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Trump réduit la superficie de deux monuments nationaux dans l'Utah

Il annule ainsi les mesures de protection mises en place sur des terres publiques considérées comme sacrées.

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Le président Donald Trump s'exprime dans le bureau Ovale de la Maison-Blanche, le lundi 13 juillet 2026, à Washington, alors qu'il signe des décrets présidentiels. (Photo AP/Julia Demaree Nikhinson) Le président Donald Trump s'exprime dans le bureau Ovale de la Maison-Blanche, le lundi 13 juillet 2026, à Washington, alors qu'il signe des décrets présidentiels. (Photo AP/Julia Demaree Nikhinson) (Julia Demaree Nikhinson)

Le président Donald Trump a considérablement réduit la superficie de deux monuments nationaux situés dans l’Utah lundi, annulant ainsi les mesures de protection mises en place par ses prédécesseurs démocrates sur des terres publiques considérées comme sacrées par de nombreux Amérindiens.

Les monuments nationaux de Bears Ears et de Grand Staircase-Escalante, dans le sud de l’Utah, abritent d’anciens habitats troglodytiques, des pétroglyphes et des canyons pittoresques, ainsi que des gisements de charbon et d’uranium que les autorités de l’État souhaitent exploiter.

Donald Trump, républicain, a publié des proclamations en vertu de la loi sur les antiquités (Antiquities Act) afin de réduire la superficie de chacun d’entre eux d’environ 90 %. Il avait pris des mesures similaires au cours de son premier mandat, mais celles-ci avaient été annulées par le président Joe Biden.

Cette dernière initiative intervient alors que Donald Trump et d’autres républicains ont radicalement remodelé la gestion de vastes terres appartenant aux contribuables, concentrées dans les États de l’Ouest.

Les responsables de l’administration Trump et les républicains du Congrès ont cherché à étendre le forage, l’exploitation minière et l’exploitation forestière sur les terres publiques, tout en supprimant les protections accordées aux espèces menacées et en assouplissant les règles en matière de conservation.

«Ils ont tout simplement pris ces terres au peuple, a déclaré M. Trump lundi lors d’une cérémonie de signature à la Maison-Blanche. Nous les rendons.»

Le président Bill Clinton, démocrate, avait créé le monument national de Grand Staircase-Escalante en 1996, et le président Barack Obama, également démocrate, avait créé le monument national de Bears Ears en 2016 en vertu de la loi sur les antiquités. Cette loi de 1906 confère aux présidents le pouvoir de protéger des sites considérés comme historiques, d’importance archéologique ou d’importance culturelle.

Davina Smith-Idjesa, membre de la nation navajo et coprésidente de la Bears Ears Inter-Tribal Coalition, a indiqué que les chefs tribaux s’étaient préparés à une réduction de ces zones depuis l’élection de Donald Trump pour un second mandat. Elle a qualifié cette décision de «déchirante» et a accusé les responsables fédéraux de se soustraire à leur obligation légale de consulter les nations tribales concernées.

«Du point de vue des Navajos, Bears Ears n’est pas simplement un morceau de terrain public fédéral, a souligné Mme Smith-Idjesa. C’est un site culturel vivant qui renferme nos histoires, nos cérémonies, nos aliments et remèdes traditionnels, ainsi que les traces de nos ancêtres.»

«Un grand jour pour l’Utah»

Les responsables de l’Utah se sont longtemps opposés à la création de ces monuments et ont fait valoir que l’État devait être maître de ses propres terres.

Lors de son premier mandat, Donald Trump en avait réduit la superficie, qualifiant leur création d’«accaparement massif de terres». À eux deux, ils s’étendaient sur plus de 13 millions d’hectares, soit une superficie presque équivalente à celle du Connecticut.

Lundi, Donald Trump les a réduits à moins de 123 000 hectares au total.

Il s’agit d’une réduction plus importante que celle opérée lors de son premier mandat, où il avait laissé le Grand Staircase-Escalante à 405 000 hectares et Bears Ears à 86 000 hectares.

«C’est un grand jour pour l’Utah, a commenté le gouverneur de l’Utah, Spencer Cox, aux côtés de M. Trump à la Maison-Blanche. Ces classements en monuments nationaux sont censés concerner la plus petite superficie possible pour protéger les sites anciens.»

