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Trump part à la rencontre de Xi Jinping, l’allié chinois de Téhéran

«Trump cherche une victoire. Il n’en a pas eu beaucoup ces dernières semaines, avec la guerre en Iran qui se poursuit.»

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Le président Donald Trump, à gauche, et le président chinois Xi Jinping posent avant leur sommet à l'aéroport international de Gimhae, à Busan, en Corée du Sud, le 30 octobre 2025. (Photo AP) Le président Donald Trump, à gauche, et le président chinois Xi Jinping posent avant leur sommet à l'aéroport international de Gimhae, à Busan, en Corée du Sud, le 30 octobre 2025. (Photo AP) (Mark Schiefelbein)

Donald Trump se prépare à rencontrer la semaine prochaine en Chine son homologue Xi Jinping, qui pourrait être tenté d’utiliser son influence sur l’Iran pour arracher des concessions au président américain.

Avec la Russie, la Chine est l’une des principales alliées de l’Iran, dont elle absorbait avant le conflit 80% des exportations pétrolières. Pékin n’a eu de cesse de condamner l’offensive israélo-américaine depuis le début des frappes contre l’Iran le 28 février.

La visite de Donald Trump à Pékin aurait dû avoir lieu en mars, elle a été repoussée aux 14 et 15 mai suite à l’éclatement du conflit. Le président américain promettait à l’époque une opération rapidement bouclée, en quatre à six semaines.

Mais loin d’arriver en vainqueur en Chine, le président américain apparaît déstabilisé, voire fragilisé. L’issue du conflit reste incertaine, et la stratégie du président, alternant menaces spectaculaires et promesses de résolution diplomatique, est difficilement lisible.

«La réalité c’est qu’aujourd’hui, l’Iran est un sujet extrêmement important pour les États-Unis et les Chinois le savent», analyse Edgard Kagan, expert au Center for Strategic and International Studies (CSIS).

La deuxième puissance mondiale pourrait donc tenter d’utiliser cette situation volatile et monnayer son influence sur Téhéran pour obtenir quelques concessions américaines sur le commerce, voire sur Taïwan.

La venue du dirigeant américain a d’ailleurs été précédée début mai par celle du ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi.

«Pékin pourrait actionner de nombreux leviers», commente Patricia Kim, experte à la Brookings Institution à Washington. «Trump cherche une victoire. Il n’en a pas eu beaucoup ces dernières semaines, avec la guerre en Iran qui se poursuit.»

«Très bonnes relations»

Le républicain de 79 ans, qui veut projeter une image de puissance sur la scène internationale, sera donc particulièrement sensible aux fastes que la Chine ne manquera pas de déployer pour sa visite, sa première depuis 2017.

Il n’a de cesse de vanter sa «très bonne relation» avec Xi Jinping, que le conflit en Iran, à l’entendre, n’affecte en rien.

Le président américain a par exemple sous-entendu que la Chine aurait aidé l’Iran à reconstituer ses stocks d’armement, mais sans s’en émouvoir outre mesure.

Le résultat le plus concret de son voyage pourrait être une prolongation de la fragile trêve commerciale conclue entre les deux dirigeants lors d’une rencontre en Corée du Sud, en octobre dernier.

Pékin n’a pas l’intention de céder beaucoup de terrain en matière commerciale, et l’a montré en rejetant les sanctions prises par les États-Unis contre les entreprises impliquées dans des achats de pétrole iranien.

Le sommet avec le président chinois devrait aussi déboucher sur des annonces de gros contrats, un passage obligé pour des déplacements de ce genre.

Le site Semafor a indiqué que les patrons d’Apple, Exxon, Nvidia et Boeing avaient été invités par la Maison-Blanche à se joindre au voyage, tout en faisant état d’une possible commande pour Boeing.

Donald Trump menace de bombarder l’Iran Le président américain menace de bombarder l’Iran, alors que les deux pays semblaient se rapprocher d'un accord préliminaire visant à mettre fin à la guerre.

Taïwan

Pékin «va essayer de gagner du temps et de la marge de manœuvre face aux États-Unis», explique Jonathan Czin, spécialiste de la Chine à la Brookings Institution.

Certains experts s’attendent à ce que Xi Jinping essaie aussi d’obtenir des concessions de Donald Trump concernant Taïwan, en particulier sur les ventes d’armes par les États-Unis à l’île.

Revenue à la Chine en 1945 après des décennies de domination japonaise, Taïwan est séparée politiquement de la Chine continentale depuis que les nationalistes, défaits par les communistes durant la guerre civile chinoise, ont trouvé refuge sur l’île en 1949.

La Chine communiste considère Taïwan, sous gouvernement démocratique, comme une partie «inaliénable» du territoire chinois, et la «réunification» comme non-négociable et inéluctable. Elle se réserve le droit de recourir à la force pour mener à bien la «réunification».

Les présidents américains ont toujours soigneusement pesé leurs mots dans leurs déclarations concernant Taïwan, que les États-Unis ne reconnaissent pas officiellement, mais dont ils sont le principal soutien.

Donald Trump est, pour sa part, un habitué des déclarations à l’emporte-pièce. Il a par ailleurs, de manière générale, une approche transactionnelle concernant l’appui militaire américain à des partenaires étrangers.