Le président Donald Trump a déclaré lundi qu’il ne démolirait pas le Kennedy Center, mais a insisté sur le fait que la salle de spectacles devait fermer ses portes pendant environ deux ans pour des travaux de construction et autres, sans que le public ne vienne perturber son fonctionnement.
Ces propos laissent fortement entendre qu’il envisage de vider le John F. Kennedy Center for the Performing Arts dans le cadre de ces travaux.
«Je ne le démolis pas», a dit le président républicain aux journalistes dans le bureau Ovale. «J’utiliserai la structure métallique. Nous utiliserons donc la structure existante.»
Un tel projet marquerait une nouvelle tentative du président républicain d’imposer sa marque sur une institution culturelle que le Congrès a désignée comme un mémorial vivant au président Kennedy, un démocrate. Cela s’ajouterait aux tentatives de marquer durablement Washington de son empreinte à travers d’autres projets, dont le plus emblématique est l’ajout d’une salle de bal à la Maison-Blanche.
Peu après son entrée en fonction l’année dernière, Donald Trump a limogé les membres du conseil d’administration du Kennedy Center nommés par des présidents démocrates et les a remplacés par des fidèles, qui ont voté pour sa nomination à la présidence.
Il a participé à la sélection des lauréats des Kennedy Center Honors 2025, un programme qu’il avait boudé durant son premier mandat. Il a ensuite présidé la cérémonie, et le conseil d’administration a voté en fin d’année dernière pour rebaptiser le Kennedy Center en ajoutant son nom au bâtiment et au site internet.
Dimanche, M. Trump a annoncé sur les réseaux sociaux son intention de fermer temporairement le centre des arts de la scène à compter du 4 juillet pour une durée d’environ deux ans «pour travaux de construction, de revitalisation et de reconstruction complète», sous réserve de l’approbation du conseil d’administration.
Cette annonce survient après une vague d’annulations de la part d’artistes, de musiciens et de groupes de renom depuis que le président a pris la direction de l’institution.
Donald Trump n’a fait aucune mention de ces annulations dans ses annonces ni lors de ses déclarations de lundi.
Le syndicat Kennedy Center Arts Workers United, qui regroupe plusieurs syndicats représentant les employés artistiques de l’institution, a indiqué dans un communiqué être au courant de l’annonce de Donald Trump, mais n’avoir reçu aucune notification officielle ni information concernant ses projets. Le groupe s’est engagé à faire respecter les droits contractuels de ses membres.
«Si nous recevons une notification officielle d’une suspension temporaire des activités du Kennedy Center entraînant la mise au chômage technique de nos membres, nous ferons respecter nos contrats et exercerons tous nos droits légaux, dit le communiqué. Nous exigeons le maintien d’une rémunération équitable, des protections sociales effectives et une responsabilisation de nos membres s’ils ne peuvent pas travailler en raison d’une interruption d’activité.»
Promettant «le meilleur pour tout»
Évoquant son expérience dans le bâtiment et l’immobilier, Donald Trump a déclaré: «Il faut prendre le temps de réfléchir avant de décider de ce que l’on veut faire.»
Au sujet du Kennedy Center, il a ajouté: «Nous l’avons examiné. Nous l’avons géré. Il est en très mauvais état», affirmant que le bâtiment est «délabré», «vétuste» et «quelque peu dangereux».
Roma Daravi, porte-parole du Kennedy Center, a partagé sur les réseaux sociaux que des décennies de négligence flagrante avaient engendré 250 millions $US de travaux d’entretien différés et que la fermeture temporaire de l’institution était «la solution la plus logique pour permettre des rénovations complètes, une réalisation efficace du projet et une utilisation responsable de l’argent du contribuable».
Deborah Rutter, la présidente du Kennedy Center limogée par Trump, a refusé de commenter la situation lundi. Par le passé, elle a affirmé que les allégations de M. Trump et d’autres personnes concernant la gestion du centre étaient fausses.
Un représentant de David Rubenstein, le président du conseil d’administration également évincé par M. Trump, a indiqué que ce dernier n’était pas disponible lundi pour commenter.
Donald Trump, citant les plaintes d’un ouvrier qui, selon lui, posait du marbre au Kennedy Center, a déclaré que la fermeture était nécessaire, car «on ne peut rien faire à cause du va-et-vient incessant des gens».
Il a estimé le coût des travaux à environ 200 millions $US, incluant l’utilisation de «marbres de la plus haute qualité, de matériaux de la plus haute qualité». «Nous avons le financement nécessaire, nous allons donc fermer le Kennedy Center et le rendre exceptionnel, bien meilleur qu’il ne l’a jamais été, et nous pourrons le faire correctement», a assuré Donald Trump.
Le Congrès a alloué 257 millions $US au Kennedy Center dans le cadre d’une loi de réduction d’impôts et de dépenses que M. Trump a promulguée l’été dernier.
Quels types de travaux sont prévus?
Après l’intervention du président, la Maison-Blanche a indiqué que les travaux de maintenance comprennent notamment la rénovation de la structure du bâtiment, le chauffage et la climatisation, la plomberie, l’électricité, la protection incendie et les systèmes techniques de la scène. Des travaux sur l’extérieur du bâtiment, la sécurité et le stationnement sont également prévus.
Interrogé sur l’impact de la fermeture sur les cérémonies annuelles du prix Mark Twain et des Kennedy Center Honors, Daravi, le porte-parole du Kennedy Center, a refusé de commenter.
En octobre dernier, M. Trump avait déclaré, également sur les réseaux sociaux, que le Kennedy Center resterait ouvert pendant les travaux. Cependant, il a affirmé lundi que ce plan n’était plus réalisable.
«Je pensais qu’il y avait peut-être moyen de faire les deux en même temps, mais en réalité, non. Et nous allons créer un bâtiment flambant neuf et magnifique dès son ouverture», a expliqué Donald Trump.
«Toute la structure métallique sera inspectée minutieusement, car elle sera entièrement exposée, a-t-il ajouté. Elle est là depuis longtemps, mais, comme chacun sait, elle était en très mauvais état. Elle n’était pas bien entretenue avant mon arrivée. Nous allons donc en faire un bâtiment unique dans le pays.»
Le Kennedy Center a ouvert ses portes en 1971.
Le sénateur Sheldon Whitehouse, démocrate du Rhode Island, qui a ouvert en novembre une enquête sur la gestion financière du Kennedy Center, a souligné que la fermeture prévue s’inscrivait dans le cadre de la «tournée de démolition» de Donald Trump à Washington.
M. Whitehouse est le démocrate le plus ancien au sein de la commission de l’environnement et des travaux publics, qui supervise les bâtiments publics, et membre de droit du conseil d’administration du Kennedy Center.
Depuis son retour à la présidence, Donald Trump a entrepris de rénover le Kennedy Center, l’un des nombreux monuments emblématiques de Washington, durant son second mandat.
Il a fait démolir l’aile est de la Maison-Blanche et lancé un projet pharaonique de salle de bal d’un coût de 400 millions $US. Il souhaite également ériger un arc de triomphe de l’autre côté du pont d’Arlington, face au Lincoln Memorial, et a des projets pour l’aéroport international de Washington Dulles.
