avait «retiré du marché environ 3 millions de barils par jour de produits raffinés», lors d’un forum mondial sur l’énergie en Norvège.
«Ils préfèrent sortir du brut que du raffiné», explique à l’AFP Francis Pousse, président de la branche stations-service du réseau français Mobilians. «Il y a des capacités de raffinage qui sont moins fortes qu’avant» et des «routes maritimes» perturbées par les attaques de bateaux, dont l’assurance «coûte plus cher», détaille Dominique Schelcher, patron du distributeur français Coopérative U. «La région du Golfe est une source-clé d’exportation de produits de pétrole raffiné vers les marchés mondiaux (…) tels que le diesel et le carburant pour avions», relevait l’Agence internationale de l’Énergie (AIE) dans une note fin août.
Moratoire et attaques en Russie
Décidé fin juillet, le moratoire russe sur les exportations de diesel a été prolongé et continue d’avoir un impact important. En effet, la Russie exporte habituellement environ 800 000 barils de diesel ou d’essence par jour, soit environ 10% de l’offre disponible.
Cela contribue à voir grimper le prix du gallon (3,78 litres) de diesel aux États-Unis, qui bat encore un record jeudi à 5977$, et les prix du gazole en France, proches des 2,30 euros le litre (2 297 euros jeudi) dépassés en avril, selon un calcul de l’AFP à partir des données gouvernementales.
Les récentes attaques ukrainiennes sur les raffineries russes ont aussi fait chuter la production de produits raffinés en provenance de cette région.
«C’est le cumul, on avait pas vu venir le détroit d’Ormuz plus l’efficacité des Ukrainiens» qui dans leur «guerre contre la Russie sont très efficaces pour détruire ou abîmer le système de raffinage russe», résume le patron de TotalEnergies.
Les prix élevés sont dus à «ce qui se passe au Moyen-Orient, avec des produits qui ne sortent pas, mais aussi au brut dont l’Asie a besoin pour faire tourner ses raffineries. C’est également lié à ce qui se passe entre l’Ukraine et la Russie», ce qui «se traduit par des marges de raffinage nettement plus élevées», avait noté mercredi le directeur financier d’ExxonMobil, Neil Hansen.
Au total, selon Andy Lipow, analyste de Lipow Oil Associates interrogé par l’AFP, entre le Moyen-Orient et les attaques en Russie, «six à sept millions de barils par jour de capacité de raffinage ont été endommagées».
L’Arabie saoudite visée par les Houthis
Les rebelles Houthis du Yémen ont annoncé un blocus maritime de l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, et visé ses navires pétroliers et des infrastructures de son territoire, notamment une raffinerie.
L’écart sur les produits raffinés ne s’explique «pas seulement par la fermeture du détroit, mais le fait est que les raffineries du Golfe (…) et de la mer Rouge ont été endommagées par des attaques de missiles dans la région», relève M. Lipow.
