À l’heure où la lutte pour l’égalité des sexes fait face à un retour de bâton, les pressions s’intensifient pour que le prochain dirigeant des Nations unies soit la première femme de son histoire, vieille de plus de 80 ans.
Cette contradiction n’échappe pas à ONU Femmes, l’agence qui mène un combat de longue haleine pour défendre les droits des femmes et des filles — et pour que les femmes occupent des postes à responsabilité au sein des organisations internationales, des gouvernements, des entreprises, du secteur technologique et dans le débat de plus en plus intense sur l’intelligence artificielle.
Selon le récent «aperçu sur l’égalité des sexes» publié par l’agence des Nations unies, au rythme actuel des progrès, il faudra 171 ans pour atteindre l’égalité des sexes, un objectif des Nations unies initialement fixé à 2015 puis repoussé à 2030.
D’autres constatations sont tout aussi sombres. Près d’une femme sur trois dans le monde a été victime de violences sexuelles. Près d’une fille sur cinq est mariée avant l’âge de 18 ans. Et au rythme observé ces cinq dernières années, la parité hommes-femmes au sein des parlements ne sera pas atteinte avant 2089.
Après des années de progrès, la présence des femmes aux postes de direction politique perd également de son élan, six pays sur sept étant encore dirigés par des hommes.
Sarah Hendriks, haute responsable d’ONU Femmes, a déclaré que le rassemblement annuel des dirigeants mondiaux qui vient de s’achever dans la salle de l’Assemblée générale des Nations unies «reflétait très fortement un monde dominé par les hommes, tant en termes de représentation que de contenu».
Elle s’est félicitée du «renforcement disproportionné» de la possibilité qu’une femme devienne la prochaine secrétaire générale de l’ONU, un phénomène qui, selon elle, transcende les régions du monde et les clivages politiques, et qui est «stimulant».
«Il ne s’agit pas simplement d’une question de symbolisme, a-t-elle dit à l’Associated Press. Il s’agit de savoir si l’ONU reflète réellement l’égalité qu’elle demande au monde de défendre.»
«Nous ne pouvons pas demander aux gouvernements de lever les obstacles au leadership des femmes tout en acceptant ces obstacles au sein de nos propres institutions, a-t-elle déclaré. Nous ne pouvons pas demander aux entreprises de briser les plafonds de verre alors que l’ONU laisse ses propres plafonds intacts.»
On parle beaucoup des femmes et des opportunités, mais quelle est la réalité ?
Au cours de cette réunion de haut niveau d’une semaine qui s’est achevée lundi, Mme Hendriks a indiqué que les dirigeants avaient déclaré que les femmes «devaient bénéficier d’une égalité des chances pour occuper les postes les plus puissants au monde, y compris celui-ci – et, en fait, surtout celui-ci».
Parmi ceux qui se sont exprimés figurait le président du Timor oriental, José Ramos-Horta, colauréat du prix Nobel de la paix en 1996. Il a déclaré qu’après plus de 80 ans, «nous devrions avoir suffisamment de sagesse pour élire une femme d’une intégrité incontestable».
De son côté, le président du Botswana, Duma Boko, a déploré «un chapitre inachevé de l’histoire de cette organisation». Après huit décennies, «les Nations unies n’ont toujours pas été dirigées par une femme au poste de secrétaire général».
Sept candidats sont actuellement en lice pour succéder au secrétaire général Antonio Guterres, dont le deuxième mandat de cinq ans prend fin le 31 décembre. La liste comprend quatre femmes et trois hommes; l’ancienne présidente chilienne Michele Bachelet s’est retirée de la course.
Deux femmes – la responsable du commerce à l’ONU, Rebeca Grynspan, du Costa Rica, et l’ambassadrice de la Guyane auprès de l’ONU, Caroline Rodrigues Birkett – sont arrivées en tête du dernier sondage informel réalisé mardi au sein du Conseil de sécurité, composé de 15 membres, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, se classant en troisième position, à quelques voix près.
Mme Grynspan a recueilli dix voix «favorables» et trois voix «défavorables», tandis que Mme Rodrigues-Birkett a obtenu six voix «défavorables» et M. Grossi sept, selon deux diplomates s’exprimant sous couvert d’anonymat, car le sondage était confidentiel. Certains diplomates ont estimé que ces résultats pourraient encourager de nouveaux candidats.
