L’Union européenne (UE) a fait savoir mardi qu’elle jugeait inappropriée la présence d’un ministre russe au G20 organisé par les États-Unis, alors que Moscou bombarde sans relâche l’Ukraine.
«Ce n’est pas le moment de normaliser la Russie ou la présence de la Russie à ce genre de réunion», a déclaré le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, depuis le sommet des ministres des Finances qui s’achève dans la soirée à Asheville (Caroline du Nord, sud des États-Unis).
Au moins 12 personnes ont été tuées mardi à Kyiv et dans sa région lors de nouvelles frappes nocturnes massives russes.
«J’ai personnellement toujours eu du mal à discuter de sujets sensibles avec les représentants de régimes qui mènent une guerre et tuent quotidiennement des civils», a ajouté M. Dombrovskis devant la presse.
«Il était important pour moi de dire très clairement au ministre russe des Finances hier, ici même» que la guerre doit cesser, a déclaré de son côté le ministre allemand Lars Klingbeil.
La journée de la veille a été marquée par l’apparition surprise du ministre russe des Finances Anton Silouanov.
Habituellement persona non grata, il s’est installé, à l’invitation de Washington, autour de la grande table ovale rassemblant les dizaines de délégués présents.
Il a aussi pu s’entretenir personnellement avec le secrétaire au Trésor Scott Bessent, hôte du sommet et personnalité phare du second mandat de Donald Trump.
Ce dernier a opéré un rapprochement avec Moscou depuis son retour au pouvoir, exaspérant l’UE qui soutient Kyiv.
Le bloc européen a obtenu lundi que M. Soulianov soit exclu de la traditionnelle photo de famille. Celle-ci a été discrètement prise pendant que la presse était tenue à l’écart.
«Le président (Trump) et son gouvernement n’ont pas peur de parler avec les gens qui comptent» dans l’optique de «mettre fin au bain de sang sans fin» en Ukraine, a déclaré à l’AFP Kush Desai, un porte-parole de la Maison Blanche dépêché au G20.
En conférence de presse, Valdis Dombrovskis a aussi fait savoir qu’il avait «pressé» ses homologues d’augmenter leur aide financière à l’Ukraine.
«Pas la recette du succès»
Washington préside cette année le regroupement des grandes économies mondiales (Chine, Inde, Japon, France…) dans un majestueux complexe hôtelier au pied des Appalaches.
L’exécutif américain entend profiter de l’événement pour promouvoir ses politiques, notamment de dérégulation, mais aussi convaincre les autres pays d’isoler davantage Téhéran.
Le ministre Bessent mène en effet, à coups de sanctions, le volet économique de l’offensive américaine contre l’Iran, que la force militaire n’a pas réussi à faire plier jusqu’ici.
Il a annoncé mardi prévoir de placer prochainement deux banques, qu’il n’a pas nommées, sur sa liste noire des organisations commerçant avec Téhéran, lors d’un échange avec la chaîne américaine Fox Business.
«Très peu de réunions récentes du G20 ont débouché sur des avancées significatives, et il est peu probable que celle-ci fasse exception», a estimé auprès de l’AFP James Lindsay, du groupe de réflexion Council on Foreign Relations.
«Si on ajoute à cela le mécontentement de nombreux ministres du G20 face à la participation du ministre russe des Finances ou l’exclusion de l’Afrique du Sud, cela ne semble pas être la recette du succès», a-t-il ajouté.
Membre permanent du groupe, Pretoria a été écarté des réunions de cette année par l’organisateur américain qui accuse régulièrement, sans preuve, les autorités de persécuter les fermiers blancs.
Le Trésor a par ailleurs refusé d’accréditer plusieurs journalistes travaillant pour le New York Times, le Wall Street Journal ou encore l’agence de presse économique Bloomberg.
La dernière assemblée du G20 sur le sol américain réunira les chefs d’État en décembre, dans un luxueux complexe de golf appartement au président américain à Miami (Floride).
«Le sommet de décembre s’annonce compliqué», reprend James Lindsay, du Council on Foreign Relations, égrénant les «grandes divergences entre les États-Unis et la Chine, mais aussi entre les États-Unis et leurs alliés, ainsi qu’entre les États-Unis et leur voisin immédiat le Canada», visé par de nouveaux droits de douane.
