Lors d’une rare visite du président chinois en Corée du Nord lundi et mardi, Xi Jinping et Kim Jong-un ont visé «de nouveaux sommets» pour les liens bilatéraux --en esquivant le dossier nucléaire et sur fond de rapprochement entre Moscou et Pyongyang.
Voici les enjeux et résultats de cette première visite du dirigeant chinois depuis 2019, après des années où le statut international de Kim Jong-un s’est renforcé.
Quel bilan de la visite de Xi?
Aucun accord n’a été immédiatement annoncé entre les deux dirigeants, qui ont préféré réaffirmer leur «amitié».
«Quelles que soient les évolutions de la situation internationale», l’attachement de Pékin à «l’amitié traditionnelle» des deux pays restera «inchangée», a promis Xi Jinping, cité par les médias d’État chinois.
Il a appelé à «renforcer» les échanges diplomatiques, militaires, ainsi que la coopération économique --après la récente reprise des liaisons ferroviaires et vols directs d’Air China suite à l’interruption due au COVID-19 depuis 2020.
En l’absence de mesures politiques concrètes, Xi Jinping a été accueilli en grande pompe à Pyongyang, les reportages officiels montrant cérémonies fastueuses et foules en liesse.
Le ministère chinois des Affaires étrangères a diffusé mardi des images des deux dirigeants devant une école du Parti des travailleurs de Corée, plantant un arbre symbole d’«amitié éternelle».
Quels enjeux pour Kim?
Le statut international de Kim Jong-un s’est conforté ces dernières années, sur fond de renforcement des liens entre Pyongyang et Moscou.
Ayant envoyé des soldats nord-coréens pour appuyer l’armée russe contre l’Ukraine, Kim n’est «plus seulement un bénéficiaire d’aide, mais un fournisseur d’actifs militaires essentiels, réussissant à transformer sa capacité de nuisance en pertinence stratégique», déclare à l’AFP Seong-Hyon Lee, chercheur invité au Harvard University Asia Center.
Kim avait été en 2025 l’un des hôtes de marque avec le président russe Vladimir Poutine d’une parade militaire grandiose à Pékin.
Mais il a également rencontré depuis 2025 «les dirigeants du Bélarus, du Laos et du Vietnam, prouvant au monde» que son pays n’est plus aussi isolé qu’auparavant, complète Minseon Ku, de l’université DePaul.
Pékin se montre soucieux de réaffirmer ses liens avec Pyongyang face à Moscou. Et la visite de Xi contribue à faire évoluer l’image de la Corée du Nord.
Ce sommet illustre la convergence entre «le souhait de Pyongyang de consolider son statut d’acteur stratégique incontournable grâce à son arsenal nucléaire» et «les ambitions grandissantes de Pékin de façonner l’ordre en Asie du Nord-Est», explique Hong Min, de l’Institut coréen pour l’unification nationale.
Quel impact sur la dénucléarisation ?
Cette visite a lieu alors que les discussions nucléaires entre Pyongyang et Washington restent dans l’impasse, malgré les appels de pied du président Donald Trump.
Le sommet Xi-Kim a peu de chances de faire fléchir la Corée du Nord, soumise à des sanctions internationales en raison de ses programmes nucléaire et balistique, mais il pourrait être interprété comme une reconnaissance tacite par Pékin du droit de Pyongyang à posséder de telles armes, estiment les analystes.
Faute de mention explicite de la dénucléarisation dans les comptes rendus officiels, l’événement «a semblé servir de forum où la Chine a reconnu le droit de Pyongyang à l’arme nucléaire», juge Lee Ho-ryung, du Korea Institute for Defense Analyses.
En échange, ajoute-t-il, Kim Jong-un a insisté sur son «soutien au principe d’une seule Chine» concernant les revendications de Pékin sur la souveraineté de Taïwan.
Plus généralement, pour Pékin, la Corée du Nord peut servir de contrepoids aux partenaires des États-Unis dans la région, notamment Corée du Sud et Japon: la Chine donne la priorité à «la durabilité du régime» nord-coréen plus qu’à la dénucléarisation, selon Seong-Hyon Lee.
Alors que l’influente sœur de Kim Jong-un, Kim Yo Jong, a répété dimanche qu’il était hors de question d’abandonner l’arme atomique, le président sud-coréen Lee Jae Myung a déploré lundi des sanctions internationales «pas très efficaces» en raison du soutien de Moscou et Pékin.
Où en sont les liens commerciaux et militaires?
La Chine est le premier partenaire commercial de la Corée du Nord, représentant 98% de ses échanges soit l’équivalent de 2,6 milliards de dollars en 2024, selon Pyongyang.
Pékin semble «offrir des incitations économiques tout en surveillant la Corée du Nord, pour s’assurer qu’elle n’agisse pas à l’encontre des intérêts chinois dans les domaines diplomatique et militaire», juge Hong Min.
Les deux pays sont également liés par une alliance militaire fondée sur un traité de 1961 qui oblige chaque partie à porter assistance à l’autre en cas d’attaque.
