🌍 Conflit au Moyen-Orient

À l’approche des élections, le premier ministre israélien affronte la Turquie

Dans le cadre de sa campagne pour sa réélection, il a fait afficher les photos de plusieurs dirigeants, dont le président turc Recep Tayyip Erdogan.

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Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou dépose son bulletin de vote lors des primaires de son parti, le Likoud, en vue des élections législatives israéliennes prévues en octobre, à Jérusalem, le 17 août 2026. Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou dépose son bulletin de vote lors des primaires de son parti, le Likoud, en vue des élections législatives israéliennes prévues en octobre, à Jérusalem, le 17 août 2026. (Ohad Zwigenberg/AP Photo/Ohad Zwigenberg)

Après plus de deux ans à faire feu de tout bois contre les adversaires d’Israël à travers le Moyen-Orient, le premier ministre Benjamin Netanyahou, confronté à une campagne électorale difficile pour sa réélection, jette désormais son dévolu sur un autre ennemi présumé: la Turquie.

Mardi, des avions de combat ont bombardé un aéroport militaire hors-service dans le nord-ouest de la Syrie, juste après la visite d’une délégation officielle turque.

M. Netanyahou a affirmé que la Turquie cherchait à y établir une présence militaire, malgré la mise en garde d’Israël, ce que la Turquie a démenti.

Jeudi, son ministre de la Défense, Israël Katz, a accusé M. Erdogan de s’engager dans de «dangereuses aventures en Syrie», ajoutant qu’«Israël ne permettra à aucune entité de menacer sa sécurité».

Dans le cadre de sa campagne pour sa réélection, M. Netanyahou a fait afficher les photos de plusieurs dirigeants, dont le président turc Recep Tayyip Erdogan, avec la mention: «Ils veulent voir perdre Netanyahou».

M. Erdogan a vertement critiqué l’offensive menée par Israël à Gaza, après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 et les relations se sont encore détériorées après les interceptions brutales par Israël d’une flottille venue de Turquie qui cherchait à acheminer de l’aide à Gaza.

Les défis de l’accord sur le désarmement du Hamas et un retrait israélien de Gaza Voyez le compte-rendu de la situation de Juliette Poireau.

Mais contrairement à d’autres pays de la région attaqués par M. Netanyahou, la Turquie dispose de puissants alliés. Elle est membre de l’OTAN et jouit de bonnes relations avec les États-Unis, dont l’ambassadeur à Ankara a condamné les frappes israéliennes.

La Turquie a toutefois été le premier pays majoritairement musulman à reconnaître l’État d’Israël et entretient de solides relations commerciales avec lui, même si Ankara a dit, pendant la guerre à Gaza, vouloir y mettre fin.

Yair Golan, chef des démocrates, l’opposition de centre-gauche, a qualifié l’attaque en Syrie de «provocante et dangereuse». Cela «nous rapproche d’une confrontation avec la Turquie et aggrave la fracture avec nos alliés, au premier rang desquels les États-Unis», a-t-il estimé.

«Une fois encore, la force militaire est employée pour répondre à des considérations politiques».

«Carte anti-Turcs»

Mais le rejet de M. Erdogan, qui a autorisé les dirigeants du Hamas à vivre dans son pays, dépasse les cercles de M. Netanyahou. Plus tôt cette année, Naftali Bennett, figure de l’opposition de centre-droit et ancien Premier ministre, avait accusé M. Netanyahou d’ignorer «la nouvelle menace turque» en «se concentrant exclusivement sur l’Iran».

Pour Gallia Lindenstrauss, chercheuse à l’Institut d’études sur la sécurité nationale de Tel-Aviv, Israël «craint également, puisque la Turquie accueille le Hamas, qu’elle puisse permettre à des groupes militants d’opérer en Syrie, ce qui pourrait constituer à l’avenir une menace pour Israël».

Elle souligne toutefois qu’Israël, qui a créé une «zone de sécurité» au sud de la Syrie, a la plupart du temps composé avec les intérêts turcs dans le nord.

«Netanyahou joue la carte anti-Turcs. Je pense qu’il la voit comme quelque chose qui peut rassembler sa base autour de lui», ajoute la chercheuse.

M. Netanyahou est critiqué pour n’avoir pas rempli les objectifs des guerres qu’il a déclenchées, comme mettre fin à la République islamique d’Iran ou détruire le Hamas, indique Gönül Tol, chercheuse au Middle East Institute, à Washington.

Aux États-Unis, où M. Erdogan compte pourtant nombre de détracteurs, une quelconque action directe de plus d’Israël contre la Turquie risque de donner à M. Netanyahou l’image d’un «dirigeant imprudent, prêt à tout pour s’accrocher au pouvoir», estime Mme Tol.

La chercheuse souligne que le démenti de la Turquie est une façon d’apaiser les tensions. «Erdogan (…) aurait très bien pu suivre le mouvement et déclarer: “Nous allons attaquer, nous allons riposter”, mais il ne l’a pas fait».

«Théâtre du conflit des autres»

Historiquement, les intérêts de la Turquie en Syrie ont toujours consisté à endiguer le séparatisme kurde, dont la région est à cheval sur les deux pays.

Aujourd’hui, sa priorité est davantage de relancer l’économie syrienne pour que les réfugiés présents sur son sol puissent s’y réinstaller, mais aussi de se forger un allié régional solide, au moment où la Grèce, Chypre et Israël s’opposent à la Turquie en Méditerranée orientale, indique Gönül Tol.

À Washington, «la meilleure des conversations» entre Trump et Netanyahu pour faire front contre l’Iran Voyez le compte-rendu de Lila Mouch.

Ankara a soutenu le président syrien Ahmad el-Chareh, ancien jihadiste sunnite et chef de la coalition qui a chassé le président Bachar al-Assad, mettant fin à 13 ans de guerre civile.

Pour la Syrie, le défi est de cesser d’être le théâtre du conflit des autres, observe Maher Tamran, écrivain et chercheur à Damas.

«Elle doit profiter de la rivalité israélo-turque pour reprendre possession de sa souveraineté».