Face aux salves de missiles iraniens pendant le conflit, les Émirats arabes unis se sont rapprochés d’Israël, au risque de défier ouvertement Téhéran et d’aggraver les tensions avec son ex-allié saoudien, relèvent des analystes.
Une stratégie qui leur a permis d’accéder aux capacités de défense antiaérienne israéliennes alors que l’Iran ciblait quasi quotidiennement le territoire émirati, fissurant l’image de stabilité du pays.
«Les Émirats pensent à l’avenir, et considèrent Israël comme le meilleur partenaire en matière de sécurité, capable d’assurer la protection nécessaire à la reprise économique», relève pour l’AFP Sanam Vakil, du centre de réflexion Chatham House.
En première ligne
Pour Téhéran, les Émirats, visés au total par plus des 2 800 missiles et drones, sont une cible de choix.
Centre incontournable des échanges internationaux et du tourisme, dont 90% des habitants sont étrangers, et allié majeur des États-Unis, c’est aussi l’un des rares pays arabes ayant normalisé leurs relations avec Israël, à la suite de la signature d’accords durant le premier mandat du président américain Donald Trump en 2020.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a accusé jeudi Abou Dhabi de jouer un rôle «actif» dans le conflit déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines.
«Il est désormais évident qu’ils ont participé à ces attaques, peut-être même qu’ils ont agi directement contre nous», a-t-il lancé, alors que la télévision d’État continue de diffuser des commentaires d’analystes en ce sens.
Il a également fait référence à une rencontre, qualifiée de «secrète» par Israël, entre le premier ministre Benjamin Netanyahou et le président des Émirats Mohammed ben Zayed Al-Nahyane.
Pour Andreas Krieg, du King’s College de Londres, le dirigeant israélien, en révélant cette semaine cette visite, a voulu projeter une image «homme d’État à l’approche des élections» législatives en Israël.
Abou Dhabi a démenti ces informations, tout comme il a «catégoriquement rejeté» les accusations de Téhéran sur son prétendu rôle dans le conflit.
Les autorités n’ont en revanche pas commenté l’annonce de l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, sur l’envoi aux Émirats de batteries du système israélien «Dôme de fer», ainsi que du personnel chargé de les manier.
Les Israéliens «ont répondu présents pour les Émirats quand il le fallait», commente Nadim Koteich, une figure médiatique libano-émiratie proche du gouvernement, taclant au passage, à l’instar des responsables émiratis, le manque de solidarité de certains pays arabes.
«Il n’y a pas eu suffisamment de sentiment d’urgence alors qu’il s’agissait de la menace la plus existentielle à laquelle nous ayons été confrontés depuis la création du pays», estime-t-il.
«Obsédés»
Dans le viseur, l’Arabie saoudite, rival régional avec lequel les relations sont extrêmement tendues depuis qu’une brouille a publiquement éclaté en décembre au sujet du Yémen.
Pendant le conflit, Ryad a soutenu les efforts de médiation du Pakistan mais Abou Dhabi a adopté une position plus va-t-en-guerre, qualifiant l’Iran d’«ennemi».
Dans ce contexte, les Émirats ont annoncé fin avril leur retrait surprise de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), que certains ont vu comme le résultat d’une rupture avec les Saoudiens, chefs de file de l’organisation.
Côté saoudien, on pointe plutôt la responsabilité d’Israël dans le conflit, alors que les relations avec ce pays restent un sujet très sensible dans la région, surtout depuis le conflit à Gaza.
Ryad, qui avait envisagé une normalisation, considère désormais Israël comme un acteur incontrôlable.
Dans une récente tribune, l’ancien chef du renseignement saoudien, le prince Turki al-Fayçal, l’a accusé de vouloir «déclencher une guerre» entre l’Arabie saoudite et l’Iran afin d’imposer «sa volonté à la région».
«Il y a ceux qui sont obsédés par l’idée de la suprématie israélienne, et d’autres, plus pragmatiques, qui voient ce pays comme n’importe quel autre (…) que nous pouvons intégrer» dans la région, réplique M. Koteich.
«Les Israéliens essayent de survendre la relation» avec les Émirats, alors qu’il s’agit «plutôt d’un partenariat pratique en matière de sécurité et d’économie», souligne aussi Sanam Vakil.
Les Émirats continueront à diversifier leurs partenariats, ajoute-t-elle, en développant notamment leurs liens avec des alliés européens et asiatiques, essentiels à leur défense et à leur développement.
