La majorité des établissements scolaires ont rouvert jeudi en France, mais des blocages de lycées et d’universités subsistent lors de cette nouvelle journée de mobilisation de la jeunesse, avec des manifestations prévues dans les grandes villes à partir de la mi-journée.
Mardi, entre 266 000 et 450 000 personnes en France ont défilé lors de «l’acte III» de ce mouvement né mi-septembre en banlieue parisienne pour dénoncer l’insalubrité des bâtiments, des classes surchargées et des absences de professeurs non remplacés, particulièrement dans les quartiers populaires.
Cette colère, qui a donné lieu à des dégradations de bâtiments et des échauffourées avec les forces de l’ordre, vient s’ajouter à un climat social tendu en France à un peu plus de six mois de l’élection présidentielle.

Le ministre de l’Éducation Édouard Geffray a annoncé jeudi un «plan d’urgence» sur les remplacements des enseignants, d’ici «quelques heures ou quelques jours», dans une nouvelle tentative de désamorcer cette crise. Il doit recevoir avec son homologue de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, les trois principales associations lycéennes dans l’après-midi.
La veille au soir, le premier ministre Sébastien Lecornu n’avait guère convaincu en s’adressant aux lycéens dans un discours enregistré. Tout en assurant que «nul ne peut être indifférent (à leurs) angoisses», il a renvoyé à «fin octobre» — soit durant les vacances d’automne — pour «les premières décisions».
«On ne veut pas des paroles, on veut des actions. On se mobilisera jusqu’à ce qu’il y ait de réelles avancées», affirmait Camille, 17 ans, à Nantes (ouest).
Vélos, poubelles et pommes de terre
Jeudi matin, 94% des établissements étaient «ouverts, soit totalement, soit partiellement», selon le ministère de l’Éducation.
Lycéens et étudiants, qui ont reçu le soutien de plusieurs syndicats de l’éducation, ont appelé à des rassemblements dans plusieurs grandes villes, notamment sur la place de la Bastille à Paris à 15H00 (13H00 GMT). Dans la matinée, de premières manifestations en régions ont rassemblé plusieurs milliers de jeunes.
Dans le centre de la capitale, en fin de matinée, les forces de l’ordre ont délogé avec du gaz lacrymogène une centaine de personnes qui avaient bloqué une rue, près de l’université d’Assas, avec des vélos et des poubelles, et leur avaient jeté des pommes de terre, a constaté l’AFP.

Depuis mardi, des organisations étudiantes ont appelé à rejoindre le mouvement. Elles demandent notamment 250 000 places en plus à l’université et la suppression de la sélection par la plateforme d’orientation vers l’enseignement supérieur Parcoursup. Pour Philippe Baptiste, demander cette suppression «est d’une immense démagogie».
Le mouvement a donné lieu ponctuellement à des violences (bâtiments et poubelles incendiés, mobilier urbain détruit…) et la réponse policière a été vivement critiquée.
Mercredi, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé la suspension de l’usage des grenades assourdissantes, après qu’un manifestant de 15 ans a eu la main arrachée lundi à Lens (nord).
Selon M. Nuñez, 18 enquêtes de la «police des polices» ont été ouvertes depuis le début du mouvement. Au total, 215 élèves et 85 membres du personnel de l’Éducation ont été blessés, ainsi que près de 800 policiers et gendarmes.
Résultats contrastés
Le gouvernement est sommé de trouver des solutions au moment où il aborde des discussions parlementaires à haut risque pour le budget 2027.
Son projet de budget présenté le 1er octobre prévoit 43 milliards d’euros de «mesures de redressement» visant à enrayer l’augmentation de la dette publique (119% du PIB) et le poids colossal de son remboursement.
Mardi, le ministre de l’Économie Roland Lescure a souligné que, malgré les contraintes, il y avait «de la place pour les urgences» dans ce projet. L’Éducation est «le deuxième budget» qui augmente le plus (+1,4%, à 90,4 milliards d’euros), derrière celui de la Défense, a-t-il fait valoir.

Ces dépenses massives produisent des résultats contrastés.
Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la France dépense 24% de plus par élève dans l’enseignement supérieur que la moyenne des autres pays, mais nettement moins dans les niveaux inférieurs, notamment l’enseignement primaire.
Et le score PISA de la France — enquête annuelle évaluant les performances des systèmes éducatifs en mesurant les compétences des élèves de 15 ans — a atteint en 2025 son plus bas depuis la création du classement en 2000.