Le parquet fédéral allemand a annoncé mercredi l’arrestation en Croatie d’un deuxième Ukrainien soupçonné d’être impliqué dans le sabotage du gazoduc russe Nord Stream, au nord de l’Allemagne, il y a bientôt quatre ans.
Vladimir Z., plongeur de formation, «est fortement soupçonné d’avoir provoqué, en bande organisée, une explosion, commis un acte de sabotage anticonstitutionnel et de destruction d’une infrastructure», détaille un communiqué du parquet fédéral basé à Karlsruhe (ouest).
Il s’agit de la deuxième arrestation dans cette affaire hautement sensible, qualifiée de «crime de guerre» de la part de l’Ukraine par le parquet allemand début juillet.
Selon le communiqué, Vladimir Z. faisait partie du commando dirigé par le ressortissant ukrainien Serhii K., arrêté en Italie en août dernier et extradé en Allemagne à l’automne.
Cet ancien commandant de l’armée ukrainienne est accusé d’«attaques contre des infrastructures énergétiques civiles, et d’avoir provoqué une explosion et détruit des bâtiments».
Le 26 septembre 2022, sept mois après l’invasion russe de l’Ukraine, quatre énormes fuites de gaz précédées d’explosions sous-marines avaient eu lieu à quelques heures d’intervalle sur Nord Stream 1 et 2, des conduites acheminant l’essentiel du gaz russe vers l’Europe.
Mandat d’arrêt européen
Kyiv a toujours démenti avoir orchestré le sabotage, mais n’a pas non plus caché sa satisfaction, jugeant légitime toute attaque pouvant affaiblir la capacité du Kremlin à financer sa guerre.
«Nous nous réjouissons simplement que le parquet progresse dans cette enquête, car il est important que les auteurs soient identifiés», a réagi Sebastian Hille, porte-parole du chancelier Friedrich Merz, lors d’une conférence de presse régulière.
Selon le communiqué du parquet allemand, Vladimir Z. a participé à la pose de charges explosives sur les gazoducs lors de plongées.
Pour ce faire, le commando a utilisé un voilier depuis la ville de Rostock (nord), loué auprès d’une entreprise allemande par des complices sous une fausse identité.
Après son transfert depuis la Croatie, le suspect doit être présenté au juge d’instruction de la Cour fédérale de justice de Karlsruhe, juridiction suprême en Allemagne.
Vladimir Z. était connu des enquêteurs allemands et avait été placé en détention provisoire en Pologne l’an dernier par le biais d’un mandat d’arrêt européen.
Acte «justifié»
Mais un juge polonais avait refusé de l’extrader, arguant qu’il avait commis un acte juste, et ordonné sa libération en octobre.
«C’est tout à fait justifié. L’affaire est close», avait alors commenté sur X le premier ministre polonais Donald Tusk, fervent soutien de l’Ukraine.
Dans une réponse écrite adressée mercredi à l’AFP, la police régionale de la péninsule d’Istrie, en Croatie, a dit avoir «interpellé ce matin un individu dans un établissement touristique de la région de Pula», une ville côtière du nord-ouest du pays.
Mais «à ce stade, nous ne sommes pas en mesure de confirmer l’identité de la personne interpellée», a-t-elle expliqué, précisant que «des vérifications sont en cours pour confirmer qu’il s’agit bien de la personne faisant l’objet d’un mandat d’arrêt européen émis par la Cour fédérale de justice».
Le gazoduc Nord Stream, symbole de la coopération énergétique germano-russe avant la guerre, a été mis à l’arrêt en 2022.
Berlin est depuis devenu le premier soutien militaire de Kyiv et accuse régulièrement la Russie de sabotage et d’espionnage sur son sol.
