L’auteur saoudien de l’attaque à la voiture-bélier contre le marché de Noël de Magdebourg, qui avait fait 6 morts et plus de 300 blessés dans cette ville allemande fin 2024, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité vendredi.
Le tribunal de Magdebourg a en outre reconnu la particulière gravité de la culpabilité de Taleb Jawad al-Abdulmohsen, une qualification qui rend en pratique très difficile une libération anticipée.
Il a réservé un placement en rétention de sûreté, qui devra donc être réexaminé à l’issue de la peine, alors que le parquet le réclamait d’office.
Vêtu d’un jeans et d’une chemise longue bleu sombre, la barbe grise, ce psychiatre saoudien âgé de 51 ans a assisté à l’énoncé du jugement menotté dans le box d’une salle d’audience construite pour l’occasion, une structure légère provisoire.
Mais le juge Dirk Sternberg a dû se répéter, la défense expliquant n’avoir pas pu l’entendre en raison d’un problème technique.
Le 20 décembre 2024, il avait foncé avec une BMW X3, une voiture de type SUV compact de plus de 340 chevaux, sur la place du Vieux-Marché de la capitale régionale de Saxe-Anhalt.
Dans un marché de Noël très fréquenté ce vendredi soir-là, il avait atteint une vitesse de 48 km/h selon l’enquête.
Un garçon de neuf ans et cinq femmes âgées de 45 à 75 ans sont morts, plus de 300 personnes ont été blessées.

Assis dans les rangées réservées au public, Dieter Montag, lunettes et chemise rouge, s’est dit à l’AFP «satisfait du jugement».
Mais cet homme de 70 ans a regretté que le condamné ait «encore attiré l’attention sur lui» avec la répétition de la lecture du verdict.
Pour les victimes, sa condamnation est à la fois une «conclusion» et une «première étape pour commencer à aller de l’avant», a estimé Jens Bergholz, 59 ans, autre spectateur assidu du procès.
Profil islamophobe
Cette attaque avait renforcé le débat autour de l’immigration et accru la pression sur le chancelier social-démocrate d’alors, Olaf Scholz, en pleine campagne électorale.
Elle avait aussi fait écho à celle de décembre 2016, lorsqu’un islamiste avait tué 12 personnes en fonçant à bord d’un camion sur un marché de Noël de Berlin.
Au lendemain de l’attentat, les autorités allemandes avaient au contraire souligné le profil “islamophobe” de Taleb Jawad al-Abdulmohsen, qui affichait sur les réseaux sociaux sa sympathie pour le parti d’extrême droite allemand, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), et son hostilité envers l’islam.
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Arrivé en Allemagne comme réfugié en 2006, il était connu des autorités et avait notamment été condamné à une amende pour menace de crimes.
Le médecin reprochait aux autorités allemandes de ne pas assez protéger les Saoudiens fuyant leur pays pour des raisons religieuses ou politiques, et de se montrer à l’inverse généreuses à l’égard de réfugiés musulmans venus du Moyen-Orient.
Par son acte, Taleb Jawad al-Abdulmohsen a voulu «attirer l’attention du public sur ses thèmes», a estimé vendredi le juge président Dirk Sternberg.
«Gratification narcissique»
Au cours du procès, le condamné, auteur de déclarations parfois confuses et empreintes de théories du complot, et d’une grève de la faim qui a obligé le tribunal à poursuivre les débats un temps sans lui, avait reconnu avoir planifié une attaque et conduit la voiture de location.
Dans la préparation de son acte, il a «plusieurs fois visité Magdebourg» entre novembre et décembre 2024, a souligné Dirk Sternberg.
Et si l’accusé avait nié avoir intentionnellement renversé des personnes, pour le juge, il s’est bien «fixé pour objectif de blesser le plus grand nombre possible de personnes, au moins grièvement».
Au cours des 8 mois de procès, l’accusé n’a laissé transparaître «aucun remords, aucun regret ni aucune prise de conscience», avait asséné le procureur Matthias Böttcher pendant son réquisitoire.
Le juge Sternberg a mis en avant la «gratification narcissique» liée à l’acte.
Outre un trouble de la personnalité narcissique, les expertises psychiatriques effectuées ont conclu à sa responsabilité pénale, sans altération de sa capacité de discernement, et à sa dangerosité persistante.
