Un tribunal turc a placé vendredi en détention provisoire un humoriste dans l’attente de son procès pour avoir porté atteinte aux valeurs religieuses et insulté le président Recep Tayyip Erdogan. Il l’a qualifié de «dictateur» lors de son spectacle.
Deniz Goktas a été arrêté jeudi pour être interrogé à l’aéroport principal d’Istanbul à son retour d’un voyage à l’étranger, quelques jours après que les procureurs ont ouvert une enquête sur son spectacle d’humour. Il a été officiellement placé en détention après avoir été interrogé par les procureurs vendredi, a rapporté l’agence d’État Anadolu.
Ce spectacle, enregistré à Istanbul le mois dernier, a été visionné quelque 9,5 millions de fois après avoir été mis en ligne sur YouTube le 24 juin. Le journal progouvernemental Sabah a indiqué que des dizaines de spectateurs s’étaient sentis offensés par des blagues sur la religion et avaient porté plainte, ce qui a déclenché l’enquête.
Lors de son interrogatoire, M. Goktas, âgé de 32 ans, a déclaré qu’il n’avait aucune intention de dénigrer les valeurs religieuses ni d’insulter le président, soulignant que son approche était satirique.
Interrogé sur une boutade dans laquelle il décrivait M. Erdogan comme étant passé d’un «dictateur timide» à un dictateur «sûr de son identité», l’humoriste a expliqué que cette remarque reflétait un sujet largement débattu en Turquie, selon des extraits de son témoignage publiés par le portail d’information Bianet, spécialisé dans la défense des droits humains.
Insulter le président constitue un délit pénal en Turquie, passible d’une peine pouvant aller jusqu’à quatre ans de prison.
M. Erdogan a consolidé son pouvoir au cours de ses plus de vingt ans au pouvoir, et ses opposants affirment qu’il n’a cessé de restreindre la liberté d’expression. Les journalistes et les détracteurs du gouvernement font fréquemment l’objet d’enquêtes, de détentions ou de poursuites judiciaires.
Le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, principal rival politique du président, est emprisonné depuis mars de l’année dernière et fait l’objet d’un procès pour corruption. Des centaines de maires et d’autres responsables du principal parti d’opposition font également l’objet de poursuites pour des allégations de corruption, tandis que le chef du parti a été destitué par décision de justice — des mesures qui, selon l’opposition, visent à neutraliser le parti avant les prochaines élections.
Le gouvernement de M. Erdogan insiste sur le fait que les tribunaux turcs sont impartiaux et agissent indépendamment de toute pression politique.
Vendredi, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant le tribunal en signe de solidarité avec l’humoriste, scandant des slogans antigouvernementaux, a rapporté le journal Cumhuriyet, proche de l’opposition.
