Des milliers d’Iraniens se sont rassemblés mercredi à Téhéran pour fustiger Donald Trump, satisfaits de la cuisante défaite des républicains aux élections américaines de mi-mandat, notamment en raison du conflit contre l’Iran.
La foule était réunie pour marquer l’anniversaire de la prise de l’ambassade des États-Unis le 4 novembre 1979, plusieurs mois après l’avènement de la République islamique.
Les habituels slogans «Mort à l’Amérique, mort à Israël» retentissent alors que des drapeaux américains et israéliens sont brûlés.
Des banderoles réclament vengeance pour l’ancien guide suprême, Ali Khamenei, tué fin février dans les frappes israélo-américaines sur Téhéran qui ont déclenché le conflit au Moyen-Orient.

Un autre panneau montre un Donald Trump en bouledogue ensanglanté, tenu en laisse par un personnage diabolique ressemblant au premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.
Le conflit au Moyen-Orient a secoué l’économie mondiale notamment en raison des sévères restrictions imposées par l’Iran à la navigation dans le stratégique détroit d’Ormuz, par lequel transitait un cinquième des hydrocarbures mondiaux.
«L’Amérique nous tourmente»
Dominant la foule, un immense panneau proclame : «C’est le peuple iranien qui fixe le prix».
De faux barils y sont fixés avec des prix dépassant les 100$, illustrant la hausse des cours du pétrole depuis le début du conflit.
L’augmentation des prix a «influencé le vote des Américains», affirme Majid Heidari, un fabricant de tissu de 62 ans, saluant le contrôle exercé par l’Iran sur Ormuz.
Interrogé par le Wall Street Journal sur la contribution du conflit aux mauvais résultats des républicains aux élections, le président américain a reconnu que «l’Iran en a fait partie», pointant la hausse des prix du pétrole plutôt que le conflit lui-même.
«L’Amérique nous tourmente depuis des années, mais elle n’a rien pu faire contre l’Iran», se félicite lors du rassemblement Mme Mahmoudkhani, qui a souhaité donner seulement son nom de famille.
«Nous ne sommes pas pour la flambée des prix du pétrole, mais (…) nous avons été les seuls à subir les sanctions (internationales) pendant des années», ajoute cette quadragénaire.
Avec des milliers d’Iraniens, elle commémore la prise d’otages à l’ambassade américaine en 1979 lors de laquelle 52 otages ont été retenus pendant 444 jours.
Cette crise avait entraîné la rupture des relations diplomatiques par Washington, qui impose depuis avril 1980 à l’Iran un embargo commercial.
L’ex-ambassade est le théâtre de manifestations progouvernementales chaque année le 4 novembre, mais c’est la première fois qu’un tel rassemblement a lieu depuis le déclenchement du conflit.
«Peu importe»
Mohammad, qui n’a pas souhaité donner son patronyme, voit mal toutefois comment le résultat des élections américaines pourrait changer la donne pour les Iraniens.
«Qu’il s’agisse des démocrates ou des républicains, je pense qu’il n’y a aucune différence en ce qui nous concerne. L’approche du gouvernement américain envers le peuple iranien est malheureusement restée la même au cours des 50 dernières années», souligne cet employé administratif de 42 ans.

Le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, avait jugé plus tôt mercredi que ceux qui s’attendent à un changement de politique des États-Unis «se trompent lourdement».
Dans la première réaction officielle, le principal négociateur iranien dans les pourparlers avec les États-Unis, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait salué le résultat des élections américaines. «La conscience ou le coût de la vie, les Américains ont dit NON À LA GUERRE, et nous approuvons ce message», a-t-il posté sur X. «L’Amérique est l’ennemi quoi qu’il arrive», martèle devant l’ex-ambassade Mme Bagheri, une directrice d’école de 35 ans qui n’a donné que son patronyme.
«Peu importe qui est au pouvoir», lâche-t-elle.
