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Référendum en Italie: comment la «gen Z» s’est mobilisée contre Meloni

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Italian Premier Giorgia Meloni casts her ballot in a referendum on judicial reform, in Rome, Monday, March 23, 2026. (Valentina Stefanelli/LaPresse via AP) La première ministre italienne Giorgia Meloni dépose son bulletin de vote lors d'un référendum sur la réforme judiciaire, à Rome, le lundi 23 mars 2026. (Valentina Stefanelli/LaPresse via AP) (Valentina Stefanelli)

Les jeunes Italiens ont voté en masse contre la réforme de la justice proposée par le gouvernement de Giorgia Meloni, participant largement à sa défaite lors du référendum de lundi.

La génération Z (18-28 ans) a voté contre la réforme plus que toute autre classe d’âge, à 61,1%, selon un sondage à la sortie des urnes du consortium Opinio Italia pour la Rai.

«C’était beau de voir combien d’Italiens ont ressenti le besoin de défendre la Constitution en allant voter», s’est félicitée Valentina Alberti, une psychologue turinoise de 24 ans.

«Je pensais que Meloni avait une influence plus forte. La participation parmi les gens de mon âge a été très marquée. Beaucoup autour de moi se sont tenus au courant».

Le référendum a largement mobilisé les Italiens (55,7% de participation selon les données officielles) mais les plus jeunes sont ceux qui y ont le plus participé, à 67%, selon un autre sondage Ipsos Doxa réalisé auprès de 6000 Italiens entre le mois de février et le vote.

C’est d’autant plus marquant que les étudiants sont nombreux à rester inscrits dans leur ville d’origine et n’ont pas le droit de voter par procuration ou par correspondance.

Dans ce référendum, présenté par l’opposition comme un vote sur le leadership de Meloni à l’approche des élections parlementaires de 2027, ce sont les électeurs de moins de 55 ans (selon Opinio Italia) et les régions du sud de l’Italie (selon les résultats officiels) qui ont fait basculer le référendum en votant «non».

«Exercice ardu»

Vittorio Gioda, un développeur informatique de 24 ans, comptait s’abstenir mais a finalement voté «non». «L’idée de voir la Constitution entre les mains de personnages dangereux, comme ceux actuellement au pouvoir, m’effrayait. Cette fois, j’ai eu le sentiment de pouvoir vraiment contribuer en disant non».

«La forte pression exercée par Meloni pour nous pousser à voter a produit l’effet inverse», a ajouté le jeune Turinois.

La présidente du Conseil était allée jusqu’à apparaître dans le podcast d’un célèbre rappeur, Fedez, pour convaincre les jeunes électeurs.

Par ailleurs, selon Vittorio Gioda, «dans un contexte de fortes tensions géopolitiques internationales, beaucoup de personnes, comme par exemple mes parents, ont vu dans le vote un moyen de contester l’action du gouvernement», par exemple sa proximité avec le président américain Donald Trump.

La réforme proposée par le gouvernement entendait séparer les carrières des juges et des procureurs, et modifier le fonctionnement du Conseil qui supervise tous les magistrats.

«Les aspects techniques de la proposition ont rendu l’exercice vraiment ardu», souligne Federico Giorgetti, 25 ans. Pour cet étudiant en sciences politiques à Rome, qui a voté en faveur de la réforme, «l’information qui circule sur Instagram est par nature polarisante, elle tend à simplifier, et la classe politique ne nous a pas facilité la chose». Selon lui, le résultat du référendum montre que «c’était un vote politique».

Les enquêtes montrent que les Italiens sont surtout préoccupés par la dégradation de leurs conditions de vie, entre pouvoir d’achat et salaires stagnants.

Idéologies

Lors des dernières élections parlementaires, fin 2022, les jeunes s’étaient davantage abstenus.

Ceux qui avaient voté avaient plutôt choisi la gauche, le Mouvement 5 Etoiles (M5S, opposition), le Parti démocrate ou des petits partis. Environ un quart avait soutenu les partis ultraconservateurs qui avaient gagné les élections, marquant le début d’un mandat d’une longueur inhabituelle pour Giorgia Meloni à la présidence du conseil italien.

Pour Lorenzo de Sio, professeur de sciences politiques à l’université Luiss de Rome, ces résultats montrent que la crise économique des années 2010 «a remis les questions économiques au centre de l’attention des jeunes, car elle a rendu leur vie professionnelle très précaire». Cela a conduit les moins de 30 ans à avoir une appartenance idéologique plus tranchée que leurs aînés, a-t-il analysé lors d’une conférence de presse mardi à Rome.

La tranche des «millenials», âgée de 29 à 44 ans, peut au contraire «avoir, sur certains thèmes, des idées de gauche et, sur d’autres, des idées de droite, et passe d’un parti à l’autre», selon Lorenzo de Sio.

Cette génération a aussi voté «non» mais s’est beaucoup plus abstenue, selon Ipsos, à 47,5%, contre près de 33% pour la génération Z.