Des dizaines de milliers de sympathisants de la communauté 2ELGBTQI+ sont descendus samedi dans les rues des capitales roumaine et bulgare à l’occasion de leurs défilés annuels de la Fierté, dans un contexte d’opposition croissante de la part des groupes conservateurs dans ces pays chrétiens orthodoxes.
Les manifestants ont défilé à Bucarest, en Roumanie, et à Sofia, en Bulgarie, en agitant des drapeaux colorés, en soufflant dans des sifflets et en réclamant l’égalité.
La Roumanie et la Bulgarie ont toutes deux rejoint l’Union européenne en 2007. Avant leur adhésion, les deux pays ont adopté une législation en matière de droits de l’homme afin de se conformer aux normes de l’UE, bien que les sondages d’opinion indiquent souvent un manque de soutien envers la communauté par rapport aux autres pays de l’UE.
Dans la «Rainbow Map 2025» de l’ILGA-Europe, qui évalue le paysage juridique et politique pour les personnes 2ELGBTQI+ à travers l’Europe, la Roumanie et la Bulgarie se classaient dernières parmi les 27 pays de l’UE.
«Nous avons encore une société profondément conservatrice, avec des valeurs traditionnelles très fortes, a commenté Alina Purcaru, une écrivaine qui a participé à la marche de Bucarest. Nous vivons encore dans un patriarcat, parfois explicite, avec beaucoup de préjugés et beaucoup de peur.»
La Roumanie et la Bulgarie ne reconnaissent ni le mariage entre personnes de même sexe ni le partenariat civil, bien que l’Union européenne interdise la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle.
«C’est pourquoi nous descendons dans la rue aujourd’hui, pour réclamer la légalisation des partenariats civils», a expliqué Vlad Viski, président de l’organisation non gouvernementale MozaiQ, à l’Associated Press.
«Nous parlons de droits fondamentaux, tels que le droit à l’héritage, aux visites à l’hôpital, aux décisions médicales, à la pension de réversion», a-t-il ajouté.
Simeon Vassilev, l’un des organisateurs du défilé de Sofia, a déclaré samedi aux journalistes qu’en Bulgarie, «des milliers de couples de même sexe vivent ensemble, fondent des foyers, élèvent des enfants et prennent soin les uns des autres, sans avoir droit à une protection juridique ni à la reconnaissance de leurs relations».
Ces dernières années, l’hostilité et les discours de haine à l’encontre des communautés 2ELGBTQI+ dans ces deux pays d’Europe de l’Est ont augmenté, selon des groupes de défense des droits humains. Des rassemblements anti-2ELGBTQI+ ont eu lieu dans les deux capitales samedi.
À Sofia, un rassemblement intitulé «Marche de la famille » — organisé par des groupes de droite et religieux en 2021 — a célébré les «valeurs chrétiennes, patriotiques et traditionnelles» lors de son événement de samedi.
L’Église orthodoxe conservatrice, qui rassemble environ 80 % des Bulgares, a exprimé son «désaccord avec les idées et les messages» et a béni la «famille traditionnelle». À Bucarest, une «Marche pour la normalité» a également été organisée par un groupe nationaliste.
Cette année, le défilé de Sofia s’est déroulé sous la bannière «Différents ensemble», les organisateurs espérant ainsi contrer la rhétorique généralisée contre la communauté.
Par ailleurs, le parti «Bulgarie progressiste» du premier ministre Rumen Radev, qui a remporté les élections législatives d’avril, a exprimé son soutien à la «Marche de la famille» au Parlement, affirmant qu’elle constituait «une pierre angulaire de notre sécurité nationale, de notre identité et de notre avenir».
Le Comité bulgare d’Helsinki a critiqué cette déclaration, estimant qu’elle «accordait plus de valeur à un type de citoyens qu’à d’autres».
