Conflit au Moyen-Orient

Accord avec l’Iran: les «concessions» de Donald Trump critiquées

«Tout simplement, Trump s’est fait avoir par les Iraniens, et personne n’achète son narratif alternatif.»

Publié le 

Le président Donald Trump descend d'Air Force One après avoir assisté au sommet du G7 en France, le jeudi 18 juin 2026, à la base militaire d'Andrews, dans le Maryland. Le président Donald Trump descend d'Air Force One après avoir assisté au sommet du G7 en France, le jeudi 18 juin 2026, à la base militaire d'Andrews, dans le Maryland. (Julia Demaree Nikhinson/AP Photo/Julia Demaree Nikhinson)

Objectifs d’avant-conflit oubliés, pouvoir iranien renforcé, coût du conflit exorbitant et détails de l’accord encore flous : les médias américains sont nombreux à dénoncer les «concessions» de Donald Trump à l’Iran et ce qu’ils estiment être des contre-vérités sur la portée de l’accord.

Le président américain a signé à distance mercredi soir un protocole, également paraphé par le président iranien Massoud Pezeshkian, pour mettre fin au conflit déclenché le 28 février par les frappes américano-israéliennes en Iran.

Mais son retour aux États-Unis devrait être marqué par une pluie de critiques, venant à la fois des adversaires du conflit comme de ses partisans de la première heure.

Chose rare, Fox News, la télévision préférée du locataire de la Maison-Blanche, ne mâche pas ses mots. Elle donne la part belle à ceux qui «affirment que le cadre offre à l’Iran d’énormes avantages financiers, sans exiger le démantèlement de son infrastructure nucléaire».

Et ce n’est pas la communication de l’entourage de Donald Trump qui pourra la convaincre.

«Bien que l’administration présente l’accord comme une percée, des critiques soutiennent que les concessions accordées à l’Iran dépassent largement les engagements obtenus en retour», assure Fox.

«La Maison-Blanche a accepté cette prolongation du cessez-le-feu qui ne répondait à aucun de ses objectifs d’avant-conflit tout en accordant d’énormes concessions financières à Téhéran», estime pour sa part la chaîne MS Now (ex MSNBC), proche du parti démocrate.

«À présent, l’administration s’efforce désespérément de prétendre le contraire. Tout simplement, Trump s’est fait avoir par les Iraniens, et personne n’achète son narratif alternatif».

L’accord est «le plus grand pari de politique étrangère du second mandat du président», estime de son côté le Wall Street Journal, pour qui Donald Trump «devra affronter l’opposition des faucons de la politique iranienne, qui affirment que le président cède bien plus qu’il n’obtient».

Même la signature dans les ors historiquement chargés de Versailles, avec Emmanuel Macron, n’est pas du goût de tout le monde, dès lors qu’elle a fait «cafouiller une cérémonie de signature prévue plus tard cette semaine», note le quotidien économique.

«Message refroidi»

Quant à la République islamique, elle sort épuisée du conflit mais le document signé n’a «rien d’un document de capitulation», estime le New York Times, média souvent pris à parti par le président républicain.

«Les Iraniens sont sortis d’une confrontation (…) mais avec de nombreuses raisons de se réjouir», ajoute le quotidien pour qui ils ont «prouvé qu’ils pouvaient utiliser le chaos économique comme une arme».

Le président évoquait, en début de conflit, la possibilité que le régime s’effondre. Puis qu’il soit dominé par des dirigeants plus enclins à la négociation.

«En réalité, M. Trump a plutôt consolidé la nouvelle direction», estime le quotidien. Pire, Téhéran a plus de raisons objectives aujourd’hui qu’auparavant de vouloir obtenir l’arme suprême, fait valoir le journal.

Pendant plus de deux décennies, l’Iran est restée «au seuil» nucléaire pour dissuader ses ennemis mais a été bombardé en juin 2025, puis attaqué de nouveau en février, résume le New York Times. Ses dirigeants «pourraient bien se demander s’ils avaient la bonne stratégie nucléaire».

L’accord irano-américain pourrait changer la donne selon Mark Carney Alors que se termine le Sommet du G7, le premier ministre Mark Carney a affirmé le 17 juin 2026 que l’accord préliminaire conclu entre les États-Unis et l’Iran est un potentiel «game changer» qui pourrait aussi marquer un tournant en Ukraine et au Liban.

NPR, radio publique dont Trump a décidé d’arrêter le financement avant d’être bloqué par la justice, énumère le bilan humain désastreux d’un conflit «opposant la plus puissante armée du monde à un adversaire bien plus faible mais doté d’une grande habileté stratégique».

«Cela a aussi refroidi le message sur le pouvoir d’achat que l’administration tentait de faire passer avant les élections de mi-mandat» en novembre, ajoute-t-elle.

D’autant que fondamentalement, rien n’est réglé. NBC, comme d’autres, compare l’accord signé avec le précédent accord entre les deux pays, dit «JCPOA», signé en 2015 par l’administration Obama.

«Le mémorandum de Trump n’est qu’un “cadre”, la plupart des grandes questions devant encore être réglées lors de futures négociations. L’accord nucléaire de 2015, lui, était un texte détaillé, élaboré sur deux ans», affirme la chaîne.