Après avoir reçu en mai Donald Trump et Vladimir Poutine, le président chinois Xi Jinping se rend lundi en Corée du Nord pour y rencontrer son dirigeant Kim Jong-un et y réaffirmer l’influence de Pékin.
Voici des éléments sur cette visite :
Quand s’étaient-ils rencontrés?
Xi Jinping s’était rendu à Pyongyang en 2019. C’était la première visite d’un président chinois en Corée du Nord en 14 ans.
Accueilli par des foules brandissant des drapeaux, il avait défilé dans une limousine décapotable aux côtés de Kim Jong-un et assisté à un spectacle célébrant l’alliance militaire de leurs deux pays pendant la guerre de Corée.
Xi Jinping avait salué «l’indéfectible» amitié bilatérale.
La Corée du Nord reste très dépendante de la Chine sur les plans économique et diplomatique. Mais Kim Jong-un a cherché ces dernières années à diversifier ses appuis en se rapprochant de la Russie.
Les échanges Pékin-Pyongyang avaient été interrompus par la fermeture des frontières nord-coréennes pendant la pandémie de COVID-19. Les liaisons aériennes et ferroviaires directes entre la Chine et la Corée du Nord ont progressivement repris depuis mars 2026.
La précédente rencontre entre Xi Jinping et Kim Jong-un remonte à septembre, à Pékin, à l’occasion du grand défilé militaire ayant célébré le 80e anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
Pourquoi maintenant?
Le président américain Donald Trump s’est dit prêt à revoir Kim Jong-un, déjà rencontré à trois reprises au cours de son premier mandat.
«En allant à Pyongyang, M. Xi entend s’assurer que toute relance du canal diplomatique entre Washington et Pyongyang ne puisse ignorer les intérêts fondamentaux de la Chine ni modifier l’équilibre sécuritaire régional sans son accord», explique Seong-Hyon Lee, de la Fondation George H. W. Bush pour les relations sino-américaines.
La Chine cherche aussi à «limiter le rapprochement croissant entre Corée du Nord et Russie», souligne Hong Min, de l’Institut coréen pour l’unification nationale.
Les récentes annonces de Pyongyang sur de nouvelles installations nucléaires et des essais de missiles inquiètent également Pékin.
Kim Jong-un a promis mercredi un accroissement «exponentiel» des forces nucléaires nord-coréennes, selon l’agence de presse officielle KCNA.
«La Chine voit l’urgence de gérer ces tensions avant que les initiatives de M. Kim ne provoquent une expansion irréversible et automatique des moyens militaires américains, sud-coréens et japonais dans son voisinage immédiat», souligne Seong‑Hyon Lee.
Que veulent MM. Xi et Kim?
Le voyage de Xi Jinping sera son premier déplacement à l’étranger cette année, après avoir reçu ces derniers mois de nombreux dirigeants à Pékin.
En donnant la priorité à la Corée du Nord, il entend contrer l’idée répandue en Occident «selon laquelle Pyongyang serait passé dans l’orbite de Moscou», juge Seong-Hyon Lee.
Xi Jinping réaffirmera le rôle central de la Chine dans le délicat jeu diplomatique concernant la péninsule coréenne, tandis que, pour Kim Jong-un, «la portée symbolique d’une visite sur le sol nord-coréen» constitue déjà une victoire, souligne M. Lee.
La visite s’inscrit aussi dans le cadre des efforts de Pékin, Moscou et Pyongyang en vue d’«afficher un front uni face aux États-Unis et au Japon», note Lim Eul-chul, de l’université Kyungnam (Corée du Sud).
La Corée du Nord pourrait aussi «chercher à obtenir de la Chine davantage d’aide au développement», prédit James Char, professeur à l’Université technologique de Nanyang, à Singapour.
Quelle importance pour la région?
«La Chine est de plus en plus disposée à payer le prix que représente l’acceptation des avancées nucléaires nord‑coréennes car une Corée du Nord plus offensive contraint les Etats‑Unis et leurs alliés à mobiliser davantage de moyens militaires», explique Seong‑Hyon Lee.
Elle reste toutefois préoccupés par les ambitions nucléaires de son voisin, susceptibles de déstabiliser la région.
«Si la Corée du Nord adoptait un comportement provocateur et belliqueux, cela pourrait déclencher un conflit régional, ce qui est contraire aux intérêts de la Chine», souligne Hong Min.
Séoul espère que les relations sino‑nord‑coréennes contribueront à la paix et à la stabilité.
Elles devraient rester pragmatiques, selon Seong‑Hyon Lee.
«La Corée du Nord générera des tensions géopolitiques face aux Etats‑Unis et à leurs alliés, tandis que la Chine lui apportera en retour le soutien économique indispensable à la survie du régime», lance-t-il.
