International

Xi et Trump devraient discuter de garde-fous sur l’IA malgré leur rivalité

Les enjeux sont particulièrement élevés au moment où la Chine rattrape son retard dans ce secteur stratégique.

Publié le 

ARCHIVES - Des poupées russes traditionnelles en bois représentant le président chinois Xi Jinping, à gauche, et le président américain Donald Trump, sont en vente dans une boutique de souvenirs à Saint-Pétersbourg, en Russie, le 21 novembre 2024. ARCHIVES - Des poupées russes traditionnelles en bois représentant le président chinois Xi Jinping, à gauche, et le président américain Donald Trump, sont en vente dans une boutique de souvenirs à Saint-Pétersbourg, en Russie, le 21 novembre 2024. (AP Photo)

Xi Jinping et Donald Trump partagent la crainte que l’intelligence artificielle puisse permettre de créer des armes biologiques ou de lancer des cyberattaques sur les infrastructures, mais la rivalité acharnée de leurs deux pays sur cette technologie pourrait freiner les avancées.

À la veille d’un sommet à Pékin réunissant les présidents américain et chinois, des experts soulignent l’importance de discussions sur les garde-fous visant à maîtriser les risques, comme une ligne d’urgence en cas de crise liée à l’IA.

Mais les enjeux sont particulièrement élevés au moment où la Chine rattrape son retard dans ce secteur stratégique.

«Il existe comme un sentiment d’inquiétude partagé sur la direction que pourrait prendre cette course aux armements en matière d’IA» et sur la possibilité qu’elle crée une situation «incontrôlable», a déclaré Michael Jinghan Zeng, professeur à la City University de Hong Kong.

Trump en Chine: une visite risquée pour le président américain? La visite du président américain Donald Trump en Chine est-elle risquée alors qu’il est au plus bas dans les sondages?

«Malgré des désaccords fondamentaux sur de nombreuses questions, il existe aussi une forme de compréhension mutuelle» sur la nécessité de mettre en place des garde-fous pour l’IA, a-t-il indiqué à l’AFP.

En 2024, Xi Jinping avait convenu avec le prédécesseur de Trump, Joe Biden, que les humains devaient rester maîtres de la décision de déclencher des armes nucléaires.

Et même si peu de choses ont suivi, les deux dirigeants pourraient «s’engager sur un signal rhétorique» à Pékin comme base pour d’une coopération plus poussée, a estimé M. Zeng.

«Risques catastrophiques»

Exemple de cette menace grandissante pour la cybersécurité, le report de la sortie de Mythos, puissant nouveau modèle d’IA, par Anthropic, pour éviter que des pirates ne s’en emparent.

«Si un acteur non étatique utilise un modèle d’IA pour développer une arme biologique, cela présenterait des risques catastrophiques à la fois pour les États-Unis et pour la Chine», note Chris McGuire du Conseil des relations étrangères dans un article récent.

«À long terme, la gestion de ces risques nécessitera une coopération», assure l’analyste, en avertissant que «la volonté de la Chine de prendre et de respecter des engagements internationaux solides en matière de sécurité de l’IA est faible».

Washington estime que le dernier modèle d’IA de la start-up chinoise DeepSeek — considéré comme le plus avancé du pays — n’a que huit mois environ de retard par rapport aux équivalents américains les plus avancés.

Pour empêcher les groupes technologiques chinois de rattraper leur retard trop rapidement, les États-Unis leur interdisent d’acheter les puces les plus sophistiquées fabriquées par Nvidia, géant californien des semi-conducteurs.

La Chine a renforcé son secteur des puces d’IA en retour et pourrait tenter d’utiliser sa mainmise sur les terres rares comme levier lors du sommet de jeudi et vendredi.

«Secteurs imbriqués»

De grands dirigeants américains, Elon Musk, patron de Tesla, et Tim Cook, celui d’Apple, accompagnent Donald Trump dans son voyage auquel le patron de Nvidia Jensen Huang s’est ajouté à la dernière minute.

Chen Liang, fondateur du cabinet Strategic Times Consulting, ne s’attend pas cependant à des «percées spectaculaires». Donald Trump et Xi pourraient «mettre de côté les questions les plus sensibles» pour établir «un cadre basé sur des règles» permettant des points de coopération, indique M. Chen à l’AFP.

Mais la concurrence reste très vive entre les secteurs chinois et américains.

Un modèle d’IA est trop dangereux pour être rendu public, selon ses développeurs Les dirigeants des banques canadiennes et les autorités de régulation se sont réunis le 10 avril dernier pour discuter des risques posés par Claude Mythos Preview, le nouveau modèle d’IA d’Anthropic, que l’entreprise juge si puissant qu’elle a décidé de ne pas le rendre public.

La Maison-Blanche a accusé fin avril des entités chinoises de mener des campagnes «à l’échelle industrielle» pour copier clandestinement les modèles d’intelligence artificielle américains, pour créer des modèles IA moins cher et plus petits, ce que Pékin nie.

De son côté, le principal organe chinois de planification économique a bloqué l’offre de 2 milliards de dollars de Meta pour racheter Manus, un agent d’intelligence artificielle créé par une société fondée en Chine, et désormais basée à Singapour.

«Les talents, les capitaux et les chaînes d’approvisionnement qui sous-tendent ce domaine sont profondément imbriqués entre les États-Unis et la Chine», avertit cependant Grace Shao, analyste en Chine et autrice du bulletin AI Proem. «Un découplage total n’est pas réaliste dans un avenir proche».

«Le leadership dans cette technologie (…) définira la prochaine décennie de productivité et de croissance, donc il est dans l’intérêt de tous que les deux superpuissances trouvent un terrain d’entente sur des garde-fous raisonnables pour l’IA», souligne-t-elle.