Tout juste après leur mariage, Gurleen Kaur et son mari sont arrivés à Dubaï dans l’espoir d’y passer des vacances romantiques et relaxantes. Vingt-quatre heures après leur arrivée, leur bonheur s’est transformé en peur lorsque les tensions croissantes liées au conflit en Iran ont poussé la jeune mariée à ne plus oser quitter son hôtel.
«C’est tellement effrayant d’être ici, je ne peux même pas l’exprimer, et ma famille est paniquée chez nous. C’est complètement fou », a déclaré Mme Kaur à CTV News Toronto lors d’une entrevue mardi.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Mme Kaur et son mari ont célébré leur mariage en Inde avec leurs familles au début du mois de février et ont décidé de prolonger leur escale à Dubaï pour y passer leur lune de miel. Tout allait bien pendant leur première journée complète sur place, selon Mme Kaur, soulignant qu’ils avaient parcouru près de 20 kilomètres à pied dans la ville pour visiter les sites touristiques.
Mme Kaur n’avait aucune idée de ce qui se passait réellement jusqu’à ce qu’elle ait une conversation avec un employé travaillant sur une compagnie de croisière dans la marina de Dubaï.
«Je suis allée acheter le billet, et l’homme m’a dit: “Regardez le ciel.” Et j’ai dit: “Qu’y a-t-il dans le ciel, est-ce qu’il va pleuvoir?” Il m’a répondu: “Non, il y a peut-être des missiles là-bas”», a-t-elle raconté.
Le conflit au Moyen-Orient a atteint un tournant lorsque les États-Unis et Israël ont lancé samedi une attaque contre l’Iran, dans le cadre d’une opération baptisée Epic Fury, qui a coûté la vie au guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.
Depuis, des frappes de représailles se sont propagées dans le golfe riche en pétrole, notamment un incident à l’hôtel Fairmont sur l’île artificielle The Palm à Dubaï, à trois kilomètres de l’endroit où Mme Kaur se trouvait au moment de l’incident.
«Nous étions paniqués, nous avons essayé de nous calmer», a confié Mme Kaur.
Terry Gould, un Torontois séjournant dans un Airbnb situé de l’autre côté de l’eau, a déclaré que lui et sa femme avaient entendu des explosions au loin.
«J’ai vu quelque chose à la télévision quand je me suis réveillé le matin, et ils parlaient du fait qu’Israël et les États-Unis avaient attaqué l’Iran, mais je n’ai vraiment réalisé que tard dans l’après-midi, quand nous avons entendu une explosion ici, de l’autre côté de l’eau, et qu’il y avait un incendie», a raconté l’homme de 67 ans.
Vols reportés ou annulés
Les retombées de la frappe aérienne ont bloqué des milliers de passagers aériens, dont Devin Ramoutar, qui explique que lui et son groupe ont tenté de réserver un vol d’urgence pour rentrer chez eux à Toronto, mais sans succès.
«Notre vol a été reporté trois fois, y compris l’autre que nous avions réservé», a-t-il pécisé lors d’une entrevue avec CP24 Breakfast lundi, ajoutant qu’il avait contacté l’ambassade canadienne locale, mais qu’il n’avait pas encore reçu de réponse. «Ils ne cessent de répéter que si quelque chose devait se produire, selon la réponse, ils nous contacteraient. Mais pour l’instant, ils surveillent la situation et, pour leur défense aussi... l’espace aérien est complètement fermé.»
Le gouvernement canadien a déclaré mardi dans une mise à jour que l’espace aérien au-dessus des Émirats arabes unis était «soumis à des fermetures intermittentes, temporaires et partielles». Air Canada suspend temporairement tous ses vols via Dubaï et Tel Aviv jusqu’au 23 mars.
M. Gould a raconté que le vol de sa fille avait été annulé tôt mardi matin, ajoutant qu’il ne savait pas si lui et sa femme pourraient prendre leur vol pour Toronto Pearson samedi.
Mme Kaur, qui devait rentrer à Toronto mercredi, a affirmé que son vol avec Emirates tôt mercredi matin avait également été annulé. Elle dit avoir appelé la compagnie aérienne des dizaines de fois, mais que ses appels ont été coupés ou déconnectés.
«J’essaie de les appeler pour reprogrammer mon vol, mais sans succès. J’ai demandé à l’hôtel: “Qui va payer les frais à partir de demain?” Ils m’ont répondu: “Vérifiez demain matin”», a-t-elle ajouté.
Au moment de l’entrevue de Mme Kaur avec CTV News Toronto, son mari attendait depuis au moins une heure à l’aéroport international de Dubaï pour parler directement à un représentant d’Emirates.
L’Autorité générale de l’aviation civile des Émirats arabes unis a annoncé dimanche que l’État «prendrait en charge tous les frais d’hébergement et de logement des passagers concernés et bloqués». Bien que Terry Gould en ait été informé et ait qualifié cette décision de «fantastique», Gurleen Kaur ne sait pas qui prendra en charge les frais au départ.
«Nous avons rencontré d’autres personnes ici qui nous ont dit qu’elles payaient de leur poche et qu’Emirates les rembourserait plus tard, donc je ne sais pas si je dois payer ou si elles prendront les frais en charge», a souligné Mme Kaur.
Des milliers de Canadiens bloqués
Selon Affaires mondiales Canada, plus de 97 000 Canadiens se sont enregistrés comme étant actuellement au Moyen-Orient.
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a indiqué avoir demandé à Oman d’autoriser les Canadiens à utiliser son espace aérien pour rentrer chez eux, mais le gouvernement fédéral n’a pour l’instant aucun plan pour coordonner une opération d’évacuation.
Mme Anand affirme avoir communiqué avec plusieurs ministres des Affaires étrangères du golfe Persique et du Moyen-Orient afin de s’assurer que «les Canadiens puissent bénéficier d’un soutien dans ces pays».
Terry Gould affirme que la situation à Dubaï s’est suffisamment calmée pour qu’il se sente en sécurité, soulignant que les médias locaux ont rapporté que le prince héritier était sorti prendre un café au Dubai Mall afin d’apaiser les craintes.
«Les deux premiers jours, nous étions sur les nerfs, je ne vais pas mentir... Nous entendions quotidiennement des avions de chasse survoler la zone, mais nous savons qu’ils sont à nous (à Dubaï)», a-t-il dit.
«Nous avons des bateaux de police dans le port qui veillent à ce qu’il n’y ait pas de trafic maritime. Ils veulent empêcher les gens d’accéder à notre piscine, ici, au sommet du bâtiment, qui est fermée. Ce sont donc de petites choses qu’ils font pour s’assurer que les gens sont à nouveau en sécurité», a-t-il poursuivi.
Gurleen Kaur, quant à elle, dit avoir peur de quitter l’hôtel de l’aéroport où elle séjourne, car chaque fois qu’elle entend un bruit fort ou reçoit une alerte d’urgence, elle se précipite au sous-sol du bâtiment pour se mettre en sécurité.
Je ne veux pas avoir à gérer cela. J’ai tellement prié pour pouvoir profiter de ces vacances, et je me cache ici pour échapper à ces missiles. »
Avec des informations de la Presse canadienne

