«Taïwan doit acheter des armes américaines pour assurer sa légitime défense face à la menace croissante émanant de Pékin», a déclaré le plus haut responsable diplomatique de l’île aux États-Unis, ajoutant qu’il n’avait constaté aucun changement dans la politique de Washington à l’égard de cette île autonome que la Chine revendique comme sienne.
Un contrat de vente d’armes à Taïwan, d’un montant de 14 milliards $US, est toujours en suspens depuis que le président Donald Trump est revenu de Pékin en mai et a indiqué avoir discuté de cette proposition «en détail» avec le dirigeant chinois Xi Jinping, ce qui a exacerbé les inquiétudes à Taïwan et suscité des préoccupations parmi les législateurs du Capitole.
«Nous avons besoin de ces armes à des fins défensives», a dit Alexander Yui Tah-ray, qui dirige le Bureau de représentation économique et culturelle de Taipei aux États-Unis, lors d’un entretien accordé mercredi à Washington à l’Associated Press. «Nous essayons d’augmenter nos dépenses de défense. Nous cherchons à renforcer notre capacité à mieux nous défendre et à survivre en période de crise.»
L’administration Trump n’a pas donné suite à la proposition de vente d’armes d’une valeur de 14 milliards $US, pourtant approuvée par des législateurs de haut rang plus tôt cette année. Donald Trump a qualifié cette vente de «très bon atout de négociation» avec la Chine.
Washington est tenu, en vertu de sa législation nationale, de fournir à Taïwan un matériel suffisant pour dissuader toute agression de la part de la Chine, qui revendique la souveraineté sur l’île et s’engage à s’en emparer, par la force si nécessaire, afin de parvenir à ce qu’elle considère comme la réunification. Elle s’est toujours opposée aux ventes d’armes américaines à Taïwan, qui n’a jamais été sous le régime communiste chinois.
L’île n’attendra pas «la cavalerie américaine»
Alexander Yui Tah-ray a assuré que Taïwan était conscient de la nécessité de défendre son territoire. «C’est notre responsabilité, nous n’allons donc pas attendre ni compter sur la cavalerie américaine pour venir nous sauver, a-t-il commenté. C’est pourquoi nous sommes prêts à acquérir, à acheter du matériel et des armes américaines pour nous renforcer.»
Il a précisé que les ventes d’armes devaient être «proportionnées» au niveau de la menace, qui est «en réalité assez élevée» de la part de la Chine.
«Avant tout, nous ne sommes pas les agresseurs. C’est la République populaire de Chine qui envoie tous ces avions et ces navires, a-t-il dit. Ce sont eux qui font tout ce tapage. Ce sont eux qui tentent d’anéantir notre liberté et notre démocratie à Taïwan.»
La Chine envoie presque quotidiennement des navires de guerre et des avions militaires près de Taïwan et a mené d’importants exercices militaires autour de l’île ces dernières années.
Pékin considère l’île comme un intérêt vital et a critiqué ceux qui soutiennent l’indépendance taïwanaise, les accusant de provoquer l’instabilité dans le détroit de Taïwan. L’ambassade de Chine à Washington n’a pas immédiatement répondu à un message sollicitant ses commentaires.
Alexander Yui Tah-ray a souligné qu’il n’y avait eu aucun changement dans la position des États-Unis sur Taïwan et que le gouvernement taïwanais respecterait le «rythme» de l’administration Trump dans la publication de ses annonces.
Cette vente d’armes bénéficie d’un large soutien au Congrès, les législateurs ayant fait part de leurs préoccupations au secrétaire d’État Marco Rubio lors d’une audition ce mois-ci. M. Rubio a affirmé que la politique américaine vis-à-vis de Taïwan n’avait pas changé et que Washington ne «consultait pas les Chinois sur ces contrats d’armement».
«Nous connaissons leur position. Ils en parlent sans cesse, a déclaré M. Rubio à propos de Pékin. Ces accords ne font l’objet d’aucune négociation, et nous ne consultons pas les Chinois à ce sujet.»
M. Rubio a précisé que la proposition n’était pas bloquée mais en cours d’examen, et que l’administration devait prendre en compte d’autres facteurs.
«Cela inclut la disponibilité des stocks à court terme, a expliqué M. Rubio à propos des stocks d’armes américains, qui ont été réduits pendant la guerre en Iran. Nous devons trouver un équilibre avec notre propre processus d’approvisionnement.»
L’administration a toutefois approuvé en décembre un autre contrat de vente d’armes à Taïwan, d’un montant de 11 milliards $US, comprenant des systèmes de roquettes d’artillerie à haute mobilité et des obusiers.
Yui Tah-ray face à la deuxième présidence de Trump
Alexander Yui Tah-ray est arrivé à Washington fin 2023, sous la présidence de Joe Biden. Ce dernier avait déclaré à plusieurs reprises qu’il enverrait des troupes sur l’île si Pékin attaquait.
Aujourd’hui, il doit composer avec les caprices de la deuxième administration Trump, qui a adopté un ton plus conciliant envers Pékin après une guerre commerciale intense marquée par des mesures de rétorsion tarifaires.
Si Donald Trump a suscité la surprise en ignorant une promesse datant de l’ère Reagan de ne pas accepter de consultation préalable avec Pékin sur les ventes d’armes à Taïwan, il a également déclaré qu’il pourrait appeler le président taïwanais Lai Ching-te, rompant ainsi avec une pratique vieille de plusieurs décennies selon laquelle aucun président américain en exercice ne s’était jamais entretenu directement avec le dirigeant de l’île.
Dans sa stratégie de défense nationale publiée en janvier, le Pentagone a indiqué qu’il cherchait à dissuader la Chine par la force, et non par la confrontation. Il indique que les États-Unis «mettront en place, déploieront et maintiendront une défense de déni puissante» le long d’une ligne stratégique d’îles, dont Taïwan, afin d’empêcher la Chine de s’étendre dans l’océan Pacifique au sens large.
Alexander Yui Tah-ray a attribué ce qui semble être des messages contradictoires au style non conventionnel de Donald Trump, mais s’est dit confiant quant aux relations entre Taïwan et les États-Unis.
«Il est important de s’attacher aux actions, à ce qui se passe réellement, et pas seulement à la rhétorique, a-t-il souligné. Le gros bâton est toujours là.»
