Dans la foule qui s’agglutinait mardi à Washington en marge de la visite du roi Charles III aux États-Unis se trouvait Rina Oh, une victime de Jeffrey Epstein.
Compte tenu du lien entre le défunt homme d’affaires et criminel sexuel avec l’ex-prince Andrew, déshérité par la monarchie britannique pour cette raison, Mme Oh a organisé un goûter bidon (mock tea party) devant la Maison-Blanche.
Rina Oh avait 21 ans quand elle a commencé à se faire attirer dans l’univers d’Epstein, jusqu’à devenir une de ses victimes d’abus sexuel. Encore aujourd’hui, elle a du mal à retenir des sanglots dans ce qu’elle décrit comme un «cauchemar» perpétuel qui dure depuis plus de deux décennies.
«Chaque jour est difficile», a-t-elle confié à Noovo Info. «Si je suis capable de fonctionner, d’arroser mes plantes... Ça veut dire que je suis OK. Si je ne peux pas faire mon lavage, ça veut dire que je revis mon cauchemar.»
Mme Oh dit souffrir d’un «choc post-traumatique». «Je me sens comme si ça se passait en temps réel», décrit-elle.
«Désolée, je deviens émotive, mais c’est ce qu’on ressent quand on est victime de ce monstre.»
— Rina Oh, survivante de Jeffrey Epstein
Disant être incapable de ravoir sa paix d’esprit depuis toutes ces années, Mme Oh – avec d’autres victimes du milieu d’Epstein – cherche maintenant à ce que le roi Charles les rencontre – «nous lui demandons d’écouter les histoires des victimes, ce qui nous humanisera», réclame-t-elle. «Nous voulons qu’il sache nos noms.»
Prête à faire le voyage
Les chances que cela se produise sont minces: Rina Oh rappelle que le monarque britannique a refusé de telles rencontres, prétextant qu’une enquête est en cours au sujet des allégations de nature sexuelle impliquant le prince Andrew, mais aussi Peter Mandelson, qui fut un politicien important du paysage politique britannique et en Europe.
Alors tandis que le roi prononce un premier discours de la monarchie britannique devant le Congrès américain depuis 1991, Rina Oh encourage le roi «à parler à notre président et lui passer le mot qu’il nous soutient, comme il l’a fait par le passé».
«C’est très frustrant», partage Oh. «[Trump] reste vague sur le sujet pendant que le roi Charles III est ici.»
Mme Oh s’en remet aussi à Melania Trump. «Ce serait excellent si la Première Dame passait à l’étape suivante», selon elle. «Je sais que les Premières Dames travaillent typiquement sur des enjeux comme les droits des femmes.»
Une rencontre avec Mme Trump serait «incroyable» pour amorcer un dialogue, dit Rina Oh. Autrement, elle «garde espoir»: si le roi «décide de se prononcer, cela aurait un grand impact».
«Sinon, je suis prête à faire le voyage où qu’il soit avec d’autres survivantes pour le rencontrer en privé.»
L’affaire Giuffre
Dans tout ce cauchemar dont Rina Oh se dit victime, il y a aussi l’ombre de Virginia Giuffre.
De son vivant, cette autre victime d’Epstein a accusé Oh d’avoir joué un rôle dans le recrutement de jeunes filles auprès du financier. En 2021, Oh avait répliqué en déposant une plainte pour diffamation devant le tribunal de Manhattan.
Oh a toujours nié d’avoir commis de tels gestes auprès de médias américains, dont le New York Times.
Giuffre s’est enlevé la vie en 2025. Le conflit entre les deux femmes n’aura jamais été réglé et des affrontements judiciaires se poursuivent entre Oh et la succession de Giuffre.
Après la mort de Giuffre, ses mémoires ont été publiées. Elles offrent un récit détaillé, en lien avec ses allégations de longue date selon lesquelles elle aurait été victime de trafic sexuel aux mains de Jeffrey Epstein au profit de milliardaires, de politiciens et d’Andrew Mountbatten-Windsor, quand il était encore prince.

