Un accord entre les États-Unis et l’Arabie saoudite visant à doter ce pays du Golfe d’un programme nucléaire civil semblait constituer une victoire pour le royaume, mais quelques heures après son annonce, Donald Trump a fait état d’une condition majeure.
Alors que le président américain a déclaré que cet accord était «entièrement conditionné» à la normalisation des relations avec Israël, voici un aperçu de la situation actuelle.
Trump va-t-il faire capoter l’accord?
Après la signature de l’accord, l’Arabie saoudite semblait avoir enfin pu concrétiser une ambition de longue date.
Mais quelques heures seulement après, Donald Trump a annoncé une nouvelle condition via son réseau Truth Social.
«L’accord sur le nucléaire civil (…) en cours de conclusion entre le ministère américain de l’Énergie et l’Arabie saoudite (…) sera approuvé, mais il est entièrement conditionné à l’adhésion de l’Arabie saoudite aux (…) accords d’Abraham», a affirmé le président américain.
Signés en 2020, ces accords économiques, commerciaux et sécuritaires ont conduit à la normalisation des relations entre Israël et trois pays arabes: les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc.
Cette clause pourrait constituer un obstacle insurmontable pour l’Arabie saoudite, qui répète qu’elle conditionne toute reconnaissance d’Israël à la création d’un État palestinien auquel s’oppose le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
«Si Washington tente d’imposer la normalisation à Ryad, cela a peu de chances de bien se passer», a déclaré à l’AFP H.A. Hellyer, analyste au Royal United Services Institute de Londres.
«Israël souffre d’une image plus négative que jamais. L’Arabie saoudite déciderait-elle de faire un revirement complet par rapport à ce qu’elle a déclaré ces trois dernières années, voire ces 30 dernières années ? C’est très peu probable».
Le bureau du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’est réjoui de la dernière déclaration de M. Trump, estimant qu’une reconnaissance d’Israël par l’Arabie saoudite représenterait «une avancée historique».
Quel contexte?
Le recours à la technologie nucléaire s’inscrit dans la politique saoudienne visant à répondre à la croissance rapide de la demande énergétique dans le royaume tout en réduisant «la dépendance aux hydrocarbures afin d’utiliser le pétrole pour des usages à plus forte valeur ajoutée et pour l’exportation», selon le ministère de l’Énergie.
S’il est approuvé par le Congrès américain, cet accord devrait également constituer une aubaine économique pour les entreprises énergétiques américaines et renforcer encore les liens étroits entre Ryad et les États-Unis.
«L’alternative n’était pas une Arabie saoudite sans ambitions nucléaires, mais un programme nucléaire saoudien ancré dans les chaînes d’approvisionnement russes ou chinoises, sans visibilité pour les États-Unis, sans ancrage commercial pour Westinghouse (entreprise américaine, NDLR) et sans levier structurel», indique à l’AFP Hesham Alghannam, chercheur saoudien spécialiste des questions de sécurité.
Cette annonce intervient aussi alors que les États-Unis mènent un conflit contre l’Iran qui a débuté en grande partie en raison des inquiétudes concernant le programme nucléaire controversé de Téhéran.
Le Wall Street Journal a fait état d’une clause pouvant permettre à des entreprises américaines de construire un complexe d’enrichissement d’uranium dans le royaume.
Cependant, Donald Trump a semblé contester ces déclarations, déclarant sur Truth Social : «Il n’y aura aucun enrichissement».
Et le ministère américain de l’Énergie n’a fait aucune mention d’une telle disposition et n’a pas souhaité faire de commentaire lorsqu’il a été interrogé à ce sujet par l’AFP.
Quelles conséquences pour la région?
Depuis des décennies, des responsables s’inquiètent des répercussions de la diffusion des technologies nucléaires et de la militarisation de ces programmes, avec le risque d’alimenter la course aux armements.
Mais le secrétaire d’État américain Marco Rubio a assuré jeudi que des «garanties» seraient intégrées au texte et que Ryad souhaitait se doter d’un programme «pacifique et civil».
Pour certains analystes, cet accord s’inscrit par ailleurs dans un nouveau contexte sécuritaire qui commence à se dessiner dans le sillage du conflit en cours avec l’Iran.
«Le message général est que le Moyen-Orient d’après-conflit est en train de donner naissance simultanément à un nouvel ensemble de règles en matière de coopération nucléaire, de garanties de sécurité et de rivalité entre grandes puissances», note M. Alghannam.