Bears Ears a été le premier monument national créé à la demande de nations tribales qui considèrent ces terres comme sacrées. Le site abrite des villages ancestraux, des lieux de cérémonie et de sépulture, et figure dans les récits de la création et des migrations de certaines tribus. Sa désignation rendait hommage à cinq tribus de la région: les Navajos, les Hopis, les Zunis, les Utes de Mountain Ute et les Utes d’Uintah-Ouray.

Abritant des centaines de milliers d’objets d’importance culturelle et scientifique, Bears Ears est géré conjointement dans le cadre d’un accord entre les nations tribales et les agences fédérales.

Grand Staircase-Escalante se compose de falaises, de canyons, d’arches naturelles et de sites archéologiques, notamment des peintures rupestres. Il recèle d’importantes réserves de charbon, tandis que la région de Bears Ears contient de l’uranium.

Le statut de monument national offre une protection étendue non seulement aux formations géologiques ou aux artefacts importants, mais aussi au paysage environnant, en interdisant le forage, l’exploitation minière et toute nouvelle construction à proximité.

Les partisans de la décision de M. Trump visant à réduire la superficie du monument affirment que les limites de protection s’étendent trop loin et entravent l’exploitation minière de minéraux essentiels.

Donald Trump a affirmé lundi que les gens ne pouvaient pas chasser, pêcher ni «pratiquement même marcher» dans ces monuments. C’est faux: la chasse, la pêche, le camping et d’autres activités de loisirs sont autorisés en vertu des réglementations des États et fédérales, a expliqué Steve Bloch, directeur juridique de la Southern Utah Wilderness Alliance, une association de défense de la nature.

Joe Biden a classé ou étendu plus d’une douzaine de monuments et s’était fixé pour objectif de préserver au moins 30 % des terres et des eaux américaines d’ici 2030.

Les politiques de Donald Trump vont largement à l’encontre de cet objectif: il souhaite exploiter les richesses en ressources naturelles des terres fédérales, qui totalisent plus de 260 000 kilomètres carrés, ainsi que des zones extracôtières sous contrôle fédéral, comme dans le golfe du Mexique et au large de l’Alaska.

Cela a suscité une vive réaction de la part des démocrates, qui mettent en garde contre la cession massive de paysages précieux à des fins commerciales.

«La mesure exécutive prise aujourd’hui marque un nouveau chapitre dans la guerre que mène cette administration contre l’Ouest», a déclaré lundi le sénateur démocrate Martin Heinrich, du Nouveau-Mexique. Il a ajouté que Trump «renversait complètement l’esprit de la loi sur les antiquités».

Les propositions de vente de terres tombent à l’eau

Le secrétaire à l’Intérieur de Donald Trump, Doug Burgum, avait déclaré l’année dernière que les autorités fédérales examineraient et envisageraient de redéfinir les limites des monuments dans le cadre d’une initiative visant à accroître la production énergétique américaine.

Au cours de son mandat actuel, M. Trump a recouru à des proclamations pour lever les interdictions de pêche commerciale au sein de vastes monuments marins situés dans certaines zones de l’océan Pacifique et de l’océan Atlantique, au large des côtes de la Nouvelle-Angleterre.

Ces monuments avaient été créés par des administrations tant démocrates que républicaines. Cette initiative visant à dynamiser le secteur de la pêche, qui a fait l’objet de recours judiciaires, marque un revirement spectaculaire de la politique fédérale en privilégiant les intérêts commerciaux au détriment des efforts visant à accroître l’approvisionnement en poisson.

Certains républicains ont tenté de vendre ou de céder des terres fédérales à des États ou à d’autres entités. Ces tentatives se sont largement soldées par un échec: une initiative lancée par certains législateurs républicains à la Chambre des représentants visant à vendre des terres publiques s’est heurtée à une opposition bipartisane, tandis qu’une autre proposition du sénateur Mike Lee, de l’Utah, visant à vendre plus de 8300 kilomètres carrés de terres fédérales a été retirée du grand projet de loi des républicains sur la fiscalité et les dépenses publiques.

L’année dernière, la Cour suprême des États-Unis a rejeté un recours intenté par des responsables de l’Utah qui cherchaient à arracher au gouvernement fédéral le contrôle de vastes zones de terres publiques situées dans cet État.