Rojatun Jannat Ramisa, âgée de huit mois, lutte pour respirer dans un hôpital de la capitale bangladaise, tandis que ses parents sont assis à ses côtés, impuissants. Elle fait partie des milliers d’enfants touchés par une épidémie de rougeole qui sévit dans tout le pays et qui a déjà coûté la vie à des centaines d’enfants, après les revers subis par le programme de vaccination national.
La mère de Ramisa, Ranu Akhter, a parcouru des centaines de kilomètres lorsque des médecins dans l’est du Bangladesh l’ont orientée vers un hôpital pédiatrique spécialisé à Dacca afin d’y faire soigner cette affliction potentiellement mortelle.
«Il y a quatorze jours, lorsque nous étions à l’hôpital du district, d’autres enfants étaient soignés aux côtés de ma fille. J’ai vu que ces enfants présentaient eux aussi des éruptions cutanées rouges, des lésions buccales et de la fièvre», a dit Mme Akhter à l’Associated Press à l’hôpital Dacca Shishu.
«Cela m’a fait prendre conscience de l’ampleur de l’épidémie de rougeole», a-t-elle ajouté.
Chaque jour, le nombre de décès augmente.
Le Bangladesh se mobilise pour vacciner les enfants
Le Bangladesh s’efforce d’enrayer la propagation de l’épidémie depuis le mois de mars, lors duquel plus de 100 enfants sont décédés. Mardi, le nombre de décès liés à des cas présumés de rougeole s’élevait à 999 depuis le début de l’année, selon la direction générale des services de santé du gouvernement.
Depuis mars, le pays a enregistré plus de 166 000 cas suspects de rougeole, dont 19 835 infections confirmées en laboratoire, selon le ministère de la Santé.
Le gouvernement a lancé en mars une campagne de vaccination d’urgence en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) et Gavi, l’Alliance du vaccin. Cette campagne s’est d’abord concentrée sur les enfants âgés de six mois à cinq ans, puis s’est étendue progressivement à l’ensemble du territoire national.
La rougeole est une maladie hautement contagieuse, transmise par voie aérienne, qui provoque de la fièvre, des symptômes respiratoires et une éruption cutanée caractéristique. Elle peut parfois entraîner des complications graves, voire mortelles, en particulier chez les jeunes enfants, selon l’OMS.
Deux doses de vaccin offrent une protection efficace contre la rougeole, mais l’OMS précise que 95 % de la population doit être vaccinée pour empêcher la propagation de la maladie. Une couverture d’une telle ampleur protège les enfants comme Ramisa, trop jeunes pour être vaccinés, ainsi que les personnes immunodéprimées.
Environ 86 % des enfants du Bangladesh ont reçu la deuxième dose recommandée du vaccin contre la rougeole l’année dernière, selon une estimation de l’Organisation mondiale de la santé et de l’UNICEF. Ce chiffre est en baisse par rapport aux 93 % enregistrés en 2024.
Il y a quelques années, le Bangladesh avait largement maîtrisé la rougeole, grâce à un programme de vaccination qui, depuis des décennies, était reconnu pour protéger les enfants et les mères contre des maladies mortelles, telles que la tuberculose, la diphtérie, la coqueluche, le tétanos, la poliomyélite et la rougeole. Entre 2021 et 2025, le pays n’a enregistré que 100 à 300 cas par an, contre 2410 cas en 2020.
Mais ces dernières années, les perturbations du programme de vaccination ont laissé un nombre croissant d’enfants non vaccinés.
D’abord, la pandémie de COVID-19 a interrompu les vaccinations de routine, puis, en 2024, le gouvernement a en grande partie manqué une campagne de vaccination qui était auparavant menée tous les quatre ans.
Atiqul Islam, spécialiste en néonatologie et en pédiatrie à l’Hôpital et Institut Bangladesh Shishu, a rapporté que pendant la période de pandémie en 2021 et 2022, de nombreux parents n’avaient pas emmené leurs enfants se faire vacciner.
«Ainsi, si l’on considère les enfants qui ont aujourd’hui quatre ou cinq ans, beaucoup d’entre eux n’ont pas reçu leurs vaccins. Cela a créé un retard. Sous le précédent gouvernement intérimaire, les vaccins étaient également indisponibles dans de nombreux centres de vaccination», a-t-il ajouté.
La pénurie de vaccins tombe entre les failles de l’instabilité politique
Le gouvernement actuel du Bangladesh, dirigé par le premier ministre Tarique Rahman, a déclaré que les défaillances en matière de planification sous le mandat de la première ministre destituée, Sheikh Hasina, et du Conseiller principal du Bangladesh, Muhammad Yunus, avaient entraîné une pénurie de vaccins dans le pays et un retard considérable en matière de couverture vaccinale.
La campagne de vaccination contre la rougeole de 2024 a été perturbée par les bouleversements politiques qui ont conduit à la destitution de Mme Hasina. Celle-ci a quitté le pays face à un soulèvement populaire en août 2024, suivie par M. Yunus, qui a dirigé un gouvernement intérimaire ayant transféré le pouvoir à un gouvernement élu à l’issue d’un scrutin en février.
Depuis son exil en Inde, Mme Hasina a imputé la responsabilité de cette catastrophe au gouvernement dirigé par M. Yunus.
À l’hôpital Bangladesh Shishu, le docteur Islam a déclaré que la situation s’était améliorée, mais pas suffisamment.
Le médecin a expliqué que ses collègues peinent à soigner les enfants infectés qui arrivent souvent à l’hôpital avec des complications graves, telles que la pneumonie, la diarrhée et l’encéphalite, ou un œdème cérébral.
«Depuis six mois, nous soignons sans relâche des patients atteints de rougeole, et nous sommes épuisés», a-t-il dit.
