Conflit au Moyen-Orient

Carney absent du débat de la Chambre des communes sur la guerre en Iran

Certains membres du caucus du premier ministre ont publiquement exprimé leur malaise après que le premier ministre a apporté son soutien à l’attaque américano-israélienne contre l’Iran le 28 février.

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Crise au Moyen-Orient: un débat d’urgence ce soir aux Communes sans Mark Carney Un débat d'urgence se tient à la Chambre des communes concernant la crise au Moyen-Orient. Les partis d’opposition exigent que le gouvernement libéral clarifie sa position sur la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. Les explications de Jean-François Poudrier et l’analyse d’Alain Rayes.

Le premier ministre Mark Carney était absent lors d’un débat sur la guerre entre les États-Unis et Israël contre l’Iran, alors que les partis d’opposition continuaient de remettre en question la position du gouvernement sur le conflit.

S’exprimant lundi soir devant quelques dizaines de députés à la Chambre des communes, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a indiqué que le Canada condamnait les attaques contre les civils et les infrastructures civiles et que le droit international devait être respecté par toutes les parties.

«L’accent doit être mis sur une désescalade rapide», a soutenu la ministre dans son discours d’ouverture du débat, ajoutant que la priorité absolue du gouvernement est d’assurer la sécurité des Canadiens à l’étranger.

Mme Anand a réaffirmé que le Canada n’avait pas été consulté avant les récentes frappes militaires menées par les États-Unis et Israël, et que le gouvernement n’avait «aucune intention de s’y joindre».

«Dans le même temps, l’Iran ne doit en aucun cas se doter d’armes nucléaires et développer son arsenal de missiles, qui représentent une menace sérieuse pour la paix et la sécurité internationales», a précisé Mme Anand.

Le bureau du premier ministre Mark Carney a indiqué plus tôt qu’il ne serait pas présent lors du débat, alors que les partis d’opposition de tous bords ont demandé au gouvernement libéral de clarifier sa position sur la guerre.

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M. Carney a été critiqué pour une série de déclarations contradictoires qu’il a faites au sujet de la guerre depuis que les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran le 28 février.

Certains membres de son caucus ont publiquement exprimé leur malaise après que le premier ministre a apporté le jour même son soutien aux bombardements.

Quelques jours plus tard, M. Carney a déclaré que les frappes aériennes violaient probablement le droit international et a insisté sur le fait qu’il avait exprimé son soutien à la mission «à regret», appelant à une fin diplomatique au conflit.

En Australie, mercredi dernier, M. Carney a précisé que l’idée d’une participation canadienne n’était qu’hypothétique, mais qu’il ne pouvait «exclure catégoriquement une participation», en particulier si les alliés avaient besoin d’être défendus.

Critiques des partis d’opposition

Lors du débat de lundi soir, le chef conservateur Pierre Poilievre a avancé qu’il était dans l’intérêt national que le régime iranien soit renversé et remplacé par un gouvernement démocratiquement élu.

«Nous avons besoin d’un leadership fort qui prenne position, maintienne cette position, reste cohérent au pays et à l’étranger et se présente à la Chambre des communes pour faire ce qui est juste et parler au nom du peuple canadien», a déclaré M. Poilievre.

M. Poilievre a également mentionné qu’il soutenait l’appui initial de M. Carney aux frappes aériennes américaines et israéliennes, mais que le premier ministre avait depuis «changé d’avis plus de quatre fois».

«Son parti dit une chose à un groupe et le contraire à un autre, semant la confusion chez nos alliés et divisant les Canadiens, a souligné M. Poilievre. Aujourd’hui, il s’est caché, n’ayant pas prononcé un seul mot lors du débat de ce soir. En cette période de crise, les Canadiens méritent de savoir quelle est la position du premier ministre.»

Le chef conservateur a exhorté le gouvernement à se concentrer sur ce qu’il peut contrôler et a ajouté que le Parlement devrait être en mesure d’évaluer toute demande de participation du Canada au conflit. Les conservateurs ont également demandé un débat d’urgence sur l’impact du conflit sur l’approvisionnement énergétique mondial.

«Ici, chez nous, cette guerre ne devrait pas servir de prétexte pour augmenter les prix des denrées alimentaires et de l’essence. Nous avons l’énergie ici, chez nous, nous avons la nourriture ici, chez nous, pour rendre la vie abordable», a déclaré M. Poilievre plus tôt lundi.

Le ministre de la Défense, David McGuinty, a indiqué lors du débat que tous les membres des Forces armées canadiennes présents dans la région étaient sains et saufs et avaient été localisés.

M. McGuinty a mentionné qu’en temps de crise, le Canada ne s’engageait pas dans des conflits sans consultation ou demande préalable.

Le ministre a également souligné que la priorité était de protéger tout le personnel déployé à l’étranger et les citoyens dans les régions touchées.

M. McGuinty a affirmé que le Canada soutenait ses partenaires et favorisait la stabilité par la diplomatie et le respect du droit international.

«Ces principes guident nos actions aujourd’hui», a-t-il déclaré.

Alexis Brunelle-Duceppe, député du Bloc québécois du Lac-Saint-Jean, a soutenu lundi soir que le gouvernement «ne peut pas dire deux choses et son contraire».

Il s’est interrogé sur la manière dont M. Carney pouvait soutenir l’offensive militaire américaine dès le premier jour, tout en insistant sur la nécessité de défendre le droit international.

La leader parlementaire du Bloc, Christine Normandin, a déclaré plus tôt que la décision de M. Carney de ne pas participer au débat s’inscrit dans une tendance observée par son parti tout au long de sa première année au pouvoir — à savoir «une certaine forme, au pire de mépris, mais au mieux d’indifférence, envers le travail parlementaire».

Le chef intérimaire du Nouveau Parti démocratique (NPD), Don Davies, a critiqué la communication du gouvernement sur le conflit jusqu’à présent, la décrivant comme «sans principes, contradictoire et incohérente», et a affirmé que la décision de M. Carney de ne pas participer au débat était inacceptable.

«Les Canadiens méritent une déclaration claire du premier ministre à la Chambre, afin qu’il rende des comptes non seulement aux parlementaires, mais aussi à la population canadienne, et qu’il clarifie la position réelle du Canada et de son gouvernement libéral», a déclaré M. Davies aux journalistes lundi.

Il a ajouté que le NPD estime que «de nombreux crimes de guerre répétés et continus» ont eu lieu depuis le début du conflit, citant le bombardement d’hôpitaux, d’usines de dessalement et d’écoles en Iran.