Vélos sur le toit, valises entassées à l’arrière: des touristes français, anglais ou allemands évacuent mardi les campings de la station balnéaire de Lacanau, célèbre spot de surf du sud-ouest de la France menacé par un mégafeu qui a ravagé plus 40 000 hectares.
«En allant faire la vaisselle, on m’a dit qu’on avait une heure pour partir», explique à l’AFP Sylvain Gerbeau, au volant de son van à la sortie du camping Airotel Océan, niché dans la pinède.
«On essaie de relativiser, on comprend la mesure. On n’est pas des locaux et on pense surtout à eux», déclare-t-il avant de prendre la route.
À la sortie de la ville, à la mi-journée, les routes sont dégagées après une période de pointe et des centaines de mètres de bouchons. Les autorités ont décrété mardi en milieu de matinée l’évacuation de 4000 personnes des hébergements touristiques de Lacanau, anticipant «un phénomène météorologique défavorable» dans l’après-midi.
Et le retour prévu de la chaleur en France fait craindre une nouvelle aggravation des incendies mardi qui ont brûlé 42 000 hectares depuis le 22 juillet. Il s’agit de la plus grande superficie depuis un feu de forêt meurtrier dans le massif des Landes de Gascogne en 1949 qui avait ravagé environ 50 000 hectares.
Avec 92 000 hectares détruits sur tout le territoire depuis janvier, l’année 2026 bat déjà le record de surfaces brûlées en France en 20 ans de mesures satellitaires, selon le système européen de surveillance des feux (Effis).
Voiture surchargée
Elles s’ajoutent aux près de 220 000 personnes déjà évacuées de manière préventive dans 23 communes depuis le début de cet incendie, le 22 juillet au nord du bassin d’Arcachon, à l’ouest de Bordeaux. Le feu n’étant pas fixé, leur retour dans leurs hébergements n’est à ce stade pas envisageable.
«Au début, j’ai cru que mon mari blaguait, avec le ciel bleu et les feux qui diminuent», raconte Marielle Mourgeon, touriste venue de l’est de la France, en entassant les derniers sacs dans le coffre d’une voiture déjà surchargée.
Sans céder à la panique, saluant un personnel «rassurant», elle s’est finalement résignée à ne rien laisser sur place. «Peut-être qu’on aurait pu revenir dans quelques jours, avec une météo plus favorable».
La suite des vacances s’écrit en pointillé. «On va se poser et voir ce qu’on fait. On va peut-être aller chez des amis et on décidera plus tard. On savait qu’il y avait un risque (d’évacuation), c’est embêtant mais pas si grave».
«Madame bonjour, je vais récupérer les clés du mobil-home» : dans les allées, les employés du camping font le tour des emplacements pour gérer les départs des derniers clients et mettre en sécurité les bouteilles de gaz, avant de quitter eux-mêmes les lieux.
«Déchirant»
«On fait le minimum, à l’arrache, mais on sait qu’on retrouvera le camping avec beaucoup de boulot de nettoyage à faire», explique Ben.
Michael Wallrabe, touriste allemand, se dit «extrêmement triste de partir». «Ici, c’est comme ma seconde maison, nous devions rester cinq semaines, c’est déchirant», confie le père de famille, ses deux fils déjà assis à l’arrière de la voiture.
Pour eux, «les vacances sont finies. On repart, on reprend la route et on rentre en Allemagne».
Pour le directeur du camping, Vincent Eap, la matinée a ressemblé à «un tunnel».
«L’évacuation qu’on voulait éviter est arrivée, on y avait échappé mais là, c’est tombé», lâche-t-il, anticipant un important «impact financier» en pleine période estivale, sans savoir quand il pourra rouvrir.
Avant cette évacuation, le mégafeu avait déjà rebuté les touristes. «Le camping était à moitié vide, on a fait 40 arrivées la fin de semaine dernière, contre 150-200 en temps normal.»