Richard Grenell, conseiller républicain de longue date en matière de politique étrangère, qui a supervisé des changements profonds au Kennedy Center et a poussé de nombreux artistes à quitter ce lieu emblématique des arts de la scène, quittera son poste de président.
Le président Donald Trump a annoncé ce changement vendredi, après que l’information a été initialement rapportée par Axios.
Le président a indiqué que Matt Floca, responsable des opérations techniques du Kennedy Center, succédera à M. Grenell.
Ces nominations devraient être finalisées lors d’une réunion du conseil d’administration prévue lundi à la Maison-Blanche, a rapporté une source proche du dossier ayant requis l’anonymat pour évoquer des informations non encore publiques.
Le départ de M. Grenell intervient alors que le Kennedy Center s’apprête à fermer ses portes cet été pour deux ans de rénovation.
«Ric Grenell a accompli un travail remarquable en coordonnant les différents aspects du Centre durant cette période de transition, et je tiens à le remercier pour son travail exceptionnel, a déclaré M. Trump sur les réseaux sociaux. Une fois les travaux terminés, le Trump Kennedy Center sera le plus bel établissement de son genre au monde!»
Richard Grenell a joué un rôle central dans la volonté de Donald Trump de remanier en profondeur le Kennedy Center après le retour au pouvoir du président républicain.
Après avoir largement ignoré le centre durant son premier mandat, M. Trump en a fait un enjeu majeur de sa lutte contre la culture «woke».
Il a destitué l’ancienne direction du Kennedy Center et l’a remplacée par un conseil d’administration trié sur le volet, qui a voté pour rebaptiser l’établissement «Trump Kennedy Center». Un changement qui, selon des universitaires et des parlementaires, doit être initié par le Congrès.
Plus récemment, le nom de Donald Trump a été apposé physiquement sur la façade emblématique du bâtiment.
Les répercussions au sein du monde des arts ont été immédiates et importantes: des comédies musicales de renom, comme «Hamilton», ont annulé leurs représentations.
L’actrice Issa Rae et l’auteure Louise Penny se sont également retirées de leurs engagements, tandis que des consultants, tels que le musicien Ben Folds et la chanteuse Renée Fleming, ont démissionné.
La semaine dernière, la directrice générale de l’Orchestre symphonique national, Jean Davidson, a quitté ses fonctions pour prendre la direction du Wallis Annenberg Center for the Performing Arts de Los Angeles.
Le Kennedy Center, longtemps considéré comme un espace apolitique
Surtout connu pour sa cérémonie annuelle de remise de prix, le Kennedy Center a longtemps été l’un des rares endroits à Washington où les divergences politiques étaient mises de côté.
Les juges de la Cour suprême Antonin Scalia et Ruth Bader Ginsburg, aux idéologies diamétralement opposées, ont notamment assisté ensemble à l’opéra.
Cependant, durant le second mandat de Donald Trump, le lieu est devenu une sorte de prolongement de la Maison-Blanche. Le président a joué un rôle déterminant pour convaincre Gianni Infantino, président de la FIFA, d’y organiser le tirage au sort de la Coupe du monde en décembre.
Quelques jours plus tard, M. Trump lui-même présidait la cérémonie des Kennedy Center Honors, une première pour un président.
Depuis, M. Trump s’est adressé aux républicains de la Chambre des représentants au Kennedy Center. Le documentaire sur la première dame, Melania Trump, y a également été projeté en avant-première.
Richard Grenell a mis l’accent sur une programmation qu’il qualifiait de «pragmatique», cherchant à orienter le Kennedy Center vers des événements susceptibles d’attirer un large public et d’être rentables. Mais ses initiatives ont suscité des critiques de la part de nombreux démocrates du Congrès.
Le sénateur Sheldon Whitehouse, principal démocrate de la commission de l’environnement et des travaux publics, a publié en novembre des documents révélant que le Kennedy Center avait conclu un accord accordant à la FIFA l’usage «exclusif» et gratuit de ses installations du 24 novembre au 12 décembre.
Il a fait valoir que le centre risquait de perdre des millions de dollars de recettes potentielles en raison de cet accord.
Le Kennedy Center a déclaré à l’Associated Press à l’époque qu’il était rémunéré 7,4 millions $ US pour accueillir le tirage au sort, dont un don de 2,4 millions $ US de la FIFA, ainsi que des opportunités de commandite et la prise en charge des frais.
Mais, la vague d’annulations s’est avérée difficile à gérer. Sans mentionner les spectacles annulés, M. Trump a annoncé en février la fermeture du Kennedy Center pour deux ans après les célébrations du 4 juillet afin de rénover ce qu’il a décrit comme un bâtiment vétuste.
Avant la fermeture, M. Grenell a averti le personnel de coupes budgétaires imminentes qui réduiraient les effectifs au strict minimum.
D’après son profil LinkedIn, M. Floca a rejoint le Kennedy Center en janvier 2024, sous l’administration Biden.
Un communiqué de presse du centre datant de l’époque le décrit comme «un professionnel expérimenté de la gestion des installations, possédant une solide expérience en gestion de la construction et une excellente compréhension des principes de conception globale des bâtiments».
Son expérience professionnelle antérieure, mentionnée sur LinkedIn, comprend plusieurs postes au sein du gouvernement du District de Columbia, notamment ceux de directeur adjoint du développement durable et de l’énergie et de directeur de la gestion des installations.
Il est diplômé de l’Université d’État de Louisiane, où il a obtenu une licence en gestion de la construction en 2009.
