L’Union européenne (UE) travaille de plus près avec le Canada sur le développement de nouveaux vaccins, la consolidation d’un inventaire et la recherche en la matière, a indiqué une représentante officielle venue de Bruxelles et rencontrée à Ottawa.
Ce rapprochement s’effectue dans le contexte d’un mouvement de recul du financement américain en recherche médicale.
«Nos capacités de production, de recherche, de développement, comment on communique sur nos stocks existants, c’est extrêmement sensible», a déclaré Hadja Lahbib, commissaire européenne en matière de gestion des crises – entre autres responsabilités.
«Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais le Canada est le seul pays hors Union européenne avec lequel on fait ça», a-t-elle ajouté au cours d’un entretien accordé cette semaine à deux journalistes francophones, dont l’une de La Presse Canadienne.
La commissaire a précisé que sa visite en sol canadien avait été planifiée avant l’organisation du Sommet Canada-UE qui s’ouvrira jeudi à Montréal.
Elle a soutenu que la santé est l’un des nombreux enjeux sur lequel le regroupement de 27 États membres souhaite collaborer de près avec le Canada.
«Ça montre le degré de rapprochement qu’on a aujourd’hui, de confiance, a-t-elle dit. Et donc on va commencer ce travail maintenant au niveau sanitaire, ‘’booster’’ la recherche, les sciences biologiques (...) pour être plus forts ensemble.»
Elle résume l’objectif comme étant de «vraiment sécuriser notre chaîne d’approvisionnement, ne pas dépendre d’acteurs qui sont de moins en moins loyaux, on va dire, ou de moins en moins prévisibles, pour pouvoir faire face à tous les dangers auxquels on fait face aujourd’hui».
De son côté, le gouvernement canadien ne manque pas aussi de vanter le partenariat avec l’UE. «Cette collaboration contribuera à protéger la santé et la sécurité des Canadiennes et des Canadiens, tout en favorisant une réponse internationale plus forte et mieux coordonnée face aux menaces émergentes pour la santé publique», a déclaré, dans un courriel, Alexandre Bergeron, porte-parole de la ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel.
À l’automne 2024, Ottawa a lancé une initiative appelée «Préparation aux crises sanitaires Canada» (PCSC). Cette agence est décrite par le gouvernement canadien comme une organisation «qui s’emploiera à protéger la population contre les pandémies futures et qui aidera le pays à atteindre ses objectifs en matière de contre-mesures médicales et en sciences de la vie».
En juin 2025, une organisation équivalente au sein de l’UE a signé un accord de coopération avec PCSC.
Hadja Lahbib a dit, au cours de l’entretien, que cette entente permet le partage d’informations sur des menaces biologiques, chimiques, radioactives et nucléaires. Les risques sont évalués tant au chapitre du terrorisme, d’incidents en laboratoires que de crises épidémiologiques.
Le partenariat avec PCSC pourrait permettre au Canada et à l’Europe de s’affairer à sécuriser des composants qui entrent dans la fabrication de vaccins. De l’information pourrait aussi être partagée en termes de pénuries d’approvisionnement. Les deux alliés pourraient lier leurs chaînes d’approvisionnement afin de s’assurer d’une distribution adéquate, en temps opportun, d’équipements de protection tels que des masques.
La coordination existe déjà à certains niveaux, à travers un programme qui s’appelle «Horizon Europe», a noté la représentante européenne.
Cette recherche pourrait aussi servir à répondre à des menaces émergeant des changements climatiques, a-t-elle poursuivi, mentionnant des virus qui pourraient s’échapper avec la fonte du pergélisol.
«C’est vraiment tous les secteurs, les niveaux sont alignés pour qu’au niveau technique, ça continue à travailler ensemble, ça partage le travail», s’est-elle enthousiasmée. «C’est extrêmement unique.»
Mme Lahbib, Belge d’origine, a relevé que les premiers vaccins disponibles au Canada contre la COVID-19 sont venus d’un laboratoire de Pfizer situé en Belgique. Aujourd’hui, des installations de Moderna à Montréal contribuent aux efforts européens visant à la création de vaccins pour combattre l’éclosion d’Ebola qui sévit dans plusieurs régions du Congo.
«Si on travaille directement main dans la main avec le Canada, ça va aller plus vite», croit-elle.
Elle a aussi pointé du doigt des simulations pour mettre à l’épreuve des approches de réponse à des enjeux majeurs.
La commissaire a dressé un contraste avec la dynamique impliquant les États-Unis sous Donald Trump.
L’actuelle administration américaine a fait la promotion de scepticisme à l’égard des vaccins et a complexifié le processus pour sécuriser des doses de vaccins contre la COVID-19, entre autres initiatives. Les Américains ont aussi mis la hache dans du financement dédié à la recherche médicale, et ce, pour des raisons idéologiques.
«Ici, vous avez des conséquences des changements politiques qui se sont faits aux États-Unis, entre autres dans la recherche de vaccins, même contre la rougeole, avec des cas de plus en plus fréquents de rougeole parce qu’il y a un certain scepticisme qui s’est installé. Il n’est pas impossible du tout qu’on ait des cas de rougeole en Europe à cause de cela», a dit la commissaire.
«On a aussi des entreprises au niveau pharmaceutique qui sont menacées dans leurs recherches, presque qu’arrêtées, parce qu’il y a une politique qui a changé aux États-Unis. Donc, est-ce qu’on les accueille où? Au Canada, en Europe?», a-t-elle lancé.
«En tout cas, nous, on croit dans la science, on fait confiance à la recherche scientifique, on partage les mêmes valeurs et on croit au multilatéralisme aussi. Et donc, ça, c’est important, parce que ça veut dire qu’on regarde vers le futur ensemble», a conclu la représentante européenne.


